BD: Quoi de neuf côté bulles?

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BDQuoi de neuf côté bulles?

Un père fantasque et égoïste, un polar désabusé, des racines de mots avec Pico Bogue ou le retour d'Alix: voici quelques conseils de lecture.

par
Michel Pralong
Polar, aventure antique ou post apocalyptique et un cheveu d'étymologie au programme.

Polar, aventure antique ou post apocalyptique et un cheveu d'étymologie au programme.

Image: Photomontage Océane Haenni

«Malaterre»

par Pierre-Henry Gomont, Ed. Dargaud, 192 p.

par Pierre-Henry Gomont, Ed. Dargaud, 192 p.

En ouvrant cet album, vous allez faire la connaissance de Gabriel. Et il va vous énerver, vous agacer, vous mettre en rogne et vous choquer, sans toutefois que vous n'arriviez à le détester totalement. C'est un «connard sympathique» comme le définit l'auteur, Pierre-Henry Gomont. Gabriel, c'est un rebelle né: à l'éducation, à l'autorité et même à la vie de famille. Pourtant, il tombe amoureux d'une cousine avec qui il fait trois enfants. Mais Gabriel ne peut tenir en place: il se met dans la tête de récupérer un domaine qui appartenait à sa famille en Afrique équatoriale, se sépare de sa femme. Puis il revient pour emmener là-bas son fils et sa fille aînés, laissant le dernier à son épouse, sans se soucier de l'éclatement familial. Sur place, il ne s'occupera guère d'eux, ou à contretemps. Ses enfants hésitent: entre la découverte d'une liberté dans un lieu paradisiaque et un père insupportable, faut-il rester ou fuir? Gomont ne cache pas s'être inspiré d'éléments autobiographiques. Gabriel devait ressembler en partie à son père. Son long récit a justement ceci de fascinant que, de la première à la dernière page, on ne fait que changer d'avis sur sur un personnage extraordinaire au sens premier du terme.

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«Jeremiah»

T.36, par Hermann, Ed. Dupuis, 48 p.

T.36, par Hermann, Ed. Dupuis, 48 p.

Le titre de ce 36e tome annonce la couleur: «Et puis merde». Voilà qui est bien dans le style d'Hermann: on ne s'embarrasse pas de manière, surtout dans le monde post apocalyptique dans lequel vivent (ou plutôt survivent) ses deux héros, Jeremiah et Kurdy. A pied et paumés après l'incendie de leur hôtel et leurs motos, les deux potes vont se retrouver dans une propriété privée, sous haute sécurité. Encore une fois, ils sont tombés au mauvais endroit. L'intrigue de ce volume ne fait pas avancer la trame générale des aventures de Jeremiah, mais cela reste toujours une lecture tellement plaisante. Surtout que, et c'est en cela que ce tome s'avère important, on retrouve un personnage déjà croisé il y a 10 ans déjà. Surprise!

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«Alix»

T. 37, par Albertini et David B. Ed. Casterman, 48 p.

T. 37, par Albertini et David B. Ed. Casterman, 48 p.

Le personnage créé par Jacques Martin fête cette année ses 70 ans. Et revient avec une surprise de taille: David B. signe le scénario de ce 37e tome. A y bien réfléchir, on se souvient que l'auteur de «L'ascension du haut mal» y révélait son amour pour les batailles épiques. Et lui avoue que les aventures du Gaulois vivant à Rome sous Jules César ont marqué son enfance. L'histoire qu'il concocte, intitulée d'après le fameux «Veni, Vidi, Vici» a déjà le mérite de nous rappeler (ou de nous apprendre) à quelle occasion l'empereur a prononcé cette phrase. On y découvre un Enak plus ironique qu'à l'habitude, des personnages féminins plus nombreux que dans les albums de Jacques Martin et un récit au suspense tout à fait plaisant. Le dessin a été confié à l'Italien Giorgio Albertini, qui copie le grand classicisme de Martin. Ce qui peut rebuter ceux qui considèrent ce graphisme comme totalement dépassé.

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«L'étymologie avec Pico Bogue»

par Dormal et Roques, Ed. Dargaud, 160 p.

par Dormal et Roques, Ed. Dargaud, 160 p.

La série avec le petit gamin aux cheveux roux ébouriffés n'est pas prioritairement destinée aux enfants. Ses auteurs, Alexis Dormal et Dominique Roques, observent notre société via la fausse innocence de ce môme et de sa petite sœur, qui ont un langage bien plus évolué que les vrais enfants de leur âge. Ce langage est même central dans ces albums et il est porté par un dessin subtil et aérien. Pour montrer à quel point ils aiment les mots, les auteurs sortent ce petit format ou Pico va, avec des gags en une ou deux planches, dévoiler et expliquer les racines de mots commençant pas les lettres A, B et C. Vous l'aurez compris, des suites sont à prévoir. Une lecture enrichissante, mais qu'il vaut peut-être mieux entreprendre en plusieurs fois pour ne pas avoir une indigestion étymologique.

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«Nada»

par Cabanes et Manchette, Ed. Dupuis, coll. Aire Libre, 192 pages

par Cabanes et Manchette, Ed. Dupuis, coll. Aire Libre, 192 pages

Après «La princesse du sang» et «Fatale», Max Cabanes met en images un troisième roman de Jean-Patrick Manchette. Une adaptation réalisée, comme pour «Fatale», avec Doug Headline qui n'est autre que le fils du fameux auteur de polar disparu en 1995. On le sait, les récits de Manchette sont d'un noir profond. «Nada» n'échappe pas à la règle. Ce roman, porté sur grand écran par Claude Chabrol en 1974 avec notamment Michel Duchaussoy, Michel Aumont et Viviane Romance, ne compte que des personnages désabusés. Un mercenaire vieillissant, un prof de philo couard, un alcoolo violent, un révolutionnaire espagnol ou encore une pute magnifique: ces anars d'extrême gauche, dans la France de post 1968, se mettent en tête d'enlever l'ambassadeur des Etats-Unis et forment le groupe «Nada». Le coup réussi, ils se planquent dans une ferme. Face à eux, un flic retors et sans scrupules. Les uns autant que les autres n'ont rien à perdre, tout en sachant au fond de leur tête, qu'ils vont le perdre quand même. Une atmosphère sinistre, encore plombée par un temps neigeux et froid. Le célèbre bleu de Cabanes fait merveille dans ces pièces envahies de fumée de Gauloises. Un polar d'une densité (tant sur le fond que sur le nombre de pages) impressionnante. «Nada», c'est quelque chose!

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