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EnquêteQui a décapité un cygne à Neuchâtel?

Les cantonniers ont retrouvé le cadavre mutilé d'un cygne blanc et des pages arrachées de la Bible sur la plage du quai Osterwald. Vaudou ou magie noire?

par
Vincent Donzé
Alertée dimanche matin par un promeneur, la police neuchâteloise a retrouvé la tête du cygne jeté dans une poubelle placée sur la rive à l'intention des baigneurs. Sur la gauche, on voit les pages de la Bible qui voltigeaient parmi les plumes. Rituel de magie blanche ou noire, aucune piste n'est écartée.

Alertée dimanche matin par un promeneur, la police neuchâteloise a retrouvé la tête du cygne jeté dans une poubelle placée sur la rive à l'intention des baigneurs. Sur la gauche, on voit les pages de la Bible qui voltigeaient parmi les plumes. Rituel de magie blanche ou noire, aucune piste n'est écartée.

Police cantonale neuchâteloise

C'est un symbole de pureté à qui on a tranché le cou. Une cruauté perpétrée sur un cygne blanc qui protégeait ses œufs, sur une petite plage de galets de Neuchâtel. Un geste a priori gratuit qui indigne les habitués du quai Osterwald. Sauf que dans un nuage de plumes, les cantonniers ont vu virevolter des pages de la Bible.

«C'était trois jours après la pleine lune et ce n'est pas un hasard», suppute le cantonnier qui a nettoyé la scène du crime après le passage des policiers, dimanche matin. Tiens, tiens! «Il m'est arrivé de trouver en pleine réserve naturelle des coqs à la tête tranchée», confie François Turrian, directeur romand de l'Association suisse de protection des oiseaux.

Pratique vaudou? Magie noire? «Assurément l'œuvre d'un déséquilibré!» recadre François Turrian. Selon les mythologies, le cygne incarne la pureté, la lumière et la féminité, il peut aussi refléter la mort pour ceux qui voient en lui un volatile impur.

Le promeneur qui a découvert le cygne décapité l'a dit à L'Express: sa tête se trouvait dans une poubelle. Les renards aussi décapitent les volatiles, mais seul un humain a pu jeter la tête dans une poubelle, au pied de la passerelle de l'Utopie. Pour la police neuchâteloise, l'intervention humaine ne fait aucun pli. «Ça relève de la bêtise humaine», assène son porte-parole, Pierre-Louis Rochaix. Parmi les pistes retenues, la police évoque une «ânerie» et une «beuverie», sans exclure un geste d'autodéfense. Mais chut: pas un mot sur un sacrifice satanique. Le crime a-t-il été commis avec un sabre? «Un canif suffit», tranche Pierre-Louis Rochaix.

Incompréhension totale

Président d'une société ornithologique, Pierre-Alain Leutwiler estime que les bourreaux du cygne «savaient ce qu'ils allaient faire». «Un cygne réagit à une agression, mais il n'attaque pas sans raison.» Chez les habitués du quai Osterwald, l'incompréhension est totale. «Qu'importe si la mise à mort est gratuite, mystique ou fanatique: c'est moche et c'est choquant», estiment Marlène et Philippe Bouchet, gérants d'un kiosque tout proche. Auteur expatrié à Londres, de passage à Neuchâtel, Laurent Lourson ne fera pas de ce fait divers son chant du cygne: «Une telle cruauté, ça n'arriverait pas à Londres, tant les animaux y sont respectés.»

Foi de cantonnier: le mâle qui rôdait hier au large de la plage de galets n'était pas le veuf, mais un opportuniste. «Le veuf a traversé le lac. Les cygnes étant monogames, on ne le reverra plus!» estime un cantonnier. En milieu d'après-midi, hier, le nid a été déblayé à coups de balai.

La dépouille du cygne a été confiée au Service de la faune dirigé par Jean-Marc Weber, un inspecteur qui dénonce la lâcheté de celui qui a tranché le cou de l'animal: «Devient-on un homme quand on arrache la tête d'un poulet avec la mâchoire?» s'indigne Jean-Marc Weber. A l'Office vétérinaire, le préposé Pierre-François Gobat ne retient pas qu'une banale infraction à la loi sur la chasse, mais une cruauté envers les animaux.

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