Actualisé 16.12.2016 à 15:21

HypothèquesRaiffeisen veut miser sur les bas revenus

La banque va prochainement présenter un projet qui pourrait permettre aux faibles revenus d'accéder à la propriété.

Le projet devrait être présenté ces prochaines semaines.

Le projet devrait être présenté ces prochaines semaines.

Archives, Keystone

Faisant fi des mises en garde de la Banque nationale suisse (BNS), notamment, le groupe Raiffeisen réfléchit sérieusement à lancer des hypothèques pour les personnes moins bien dotées financièrement. Si bien qu'un produit de ce type sera présenté ces prochaines semaines.

«Nous sommes sur le point de mettre en oeuvre cette idée», a indiqué la porte-parole de Raiffeisen, Cécile Bachmann, interrogée par l'ats. Une offre de ce type sera présentée et lancée au cours des prochaines semaines.

Fort de cette initiative, Raiffeisen met en oeuvre les propos que son directeur général, Patrik Gisel, a à maintes reprises tenus dans la presse depuis septembre. Le patron de groupe bancaire établi à St-Gall plaidait en faveur d'un net assouplissement des critères d'octroi pour les hypothèques afin de faciliter l'accès à la propriété à la classe moyenne.

M. Gisel avait notamment évoqué des crédits hypothécaires destinés aux jeunes familles. Pour l'heure, Raiffeisen ne souhaite pas lever un coin du voile sur la future offre, mais celle-ci se situera bien dans le cadre présenté par M. Gisel, a assuré Mme Bachmann.

Contrats à long terme

La nouvelle offre de crédit s'adressera à un cercle de clients bien défini, comme par exemple celui des jeunes familles mentionné par le directeur général de Raiffeisen. Cette clientèle, même si elle ne remplit pas les actuels critères définis par la branche en matière d'octroi de prêts hypothécaires, notamment du fait d'un revenu insuffisant au regard de la somme empruntée, pourrait ainsi emprunter.

La future offre s'orientera aussi sur le long terme, a ajouté Mme Bachmann, évoquant une relation entre le client et l'établissement sur un large horizon. Dans une interview à la Neue Zürcher Zeitung, M. Gisel avait noté que Raiffeisen explorait de nouveaux modèles, sans pour autant augmenter les risques.

Dans l'entretien M. Gisel s'était dit convaincu que Raiffeisen - pour autant que la banque propose de telles hypothèques - ne resterait pas seul: «Nous sommes persuadés que Raiffeisen n'est pas la seule banque à envisager une nouvelle offre». L'établissement st-gallois est un acteur de poids sur ce marché en Suisse après les Banques cantonales et les deux grands instituts UBS et Credit Suisse.

Ce projet a toutefois suscité des critiques au sein de la branche, mais aussi du côté des autorités. Très attentives depuis plusieurs années à l'évolution du marché immobilier et hypothécaire, la BNS tout comme l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) ont plusieurs fois rappelé aux banques de rester inflexibles en matière de critères d'octroi.

Critiques du secteur

Le gendarme des marchés financiers et l'institut d'émission craignent qu'un élargissement supplémentaire de l'offre hypothécaire n'entraîne la création d'une bulle immobilière, et par conséquent puisse compromettre la stabilité financière. UBS avait aussi émis des critiques, un assouplissement des critères d'octroi consistant à «jouer avec le feu».

L'offre de Raiffeisen pourrait aussi raviver chez les banquiers le douloureux souvenir de la crise financière, laquelle a trouvé son origine dans des produits financiers basés sur les désormais célèbres hypothèques dites «subprime», octroyées à des clients ne disposant pas de moyens suffisants pour souscrire un emprunt immobilier. De nombreux établissements ont sombré avec l'éclatement de la bulle immobilière qui s'était constituée.

Afin d'éviter une intervention de l'Etat, les banques helvétiques ont adopté une réglementation commune en matière d'octroi de prêts hypothécaires. Depuis, la règle centrale veut que les coûts du bien immobilier acquis ne doivent pas dépasser le tiers des revenus du preneur de crédit.

Afin de considérer les éventuelles variations à la hausse des taux d'intérêt, les banques adoptent des taux hypothécaires relevés de 4 à 5%. Dans un contexte d'un plus bas niveau record pour ces derniers, alors que les prix de l'immobilier se sont envolés ces dernières années, Raiffeisen ne considère plus cette règle comme adéquate.

(ats)

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