Actualisé 24.11.2019 à 16:28

FranceRamadan veut remonter sur scène, des élus voient rouge

Dans l’Essonne, des élus se mobilisent pour faire interdire la première grande conférence de l’islamologue depuis sa libération de prison.

par
lematin.ch
En France, Tariq Ramadan souhaite donner devant mille personnes une conférence intitulée «Face à l’islamophobie et à l’injustice, résister avec foi et intelligence».

En France, Tariq Ramadan souhaite donner devant mille personnes une conférence intitulée «Face à l’islamophobie et à l’injustice, résister avec foi et intelligence».

Irfan kottaparamban [CC BY-SA 4.0]

Il y a une dizaine de jours, Tariq Ramadan a annoncé son retour sur scène. Il s’agira de la première grande conférence de l’islamologue genevois depuis sa sortie de prison, il y a un an.

Intitulée «Face à l’islamophobie et à l’injustice, résister avec foi et intelligence», elle doit se tenir vendredi dans une salle pouvant accueillir un millier de personnes. Mais aura-t-elle vraiment lieu? En tout cas les appels à l’interdire se multiplient.

La fronde est d’abord née sur les réseaux sociaux. Des militantes féministes ont interpellé Saint-Germain-lès-Corbeil, la commune de l’Essonne où doit se tenir la conférence.

«Violeur présumé et misogyne»

«J’apprends avec beaucoup d’inquiétude que le violeur présumé de nombreuses femmes et adolescentes en Suisse et en France, propagandiste d’un Islam radical et misogyne va tenir une conférence dans votre commune. (…) Je vous serais reconnaissante de faire annuler cet événement et de mettre en garde les élu.es des communes avoisinantes», a écrit l’un d’elles, comme l’a relaté «Les Nouvelles News».

Elle a été suivie par d’autres voix. Par des particuliers ou militants qui ont pris la plume. Et plusieurs ont proposé d’être imités pour inonder la mairie de Saint-Germain-lès-Corbeil de lettres, mails ou coups de téléphone allant dans le même sens.

Une avalanche de mails

Un appel qui a manifestement été suivi. «Depuis une semaine, Yann Pétel, le maire de Saint-Germain-lès-Corbeil, croule sous les mails, peu amènes, de gens lui intimant l’ordre d’interdire la venue de Tariq Ramadan dans sa commune», relatait vendredi «Le Parisien».

Ce maire semble d’ailleurs d’ores et déjà acquis. «J’ai appris sa venue par une association il y a une semaine. J’ai immédiatement contacté les gendarmes, et la préfecture, qui prend le sujet au sérieux. La municipalité ne souhaite pas que ce monsieur vienne sur notre territoire. Nous craignons des troubles à l’ordre public», explique-t-il dans le quotidien français.

Dans une salle privée

Députée du secteur, Marie Guévenoux est sur la même longueur d’onde. «Tariq Ramadan a des propos très ambigus sur la laïcité, l’égalité hommes femmes», lance-t-elle dans «Le Parisien». «Il a dit que l’excision fait partie de la tradition de l’Islam. Il est par ailleurs accusé de viols par plusieurs femmes. Lui donner une tribune publique peut empêcher les victimes potentielles de libérer leur parole. Je m’oppose fermement à sa venue.»

La conférence du théologien suisse, accusé de viols mais présumé innocent, est cependant organisée dans une salle privée. Ni la commune ni la circonscription n’ont le pouvoir de l’interdire. Mais la préfecture le peut et elle a été saisie.

«Jamais un seul incident»

«Comme pour toute manifestation de ce type, le risque de troubles à l’ordre public doit être évalué par les services de police ou de gendarmerie. C’est au regard de cette analyse que les conditions de maintenir ou non l’événement seront appréciées», a indiqué vendredi la préfecture.

Face à cette fronde, l’islamologue de 57 ans a réagi sur sa page Facebook comme sur son compte Twitter. Tariq Ramadan dénonce une liberté d’expression à deux vitesses en France et souligne qu’il donne des conférences depuis trente ans et que «jamais un seul incident» n’a été constaté. Voici sa réaction complète.

La décision de la préfecture devrait tomber ce début de semaine.

Renaud Michiels

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