Actualisé 30.06.2020 à 04:42

Quelles preuves a la justice de la mort de Maddie?

Enquête

Le procureur allemand a réaffirmé à la télé australienne que la petite fille est décédée, mais refuse toujours de dire comment il le sait.

par
Michel Pralong
En ne disant pas quelle preuve de la mort de Maddie il possède, le procureur allemand fait imaginer le pire aux parents.

En ne disant pas quelle preuve de la mort de Maddie il possède, le procureur allemand fait imaginer le pire aux parents.

Metropolitan Police/AFP

Les parents de Maddie McCann vivent un enfer depuis la disparition de leur petite Maddie, en 2007, enlevée dans leur chambre d'hôtel au Portugal. Le 4 juin dernier, la police allemande annonce qu'elle a identifié un suspect probable, Christian Brueckner, un pédophile allemand actuellement emprisonné pour le viol d'une femme de 72 ans. On aurait alors pu penser que les parents allaient au moins pouvoir arrêter de vivre dans le doute et savoir ce qu'il était advenu de leur enfant. Mais la tournure qu'a prise cette nouvelle enquête doit au contraire leur rendre la vie encore plus cauchemardesque.

Lettre ou pas lettre?

Quelques jours après l'annonce de l'identification du suspect, le procureur allemand a déclaré avoir les preuves que la petite Maddie était décédée, mais a refusé de dire lesquelles. Il a même ajouté avoir envoyé une lettre aux parents dans ce sens. Le 16 juin, ces derniers ont répondu qu'ils n'avaient jamais reçu la moindre lettre et que ces bruits ne faisaient qu'accroître leur anxiété. Le 19 juin, ils précisaient que la police britannique avait bien reçu une missive, mais de la police criminelle allemande, pas du procureur, et que celle-ci ne parlait pas de preuves de la mort de Maddie, juste que les enquêteurs allemands poursuivaient leur travail.

Ce 29 juin, le procureur allemand récidive dans l'émission australienne «60 Minutes», dont une partie est visible sur YouTube. Le magazine revient sur l'affaire Maddie et Christian Brueckner, décrivant notamment le viol brutal que celui-ci a perpétré sur une femme de 72 ans et donnant la parole à un criminologue allemand, qui explique (âmes sensibles s'abstenir) que le suspect aime torturer et tuer ses victimes, tout en filmant ses actes.

Dans l'antre du tueur

L'émission reprend également de nombreux extraits d'une enquête de Spiegel TV du 17 juin sur les endroits où vivaient Christian Brueckner en Allemagne. Outre le fait qu'on apprend qu'il a tenu un temps un kiosque à côté d'un jardin d'enfants (enfants à qui il faisait des cadeaux), le reportage emmène le téléspectateur dans une bâtisse en ruine, qui servit de repaire à l'individu et où l'on voit notamment plusieurs ordinateurs détruits. Et là, la police qui a fouillé les lieux, aurait trouvé plus de 8000 photos et vidéos, ainsi qu'un grand camping-car dans lequel auraient été découverts des maillots de bain de petites filles.

Le repaire allemand de Brueckner où la police a trouvé films et photos. Image Spiegel TV

Le repaire allemand de Brueckner où la police a trouvé films et photos. Image Spiegel TV

Reprenant donc ces images, «60 Minutes» a aussi interviewé le procureur allemand Hans Christian Wolters, qui mène l'enquête contre Brueckner. Quand on lui demande s'il pense que le suspect a fait d'autres victimes, il répond que oui mais qu'il ne peut pas juger s'il est un tueur en série ou non. En revanche, il répète: «Nous n'avons pas le corps ou une partie du corps mais nous avons suffisamment de preuves pour dire que notre suspect a tué Madeleine McCann». Lesquelles? «Je ne suis pas autorisé à vous donner les détails.» Avec ce qui a été exposé avant, on peut dès lors s'imaginer (et les parents les premiers) que la preuve est que Maddie figure sur des photos ou films pris par Brueckner. «Je ne puis répondre sur le fait qu'il y ait ou non des images de Maddie», ajoute le procureur.

«En Allemagne, nous sommes très réservés»

Toute la question est donc: pourquoi faire endurer un tel supplice aux parents? Le procureur Wolters avait répondu lui-même à cette interrogation, comme l'écrivait le 16 juin le «Daily Mail»: «Nous ne pouvons pas dire pourquoi elle est morte - il est plus important que nous réussissions et que nous puissions confondre le coupable plutôt que de simplement mettre nos cartes sur la table et de dire aux parents pourquoi nous pensons qu'elle pourrait l'être. (...) Nous pouvons comprendre leur douleur (ils veulent un soulagement), mais il vaut mieux pour eux que nous ayons une conclusion claire et réussie à l'affaire. Révéler trop de détails trop tôt entraverait les enquêtes en cours. En Allemagne, nous sommes très réservés, je ne sais pas comment c'est au Royaume-Uni, nous gardons tout pour nous jusqu'à ce que nous portions plainte.»

S'ils étaient si réservés que cela, en Allemagne, n'aurait-il pas alors fallu ne pas parler de cette certitude que la fillette était morte tant qu'on ne pouvait expliquer pourquoi? L'une des explications à cette démarche pour le moins surprenante (et choquante) est peut-être de faire peur à Brueckner pour le pousser à avouer ou faire une erreur, s'il croit que la police a des preuves de son meurtre.

Guerre des polices?

L'un des avocats au Portugal des McCann a demandé à la police allemande de lui révéler ses preuves afin de pouvoir rouvrir l'enquête au Portugal. Mais il évoque une guerre des polices entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne, chacune gardant pour elle ses informations. «Ce n'est pas une compétition entre les services de police. Nous devons tous aller de l'avant pour trouver la vérité. Les parents de Madeleine ne veulent pas savoir quelle police pense qu'elle est la meilleure. Ils ne veulent pas d'une guerre des mots.» Pourtant, celle-ci se prolonge au fil des semaines, s'accompagnant en plus à chaque fois de nouveaux détails horribles dans le parcours de Christian Brueckner. L'enfer, véritablement.

Michel Pralong

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