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Accusé de fraudeRajoy rend publics ses revenus et son patrimoine

Afin de prouver son innocence, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a voulu montrer patte blanche samedi après des accusations de corruption et une pétition demandant sa démission.

«Jamais, je répète, jamais je n'ai reçu ni distribué d'argent au noir», a déclaré Mariano Rajoy devant la direction du Parti populaire.

«Jamais, je répète, jamais je n'ai reçu ni distribué d'argent au noir», a déclaré Mariano Rajoy devant la direction du Parti populaire.

Keystone

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, mis en cause dans un scandale de corruption mais qui nie avoir reçu de l'argent non déclaré, a publié samedi ses déclarations de revenus et de patrimoine.

Ce geste de transparence de Mariano Rajoy, premier chef de gouvernement espagnol à le faire, n'a pas désamorcé les critiques de l'opposition socialiste, qui réclame sa démission. Les socialistes estiment que la publication de ces documents ne prouve pas que Mariano Rajoy n'ait pas reçu d'argent au noir.

Mariano Rajoy avait promis de rendre publiques ses déclarations de revenus et de patrimoine il y a une semaine, en démentant des informations de presse citant son nom parmi une liste de dirigeants de sa formation politique, le Parti populaire (PP, conservateur), qui auraient perçu pendant des années des versements occultes d'argent provenant d'entreprises privées.

Publié sur La Moncloa

Mariano Rajoy a publié sur la page web de La Moncloa, siège du gouvernement, ses déclarations de revenus de 2004 à 2011 et ses déclarations de patrimoine jusqu'à 2007.

Pendant cette période, le chef du Parti populaire a reçu annuellement entre 112'015 et 147'620 euros en salaires, ainsi que "des revenus additionnels, produits de son patrimoine investi en dette publique, en valeurs et en biens immobiliers", indique le gouvernement.

En 2007, dernière année pour laquelle les données patrimoniales sont fournies, les biens de l'actuel chef du gouvernement, au pouvoir depuis décembre 2011, se montaient à 1,4 million d'euros.

En 2012, faute d'avoir déjà rempli la déclaration de revenus correspondante, Mariano Rajoy a seulement déclaré avoir perçu 49'893 euros net en tant que chef de l'exécutif.

Enveloppes d'entreprises privées

Par cette publication, Mariano Rajoy souhaite mettre fin à sa mise en cause personnelle dans le scandale de corruption concernant des dirigeants du Parti populaire.

Le scandale a éclaté comme une bombe le 18 janvier. Le quotidien de centre droit El Mundo a affirmé que Luis Barcenas, ancien trésorier du PP, avait distribué pendant deux décennies des enveloppes contenant entre 5000 et 15'000 euros à des dirigeants du parti, provenant d'entreprises privées.

Selon El Mundo, Mariano Rajoy n'a jamais touché ces enveloppes et a ordonné de mettre fin à cette pratique en 2009.

Mais le 31 janvier, le quotidien espagnol de centre-gauche El Pais est allé plus loin : il a publié des informations selon lesquelles l'actuel chef du gouvernement aurait perçu entre 1997 et 2008 des "paiements pour un total de 25.200 euros par an", sous forme de dons émanant de chefs d'entreprises, dont certains sont l'objet d'enquêtes pour corruption.

El Pais a publié à l'appui de ses affirmations des photos de comptes manuscrits prétendument établis entre 1990 et 2008 par Luis Barcenas et par un autre trésorier du PP, Alvaro Lapuerta.

Démenti immédiat

Le démenti du PP a été immédiat. "La comptabilité du Parti populaire est claire, unique, transparente et limpide", a assuré le numéro deux de la formation, Maria Dolores de Cospedal.

Deux jours plus tard, le 2 février, Mariano Rajoy a fermement démenti toute implication personnelle et s'est engagé à publier ses déclarations de revenus et de patrimoine. "Jamais, je répète, jamais je n'ai reçu ni distribué d'argent au noir", a-t-il déclaré devant la direction du Parti populaire.

Il l'a répété lundi à Berlin à l'issue d'un sommet germano-espagnol : "Les choses dont on m'accuse sont fausses". Le 3 février, l'opposition socialiste a réclamé sa démission.

Mariano Rajoy "doit abandonner la présidence du gouvernement", parce qu'il "ne peut pas faire face à la situation très grave que traverse l'Espagne", a déclaré le chef du Parti socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba, réagissant au scandale qui soulève l'indignation populaire.

La publication de samedi n'a pas calmé la virulence des socialistes. "Les Espagnols en ont assez d'attendre jour après jour des réponses", a déclaré la porte-parole du Parti socialiste au Congrès espagnol, Soraya Rodriguez.

Démission demandée

Elle a mis en doute la portée du geste de Mariano Rajoy. "Est-ce que l'argent noir apparaît dans la déclaration de revenus ? Comment les frais de représentation sont-ils contrôlés s'ils n'apparaissent pas ?", a-t-elle demandé.

Pour beaucoup d'Espagnols, cette affaire a été "la goutte de trop", dans un pays étranglé par une politique de rigueur et un chômage à plus de 26%.

Une pétition lancée sur Internet pour réclamer la démission de Mariano Rajoy et des élections anticipées avait dépassé jeudi son objectif d'un million de signatures. L'éventualité que Mariano Rajoy démissionne est toutefois jugée peu probable par les analystes.

(AFP)

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