Accidents en France: Quatre morts de plus sur «la route de la honte»
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Accidents en FranceQuatre morts de plus sur «la route de la honte»

Douze morts dans un fourgon avant Pâques, quatre dans un autocar au retour des fêtes de fin d’année: les immigrés lusitaniens romands paient un lourd tribut à la «route de la honte».

par
Vincent Donzé
L’autocar est passé par-dessus la glissière de sécurité et a fait au moins un tonneau en contrebas de la RN79. L’accident s’est produit près du viaduc de Charolles, en Saône-et-Loire.

L’autocar est passé par-dessus la glissière de sécurité et a fait au moins un tonneau en contrebas de la RN79. L’accident s’est produit près du viaduc de Charolles, en Saône-et-Loire.

Philippe Desmazes/AFP

Sur la route nationale française 79, baptisée «la route de la honte», c’est un dépassement téméraire qui, le 24 mars dernier, avait causé la mort de douze Portugais vivant en Romandie, dont neuf à Fribourg. Hier matin, à la hauteur de Charolles, c’est la chaussée glissante qui a provoqué l’embardée d’un autocar, faisant quatre morts, dont un couple sexagénaire de Genève.

«Je suis profondément attristé, mais jusqu’à quand les transporteurs passeront-ils par cet axe? Ne prenez plus cette route!» réagissait hier matin José Da Silva, président du FC Porto Lausanne, déjà sévère avec les voyagistes au lendemain du drame de Pâques 2016.

Sans emploi à honorer ni enfant à scolariser ce matin, José Da Silva a pris la route hier matin à Famalicão pour éviter le trafic lourd, a dormi à mi-chemin, avec une arrivée prévue aujourd’hui. Ceux partis vendredi soir disent avoir levé le pied, même sur l’autoroute, par une température de -9°: «Je me suis dit qu’avec cette météo, ceux partis après moi allaient galérer», confiait hier un client atterré au Cercle portugais de Romont (FR).

Directe et sans péages

Romont, c’était la destination finale de l’autocar accidenté, propriété de la fille d’un transporteur retraité de Sabadelhe. Ceux qui fréquentent le Cercle portugais connaissent bien son mari, un chauffeur dont ils ne disent que du bien: «Il m’est arrivé de lui confier mes enfants pour le trajet», dit un père de famille.

La RN19 est considérée comme plus directe par ceux qui veulent éviter les péages autoroutiers. Conduit par deux chauffeurs, l’autocar marqué «Turismo» transportait 32 Portugais de Suisse rentrés au pays pour les fêtes. Il était parti samedi soir de Freixo de Numão avec à son bord plusieurs immigrés originaires de Penafiel ou de Guarda. L’accident s’est produit vers 4 h 30 près du viaduc de Charolles, en Saône-et-Loire. L’autocar est passé par-dessus la glissière de sécurité et a fait au moins un tonneau en contrebas de la route, sans impliquer d’autres véhicules. Les yeux braqués sur une chaîne d’information en continu, les clients du Cercle portugais ont reconnu des visages familiers: celui du fondateur de l’entreprise Rota das Gravuras, dont le fils était du voyage. Ils savent qu’une femme d’Ursy (FR) a perdu la vie. Choqués, ceux qui ont des proches dans l’autocar se taisent. Dans le bloc locatif d’à côté, on entend des pleurs.

Vitesse inadaptée

D’après les premiers éléments, il n’y avait pas de verglas, mais la chaussée était glissante. La région, touchée comme la majeure partie du centre et de l’est de la France par une vague de froid, était en alerte météo. Face à un événement qu’il qualifie d’«exceptionnel», le préfet de Saône-et-Loire, Gilbert Payet, considère que la vitesse de l’autocar – qui roulait légèrement au-dessus des 90 km/h autorisés – n’était «pas adaptée aux circonstances et aux conditions de circulation».

«Il faut vraiment demander aux habitants de ne pas prendre la route», a renchéri sa directrice de cabinet. Réaction de Lino Pires (44 ans), dont les derniers enfants ont 2 et 5 ans: «Jamais ma voiture et ma famille ne passeront sur une route pareille, jamais!» Son dernier aller-retour Genève-Porto en avion et sans bagage lui a coûté 75 francs, contre 250 francs en moyenne en bus.

Vieux de 10 ans, le car répondait aux normes, selon le préfet Gilbert Payet. Ce qui fait dire à Joaquim Martinho (57 ans), maçon attablé au Cercle portugais de Romont, que «ce second drame ne résulte pas d’un bricolage», comme le premier. Le bilan provisoire était hier soir de quatre morts et 28 blessés. Trois d’entre eux, grièvement atteints, étaient en urgence absolue, dont un enfant de 2 ans et son père. La mère figure parmi les décédés.

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