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République tchèqueQui remplacera l’eurosceptique Vaclav Klaus?

Les Tchèques se rendent aux urnes vendredi, puis samedi, pour élire le successeur du président eurosceptique Vaclav Klaus, choisissant entre le vétéran de gauche Milos Zeman et l’aristocrate de droite Karel Schwarzenberg, dans un scrutin qui s’annonce particulièrement serré.

Vaclav Klaus

Vaclav Klaus

AFP

Les deux prétendants sont sortis au coude à coude du premier tour de cette présidentielle au suffrage universel direct les 11 et 12 janvier, avec 24,21% pour M. Zeman, Premier ministre en 1998-2002, et 23,4% pour M. Schwarzenberg, chef de la diplomatie au sein du cabinet d’austérité budgétaire de Petr Necas.

Quel que soit le nom du nouveau locataire du Château de Prague, ancienne résidence royale devenue siège de la présidence en 1918, les Tchèques choisiront un pro-européen et tourneront ainsi la page du très eurosceptique Vaclav Klaus dont le second mandat quinquennal expire le 7 mars.

Admirateur de Vaclav Havel

"Karel Schwarzenberg est un avocat convaincu de l’intégration européenne alors que Milos Zeman est un pragmatique capable de changer de position avec flexibilité", avertit pourtant le politologue Josef Mlejnek de l’Université Charles à Prague.

Outre leur attitude à l’égard de l’UE que la République tchèque a rejoint en 2004, il est difficile voire impossible de trouver des points communs entre M. Zeman, 68 ans, économiste de gauche connu pour des propos musclés et souvent accusé de populisme et M. Schwarzenberg, 75 ans, issu d’une vieille lignée princière, partisan des droits de l’Homme et des valeurs traditionnelles.

M. Schwarzenberg est admirateur de Vaclav Havel (1936-2011), icône de la "Révolution de velours", militant inlassable pour les droits de l’Homme et président en 1989-2003. M. Zeman, membre du parti communiste en 1968-1970, est soutenu par M. Klaus, ancien économiste pragmatique et rival politique de M. Havel.

Humaniste et conservateur

Appuyé par les syndicats, M. Zeman gagne des points auprès de l’électorat de gauche et dans une province frappée par la restructuration économique. Contrairement à son adversaire farouchement anti-communiste, il a sollicité le soutien du parti communiste qui a réussi une percée lors des récentes élections régionales.

Humaniste et conservateur, M. Schwarzenberg bénéficie quant à lui d’un fort soutien à Prague et dans d’autres grandes villes. Le "prince" charismatique est aussi le favori d’une grande partie des milieux artistiques et de teenagers citadins, nombreux à arborer fièrement un badge "cool" avec la tête de l’aristocrate moustachu coiffée d’une impressionnante crête punk.

Morosité générale

Le second tour est une "confrontation de deux mondes différents dont le résultat nous dira beaucoup sur la République tchèque", analyse le quotidien Dnes. Ce résultat sera connu samedi après-midi.

La présidentielle se tient sur fond de morosité générale, provoquée par la récession économique et un taux de chômage de 9,4% qui frappent ce pays de 10,5 millions d’habitants. La campagne électorale a été ponctuée de tension et d’invectives personnelles, surtout aux moments où elle dégénérait en une querelle sur la question sensible des décrets Benes.

Aux termes de ces décrets, signés après la Seconde Guerre mondiale par le président tchécoslovaque d’alors Edvard Benes, quelque trois millions d’Allemands et d’Autrichiens des Sudètes ont été dépossédés de leurs biens et expulsés de Tchécoslovaquie.

Exclure tout soupçon de corruption

"Ce que nous avons fait en 1945 serait aujourd’hui condamné comme une violation grossière des droits de l’Homme et le président Benes serait convoqué à La Haye" (siège de la Cour internationale de justice, ndlr), a déclaré M. Schwarzenberg au cours d’un débat télévisé, s’attirant les foudres non seulement de MM. Zeman et Klaus, mais aussi de vétérans de guerre.

Le nouveau chef de l’Etat sera le troisième depuis l’indépendance de la République tchèque en 1993, après Vaclav Havel et Vaclav Klaus, élus par le Parlement, dans une procédure critiquée pour sa complexité.

Le Parlement a décidé en février 2012 que le chef de l’Etat serait désormais élu au suffrage universel direct, excluant tout soupçon de corruption.

(AFP)

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