Emotion: Qui étaient les disparus du SR-111
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EmotionQui étaient les disparus du SR-111

229 passagers, aucun survivant. Le crash a tué personnalités et anonymes, plongeant leurs familles dans la douleur.

par
Michel Pralong
Le 5 septembre 1998, 229 bougies étaient allumées dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève en hommage aux victimes du SR-111.

Le 5 septembre 1998, 229 bougies étaient allumées dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève en hommage aux victimes du SR-111.

Keystone

Les passagers américains étaient les plus nombreux sur le vol SR-111, suivis par les Suisses et les Français. De quelque pays qu'ils viennent, ce sont 229 destins qui ont été brisés.

La famille Burrus, une dynastie de fabricants suisses de tabac, a perdu Dominique, 42 ans, qui habitait à Corsy (VD) et son fils Thierry, 18 ans. Une messe en leur souvenir s'est encore tenue à Lausanne le 26 août dernier. Swissair est décidément une compagnie maudite pour la famille. En 1978, Guy Burrus, un cousin, était l'une des 14 personnes tuées dans l'accident d'un DC-9 de Swissair, sorti de la piste à Athènes.

Dans le canton de Vaud, quatre employés de McDonald's à Crissier ainsi que deux anciens collabotateurs qui effectuaient un voyage privé aux Etats-Unis se trouvaient dans l'avion. Ainsi que deux cadres du siège de Philipp Morris à Lausanne.

Plusieurs passagers travaillaient pour des organisations internationales à Genève, dont Jonathan Mann, ancien directeur du programme antisida à l'OMS. L;'organisation a perdu également Roger Williams, éminent spécialiste américain. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et l'Organsiation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPi) pleuraient chacun deux de leurs membres, l'UNICEF un.

Pierre Babolat, 51 ans , directeur de la fabrique française de cordages de raquettes de tennis du même nom, était également dans l'avion.

Un équipage de Suisses

Sur les 14 membres d'équipage, 13 étaient suisses, dont Irène Bétrisey-Sidler, hôtesse sédunoise, mère de deux enfants de 4 et 6 ans, qui reprenait son poste après un mois de vacances. Raphaël Birkle, 28 ans, de Delémont, était entré chez Swissair en mars en tant que steward sur la ligne Zurich-New-York. Ce vol était son premier changement d'affectation.

Il déménage à Peggy's Cove

L'Ecossais Ian Shaw, riche businessman ayant notamment une maison à Genève, a vu sa vie bouleversée ce jour-là. Sa fille Stéphanie, 23 ans, qu'il croyait sur le vol New York-Zurich, avait changé ses plans et embarqué sur le SR-111, plus direct. Abattu, son père pense qu'avec sa femme ils seront assez forts pour surmonter l'épreuve. Mais lui sombre, boit deux bouteilles de whisky par jour et manque plusieurs fois de se suicider. Finalement, il quitte son épouse et part s'installer dans un petit appartement à Peggy's Cove, en 1999, non loin de l'endroit où sa fille a perdu la vie. Il a fait depuis l'objet de plusieurs portraits dans la presse anglosaxonne.

Ian Show s'est installé en 1999 près d'où sa fille est morte. Photo Salmon Estaban

Ian Show s'est installé en 1999 près d'où sa fille est morte. Photo Salmon Estaban

Marc Rosset miraculé

Et il y a cette Fribourgeoise de 32 ans, qui laisse un enfant en bas âge. Et Pierre-André qui avait dessiné le modèle Constellations des montres Swatch. Il y avait aussi Karine, Heidi, Maurizio et tant d'autres. 229 vies brutalement interrompues. Chacun effectuait ce voyage pour différentes raisons: travail, visite, tourisme. Ce prof de tennis et sa femme de Vevey, par exemple, étaient allés se régaler en regardant quelques matches de l'US Open. Un tournoi lors duquel le Suisse Marc Rosset s'était, cette année-là, fait éliminer au premier tour. Le Genevois va donc rentrer en Suisse. Il réserve sa place... sur le vol SR111. Il l'annulera dans l'après-midi du 2 septembre. Il a la vie sauve mais est bouleversé en apprenant le drame: «Ce genre de décision se prend en quelques secondes; et pour ces quelques secondes, vous êtes vivant, d’autres sont morts... Il y avait peut-être quelqu’un à ma place. C’est terrible!», confiera-t-il le lendemain, la gorge nouée, au journaliste du« Matin» qui couvrait le tournoi.

Mathys Cabiallavetta, grand patron de l’UBS à l'époque, avait résevé deux vols: l'un pour Zurich, l'autre pour Genève. Son emploi du temps a New York a fini assez tôt pour qu'il embarque sur le premier. Le destin. Qui peut aussi être cruel, comme pour cet homme de 37 ans, frère de l'une des victimes du SR-111 et qui est décédé le jour suivant d'une crise cardiaque dans le vol Zurich-Toronto, alors qu'il allait retrouver ses proches.

Toujours des suites juridiques

Avocat de plusieurs familles de victimes, le conseiller national Christian Lüscher repense à tout cela à chaque anniversaire de la catastrophe: «Dans ces cas-là, on gère des dossiers, mais aussi des situations humaines. Des liens se créent et je suis resté en contact avec certaines familles. Il y a d'ailleurs encore des suites juridique. Il y a un an, l'enfant de l'une des victimes a hérité en atteignant sa majorité.» La bataille juridique fut longue, les familles de victimes voulant que le for soit déclaré aux Etats-Unis, où les dédommagement sont plus élevés, tandis que les avocats des compagnies d'assurances voulaient différencier victimes américaines et européennes. «Au final, on a coupé la poire en deux, on a appelé cela les accords du milieu de l'Atlantique». Dans la presse est apparu ensuite plusieurs fois le chiffre d'une indemnité de 198'000 francs par victime. «Le montant est confidentiel, mais je peux vous dire que c'est beaucoup plus que cela», déclare l'avocat.

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