Hockey sur glace: Qu’y a-t-il de cassé chez Toni Rajala?
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Hockey sur glaceQu’y a-t-il de cassé chez Toni Rajala?

Le buteur en série du HC Bienne est loin de son record de la saison 2018-2019 (27 buts). En regain de forme récemment, il y a tout de même quelques pistes pour comprendre ce passage à vide que vit le Finlandais depuis octobre.

par
Grégory Beaud
Toni Rajala était le meilleur buteur du HC Bienne lors des deux dernières saisons.

Toni Rajala était le meilleur buteur du HC Bienne lors des deux dernières saisons.

Tamedia AG

Jeudi dernier, lors de la victoire étriquée du HC Bienne à Ambri, Toni Rajala a ouvert la marque en début de deuxième période. Un tir de la ligne bleue plutôt anodin qui a tout de même trompé Viktor Östlund, le gardien suédois de la Valascia. Cette réussite n’était que la 11e de la saison du Finlandais de la Tissot Arena. Avec huit points lors des huit derniers matches (4 buts), le No 25 des Seelandais monte doucement en puissance. Y a-t-il d’autres explications qu’un manque de chance pour expliquer cette saison moins flamboyante que les précédentes? Oui. On détaille en quatre points clés.

1. Il est moins présent dans le slot

A gauche, l’influence de Toni Rajala cette saison à 5 contre 5. A droite les deux saisons précédentes.

A gauche, l’influence de Toni Rajala cette saison à 5 contre 5. A droite les deux saisons précédentes.

NLicedata.com

S’il bénéficie d’un tir dévastateur, Toni Rajala est également capable de gratter là où cela fait mal. Devant le gardien adverse, donc. Si l’on regarde ses buts lors des dernières saisons à égalité numérique, il avait certes une belle activité au sommet des ronds d’engagement, mais la plus grande partie de son «chantier» était effectuée dans le slot. Là où se font les différences en règle générale.

Lors des deux précédentes saisons, la distance moyenne de ses buts était de 5,87 mètres. Lors de l’exercice en cours, ses réalisations ont été décochées de largement plus loin: 2,5 m d’écart en moyenne. Cela influe forcément sur la réussite globale des essais de Toni Rajala. Son dernier but face à Ambri en est finalement un exemple criant.

2. Plus de tirs, moins de qualité

Le point le plus intéressant en se penchant plus en profondeur sur le «cas» Toni Rajala? Le nombre de shoots. A 5 contre 5, le sniper de la Tissot Arena est plus actif que lors des deux saisons précédentes. Avec plus de 23 tentatives de tirs (cadrés, bloqués et non-cadrés) par 60 minutes de glace, le Nordique est même le deuxième meilleur de la ligue dans cette statistique. Seul Jesper Olofsson (Berne) fait légèrement mieux. A titre de comparaison, Grégory Hofmann se trouve à 18,5 dans cette statistique appelée corsi individuel.

Corsi: définition

Pour éviter de perdre les moins férus de statistiques, un point «vocabulaire» s’impose. Qu’est-ce que le corsi? C’est une statistique qui peut se calculer pour une équipe ou pour un joueur. Elle totalise le nombre total de tirs réalisés, qu’ils soient cadrés, non-cadrés ou bloqués. Pourquoi est-ce intéressant? Elle permet de quantifier le volume de jeu d’une équipe/d’un joueur en comptant toutes les fois qu’il lui aura été possible de déclencher un tir. Vient ensuite la notion de qualité des shoots. Mais on y vient plus tard.

Le corsi peut s’exprimer en valeur absolue ou en pourcentage. Soit on calcule le nombre de tirs par 60 minutes soit le pourcentage de tirs d’une équipe ou d’un joueur par rapport à ses adversaires (CF%). Historiquement, avoir un corsi positif, au-delà de 50%, est un élément prédictif du succès des équipes.

Dans l’exemple qui nous concerne ici, le corsi individuel par 60 minutes de présence sur la glace (iCF/60) est calculé. Pourquoi par 60 minutes? Afin d’avoir une base pour comparer les joueurs selon un temps de jeu équivalent.

Le point vocabulaire étant effectué, une question s’impose: Pourquoi dès lors Toni Rajala a-t-il moins de succès s’il tire plus? On pourrait simplement parler d’une régression vers la moyenne. En gros, son succès des années précédentes n’était tout simplement pas tenable. Mais cette explication n’est pas convaincante tant Toni Rajala a prouvé être capable de tenir son niveau sur le long terme. Alors? Son pourcentage aux shoots est largement en baisse par rapport aux années précédentes. De 13,7% de réussite lors de l’exercice 2019-2020, l’ailier est passé à moins de 7%. Ceci n’est finalement que la conséquence directe du point No 1. Il tire de plus loin et donc marque avec moins de régularité.

3. Il marque comme un joueur moyen

Si l’on part du principe que Toni Rajala est un buteur patenté – et on peut aisément partir de ce principe -, il est censé marquer en moyenne plus régulièrement dans une situation donnée que le joueur lambda de National League. C’est là qu’interviennent les «Expected Goals» (xG pour les intimes) ou buts escomptés pour les francophiles.

Expected goals: définition

Partons d’un principe – là encore – simple. Chaque tir a, en moyenne, un pourcentage de chance de terminer sa course au fond du filet. Un joueur seul face à la cage vide aura en moyenne 100% de chance de marquer. Cela donne donc 1 but escompté (xG) pour son tir. Prenons le même joueur tentant sa chance depuis un angle impossible dans le coin de la patinoire avec un gardien. Il aura moins de 1% de chance de marquer. Cela se traduit par 0,01 xG.

Ces buts escomptés donnent ainsi une valeur moyenne à chaque tir en fonction de sa position sur la glace, de son type (slapshot, poignet, déviation, rebond, etc.) ou encore de la présence d’un défenseur ou non. Cette valeur est définie par l’historique des shoots semblables. Il ne s’agit, finalement, que d’une bête probabilité de marquer. Mais cette probabilité est un indicateur fiable de joueur en surrégime ou en sous-performance.

Si l’on revient à Toni Rajala, la totalité de ses shoots cette saison aurait dû lui permettre de marquer 7,54 buts à 5 contre 5. Son total? 6. En clair, le Finlandais, un fin artilleur, convertit ses actions avec un taux de réussite inférieur au joueur moyen de National League face au but. A titre de comparaison, il aurait dû marquer 19,2 buts à égalité numérique lors des deux dernières saisons. Son total? 28. Une statistique, pour le coup, totalement normale pour Toni Rajala.

4. Placement moins proche en power-play

A gauche, l’influence de Toni Rajala cette saison en power-play. A droite les deux saisons précédentes.

A gauche, l’influence de Toni Rajala cette saison en power-play. A droite les deux saisons précédentes.

NLicedata.com

Lors de la dernière saison, Toni Rajala était le meilleur buteur du HC Bienne en power-play avec sept réalisations. Cette saison, il est devancé par Marc-Antoine Pouliot (6) et fait jeu égal avec Luca Cunti (5). Lors de l’exercice précédent, les Seelandais avaient été absolument intenables en supériorité numérique avec plus de 27% de réussite. Personne ne faisait mieux que l’équipe d’Antti Törmänen et, forcément, Toni Rajala était un maillon essentiel. Actuellement, le HCB est dans la moyenne de la ligue avec 21% de succès. Si l’on y regarde de plus près, le placement du Finlandais n’a pas diamétralement changé entre cette saison et les précédentes (illustration ci-dessus). Il marque toutefois de plus loin en moyenne (9,56m contre 8,09m auparavant). Comme pour sa réussite à égalité numérique, son chiffre est logiquement impacté par cette position «au large» avec un pourcentage aux shoots en baisse de 15,38% à 9,43%.

5. Tout le reste

Et puis, comme toujours, il n’y a pas que les chiffres dans la vie. Il y a le facteur humain qu’il ne faut jamais négliger. Lars Leuenberger, coach de Bienne, demande-t-il d’autres choses à Toni Rajala? A-t-il moins de latitude pour s’exprimer qu’avec son compatriote à la bande? Comment vit-il émotionnellement cette saison compliquée?

Toujours est-il que, récemment, Toni Rajala semble en regain de forme. A confirmer face à Lausanne dès ce mardi soir?

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