Tennis: Qui pourra bien arrêter Nadal?
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TennisQui pourra bien arrêter Nadal?

Comme presque toujours depuis quinze ans, Roland-Garros débute sur le même refrain: l'Espagnol a-t-il déjà gagné? Voici les rares arguments du «non».

par
Mathieu Aeschmann
AFP

Puisque Rafael Nadal n’a pas encore armé un coup droit Porte d’Auteuil, l’effroi vient des chiffres et des souvenirs. Dix titres, 79 victoires, des heures de tennis à sens unique, «Rafa à Paris» ressemble à un épisode de Columbo (18 saisons). On connaît la victime et le meurtrier; seule la trame évolue.

Comment pourrait-il en aller autrement cette année? Rafael Nadal est No 1 mondial, il a empilé son traditionnel triptyque sur terre (Monte-Carlo, Barcelone, Rome) et les balles du tournoi sont, comme toujours, calibrées par son équipementier pour servir son lift ravageur. «Je me sens bien mais chaque tournoi est différent, a bien tempéré l’Espagnol vendredi, dans son mélange habituel de vrais doutes et de fausse modestie. On veut juste s’entraîner le mieux possible pour bien débuter.»

Bien débuter pour encore mieux finir. Car au rayon des statistiques invraisemblables, celle des sets égarés par Nadal en deuxième semaine de Roland-Garros mérite la palme. Hormis ses deux défaites – Söderling 2009 et Djokovic 2015 – Rafa n’a en effet été inquiété que par Federer (4 sets perdus), Djokovic (4), Ferrer (1), Hewitt (1) et Puerta (1). Treize ans et à peine quelques frissons. Voilà pourquoi les menaces identifiées ici sont avant tout théoriques.

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Alexander Zverev - ATP 3

Miser sur l’Allemand tient de l’évidence autant que du pari. Sascha est No 1 à la Race, il a croqué treize succès de rang en alignant les titres à Munich et à Madrid et avait posé sa patte sur la finale de Rome jusqu’à ce que la pluie «sauve» Nadal (3-1 au 3e). Pour tout ça, la tête de série No 2 doit être considérée comme «le» prétendant naturel. Mais il y a ce doute: comment un joueur qui n’a jamais atteint un quart de finale en Grand Chelem pourrait-il estourbir Rafael Nadal en finale de Roland? Sascha a promis «de ne pas se projeter». Bonne idée. Car l’exploit le transporterait dans une autre dimension.

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Dominic Thiem - ATP 8

Dominic Thiem est le dernier homme à avoir battu Rafael Nadal sur terre battue. Et plutôt deux fois qu’une (Rome 2017, Madrid 2018). Deux matches parfaits, en équilibre entre acceptation du combat loin derrière la ligne et énorme prises de risque. Domi sait dompter la bête, il l’a prouvé. Mais alors, pourquoi personne ne croit vraiment en lui? «Le jour où il me battra trois fois de suite, on pourra dire qu’il lit bien mon jeu», avait persiflé Rafa à Madrid. La saillie contient la réponse. Les deux fois, l’Autrichien a tellement «surjoué» qu’il ne semble pas capable de tenir ce niveau sur la durée d’un combat en cinq manches.

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Novak Djokovic - ATP 22

La rumeur d’avril est devenue une mode. Dans les coursives, au stand de glaces, à la salle de presse, tout le monde se passe le mot: Djoko est redevenu lui-même. «Novak n’est pas de retour parce qu’il n’est jamais parti, a recadré Nadal. Il était très fort à Rome, c’est un candidat au titre.» Et si la vraie menace était en fait un classique réinventé? Avec Marian Vajda et Gebhard Gritsch de retour dans son coin, le Serbe s’est remis à travailler. Et son superbe premier set romain contre Rafa (6-7) a rappelé à quel point son jeu contenait l’antidote. Alors bien sûr, ce Roland-Garros arrive encore un peu vite. Mais qui sait?

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Lui-même

C’est une éventualité qu’il ne faut jamais chasser du champ des possibles: le corps de Rafael Nadal peut lâcher. Dernier exemple en date, cette déchirure à l’attache du psoas qui l’a fauché en plein quart de finale contre Cilic à Melbourne. Alors bien sûr, l’Espagnol a déjà souffert physiquement Porte d’Auteuil. Mais son tendon rotulien en vrac face à Söderling était le résultat d’une usure progressive. Et en 2016 (abandon), son poignet brûlait depuis déjà trois semaines. Autrement dit, Nadal ne se blesse jamais à Roland-Garros. Et il bouge si naturellement sur terre, qu’il y a très peu de chances que cela change.

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Le temps

C'est une vieille rengaine que Rafael Nadal himself se plaît à alimenter (il l’a fait après la finale de Rome). Plus qu’au temps qui passe, son jeu serait sensible au temps qu’il fait. S’il pleut et que les terrains deviennent lourds, son lift perd (un peu) de sa superbe. Or la pluie est annoncée mercredi.

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John Isner - ATP 10

C’est la thèse avancée – avec humour? – par notre confrère du «NY Times» Ben Rothenberg. Parce que son service vient d’ailleurs, seul John Isner pourrait déboulonner la statue (il l’avait poussé au 5e set en 2011). Crédible? Lors des trois premiers tours à la rigueur… Mais pas en demi-finale.

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Denis Shapovalov - ATP 26

Stan Wawrinka l’a appris à ses dépens l’année dernière: le Nadal de fin de quinzaine peut devenir injouable. Or en 8e de finale, match charnière avant les choses sérieuses, Rafa pourrait croiser Denis Shapovalov dont les choix offensifs de gaucher l’avaient un peu bousculé à Rome.

Le chiffre

1900

Soit le nombre de points que perdra Jelena Ostapenko, tenante du titre et battue hier soir par Kateryna Kozlova. La Lettone, No 5 mondiale et sensation du printemps dernier, a vécu des retrouvailles douloureuses avec le court Philippe Chatrier.

La phrase

«J’ai demandé au doc ce qu’il m’avait donné»

GAËL MONFILS a mis une bonne demi-heure avant de retrouver ses esprits et un semblant de niveau hier face à l’invité français Elliot Benchetrit. «J’ai mal au ventre depuis samedi soir. Le doc m’a donné des pilules ce matin. Je ne sais pas ce que c’était mais je me suis senti mal, j’avais du mal à respirer.» «La Monf» aura-t-il récupéré mercredi? Il faut le lui souhaiter puisque se présente le piège Klizan.

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