Football: Qui va gagner la finale? Le débat

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FootballQui va gagner la finale? Le débat

Qui de Tottenham ou de Liverpool va soulever le trophée de la Ligue des champions samedi soir à Madrid? Nos journalistes ont leur avis.

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Les «Spurs» sont annoncés perdants, donc ils vont gagner

Oui, Tottenham va gagner ce soir contre Liverpool. Vous pouvez rigoler ou vous énerver devant tant d'incompétence footballistique. Mais ce n'est pas parce que Liverpool fait l'unanimité que les «Reds» vont s'imposer. En finale de Ligue des champions, les rêves ne deviennent pas souvent réalité, surtout pour les équipes dirigées par le mage allemand, Jürgen Klopp. À ce stade, le charisme ne suffit pas.

Donc, oui, Tottenham Hotspur va gagner sa première Ligue des champions, n'en déplaise à la foule des louangeurs béats de Liverpool. Pourquoi? Simplement, parce que c'est écrit. Dans une cuvée 2018-2019 qui fait la nique à la logique, Liverpool ne peut que s'incliner.

Sa «remontada» contre Barcelone ne pèse rien contre ces Londoniens, devenus experts de l'inattendu. Auteurs d'un parcours jalonné de miracles – de la phase de groupe à la victoire en demi-finale contre l'Ajax d'Amsterdam en revenant de nulle part – les Spurs, il faut l'admettre, n'auraient jamais dû fouler la pelouse du Metropolitano Stadium ce 1er juin. Sauf que désormais, ils sont là et que Liverpool ne les impressionne pas le moins du monde.

Car Harry Kane et sa bande connaissent chaque détail du pressing des «Reds». Ils ont décortiqué ce milieu de terrain renforcé dans l'axe pour libérer les espaces sur les côtés, afin de privilégier les changements de jeu sur leurs latéraux piston. Ils savent les dribbles de Salah, la fulgurance des crochets de Mané et qu'ils vont manquer d'oxygène en début de partie. Mais ils y sont préparés. Peut-être mieux que n'importe quelle équipe du continent ne l'aurait été.

Oh, bien sûr, ce ne sera pas forcément spectaculaire. Tottenham va attendre avec une arrière-garde renforcée, certainement ralentir le jeu, tenter des attaques éclair pour profiter d'une inattention. Ils pourraient bien pourrir la première mi-temps pour que les batteries des Reds flirtent avec le rouge. Peut-être même qu'ils vont se retrouver menés au score. Mais ils ne seront pas largués au moment d'aborder leur moment décisif, à savoir la fin du match. Ça, ils savent faire, la preuve par huit, soit le nombre de buts – souvent décisifs - qu'ils ont inscrits dans le dernier quart d'heure de leurs matches depuis le début de leur épopée.

Et comme si cela ne suffisait pas, Tottenham Hotspur et ses fans se sont mis dans la poche le nouveau dieu du foot, la VAR, à qui ils ont dédié un cantique improvisé quelques secondes après que la vidéo a refusé un but décisif à Manchester City, en quart de finale. Difficile de faire mieux pour conjurer le sort. Ce soir donc, sur le coup de 23h, Liverpool va encore pleurer.

Quant aux «Spurs», ils auront écrit une page de légende. Un pied de nez à ceux qui veulent absolument réserver la Ligue des champions aux clubs qui dépensent sans compter en transferts. Car, oui, ce parcours improbable serait aussi la victoire de la stabilité contre la course aux transferts. Juste pour le plaisir, on va répéter que Tottenham n'a pas dépensé un centime dans ce domaine durant les deux dernières saisons, alors que Liverpool s'est offert des «mollets et des cuisses» pour près de 200 millions. Bon d'accord. Si Mauricio Pochettino, le coach des «Spurs», avait vraiment eu le choix, cela ne serait pas passé ainsi. En effet, c'est contraint que les dirigeants londoniens ont choisi de financer leur stade plutôt que de se perdre dans les étals du mercato. Mais qu'importe. C'est encore plus beau quand rien n'est planifié. Surtout en football.

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Liverpool, parce que

Chchchuuuut… écoutez, poils dressés et larmes aux yeux… Vous l'entendez, ce vibrant You'll Never Walk Alone dans la nuit madrilène? Après Rome (deux fois, en 1977 et 1984), après Londres (1978), après Paris (1981) et Istanbul (2005), c'est au tour de la capitale espagnole d'offrir un digne théâtre à la glorieuse légende des Reds. Le Liverpool Football Club va soulever sa sixième Ligue/Coupe des champions, samedi soir avant minuit – restons prudents quant à la gueule du scénario. Pourquoi? Parce que tellement de choses.

Liverpool, outre sa supériorité en termes de qualités individuelles sur le terrain, outre la bataille gagnée d'avance dans les tribunes, va s'imposer parce qu'il possède en son for l'atout suprême: une âme – alors que Tottenham vient tout juste de retrouver un stade. Un cœur qui, en plus de tout le reste, est froissé. Un cœur énorme, revanchard, rageur après la toute récente perte du championnat au terme d'une saison pourtant quasi parfaite et, surtout, après la défaite de l'an passé en finale de cette même Ligue des champions.

Liverpool gagnera parce que le revers de Kiev, face au Real Madrid, est encore en travers de toutes les gorges, sur tous les bides du côté d'Anfield Road. Il faut l'expulser et cette fois-ci, il n'y aura pas de Sergio Ramos pour casser Mohamed Salah. D'où cette hargne encore accrue, ce bouillonnement intérieur qui finira par griller, à petit ou grand feu, un adversaire sec à souhait.

Ce qu'a accompli Tottenham cette saison est admirable – nos respectueuses courbettes à Mauricio Pochettino et ses troupes. Mais la boîte à malice est épuisée, la cour des miracles n'a plus de pavés. Point trop n'en faut et qui n'en peut plus n'en peut plus. Les Spurs (éperons en français) n'ont plus de chevaux. Ils sont sur les genoux, les jantes, ça tire de partout et ça va finir par lâcher. Le talisman Harry Kane, de retour de blessure? Il perturbera surtout le bel équilibre qui s'est créé en son absence, inhibant un Heung-min Son, reléguant en vain certains des héros de ces dernières semaines au rang de faire-valoir.

Liverpool gagnera, aussi, parce que Jürgen Klopp. Maudit des finales, le Kloppo? Non. Ce type, qui incarne une bénédiction absolue pour un football-business si froid et carré (un peu comme le Tottenham qui s'annonce samedi soir), ne peut être maudit de rien. Pardon Raymond, mais aux WC le syndrome du Poulidor! L'Allemand qui, après avoir réalisé des folies à Mayence et Dortmund, va enfin couronner l'œuvre phénoménale qu'il a entamée voici bientôt quatre ans sur les bords de la Mersey.

Enfin Liverpool va gagner, raison ultime de le souhaiter, parce qu'on adore le fait absolument délicieux que Nottingham, grâce à l'immense Forest roi d'Europe en 1979 et 1980, puisse compter deux fois plus de C1 à son palmarès que tous les clubs londoniens réunis (Chelsea 2012). Chchchuuuut… vous l'entendez, ce You'll Never Walk Alone?

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