07.05.2020 à 11:14

Le tourisme mondial pourrait chuter de 80%

Coronavirus

Le secteur est durement touché par la crise, la plus grave jamais connue, et les professionnels redoutent un été historiquement mauvais.

Pourrons-nous nous promener sur les plages cet été? Rien n'est moins sûr.

Pourrons-nous nous promener sur les plages cet été? Rien n'est moins sûr.

Keystone

Le nombre de touristes internationaux pourrait reculer de 60 à 80% en 2020 sous l'effet de la pandémie de nouveau coronavirus, a annoncé jeudi l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), qui tablait fin mars sur une chute de 20 à 30%. «C'est de loin la crise la plus grave à laquelle le tourisme international ait été confronté depuis le début des relevés» en 1950, souligne cette agence de l'ONU basée à Madrid dans un communiqué.

Les arrivées ont déjà chuté de 22% au premier trimestre sur un an, et même de 57% au mois de mars après le début du confinement dans de nombreux pays, précise l'OMT. Le secteur a ainsi perdu 80 milliards de dollars (74 milliards d'euros) sur les trois premiers mois de l'année. Au total, les pertes financières pourraient aller de 910 milliards de dollars (843 milliards d'euros) à 1.200 milliards de dollars (1.111 milliards d'euros).

«L'impact se fera sentir à des degrés divers dans les différentes régions du monde et à des moments qui se chevauchent, l'Asie et le Pacifique devant être les premiers à rebondir», ajoute l'organisme. Ces nouvelles prévisions sont basées sur trois scénarios de sortie de crise: réouverture des frontières et levée des restrictions de voyage début juillet (baisse de 58% des arrivées), début septembre (-70%) et début décembre (-78%).

Jusqu'à 120 millions d'emplois menacés

L'OMT craint «la mise en danger de 100 à 120 millions d'emplois directs dans le tourisme». Les experts de l'agence «s'attendent à voir des signes de reprise au dernier trimestre 2020, mais surtout en 2021», avec un redressement de la demande intérieure plus rapide que celle de la demande internationale.

«Les voyages de loisirs, et en particulier ceux effectués pour rendre visite à des amis et des parents, devraient reprendre plus rapidement que les voyages d'affaires», estime le rapport. Les perspectives les plus positives concernent l'Afrique et le Moyen-Orient, «la majorité des experts prévoyant une reprise en 2020», tandis que celles sur les Amériques sont les plus pessimistes, avec une reprise perçue comme difficile pour 2020. Pour l'Europe et l'Asie, «les perspectives sont mitigées, la moitié des experts prévoyant une reprise au cours de cette année».

Dix pour cent du PIB de l'Union européenne, 27 millions d'emplois: le tourisme est un des secteurs clés de l'économie du continent. Déjà durement touchés par la crise du coronavirus, les professionnels redoutent un été historiquement mauvais, même s'ils tentent de s'adapter.

Y aura-t-il des vacances d'été?

En France, première destination touristique mondiale, le président Emmanuel Macron a averti mardi qu'il était «trop tôt pour dire si on pourra avoir des vacances» cet été. Le commissaire européen chargé du Marché intérieur Thierry Breton a averti que «certaines zones seront ouvertes aux touristes et d'autres non», en fonction de la situation sanitaire. De manière générale, citoyens et autorités semblent s'accorder sur des vacances «locales».

«Cela va être, dans un premier temps, le temps de l'ultra-proximité», a affirmé fin avril le secrétaire d'Etat français Jean-Baptiste Lemoyne. Plusieurs études d'opinion estiment qu'une large majorité de Français pensent rester dans leur pays pour les vacances d'été.

Au Royaume-Uni, important pourvoyeur de touristes en Europe, «les réservations pour cet été ont baissé de manière très significative», explique un porte-parole de l'ABTA, association britannique de professionnels du voyage. Qui veut malgré tout croire que, «lorsque le confinement sera levé, l'envie de voyager pour voir les proches et pour prendre des vacances bien méritées sera renouvelée».

Comment les métiers du tourisme vont faire face?

«Nous observons un certain nombre de destinations en vogue commencer à annoncer des plans de relance de l'activité», explique encore l'ABTA, «mais il faudra que les conditions sanitaires idoines soient en place», notamment pour permettre la distanciation sociale. Cela vaut pour le secteur aérien, également très touché par la fermeture des frontières.

Dans les régions très touristiques, les mêmes questions se posent: comment rassurer les touristes et aussi sauver une saison estivale qui s'annonce historiquement mauvaise? A Nice, Ali Abdelhafidh, de Castel Plage, sur la promenade des Anglais, menace en riant de «quitter le métier» si gants et masques sont imposés sous les parasols.

En Espagne, la ville de Gandia prévoit de recruter des surveillants, voire d'interdire la plage aux enfants à certaines heures pour faire respecter la distanciation sociale. Les terrasses de restaurant seront aggrandies et les menus consultables sur smartphone, au lieu de passer de main en main. La chaîne RoomMate Hotels, prévoit des paillassons imprégnés de javel pour désinfecter semelles et roulettes de valises à l'arrivée des clients, soumis à un test de température et équipés en masque, gel et gants.

Lignes directrices réclamées En Italie, le ministre de la Culture Dario Franceschini s'est lamenté dans la presse: «de quel tourisme s'agit-il si, par exemple, on ne peut être que quelques-uns à manger au restaurant ou dans une pizzeria?»

L'ensemble des acteurs est unanime à réclamer des lignes directrices claires et cohérentes. Les institutions européennes travaillent sur des «règles finalisées et harmonisées au niveau européen» pour l'accueil des touristes, a assuré mardi Thierry Breton. L'Europe devra déployer «un plan Marshall pour le tourisme», estime-t-il.

Les 27 négocient actuellement un fonds de relance au montant «gigantesque», selon le commissaire qui a évoqué la fourchette de «1000 à 2000 milliards d'euros».

(ats)

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