Actualisé

InterviewRamazzotti: «Les réseaux sociaux ont déconnecté nos cœurs»

Eros Ramazzotti sort son disque «Vita ce n'è» ce vendredi. Il ne peut s'empêcher de déjà penser au prochain et nous confie qu'il a convaincu sa fille de ne pas se lancer dans la musique.

par
Fabio Dell'Anna
L'Italien de 55 ans sera en concert au Hallenstadion de Zurich le 25 mars 2019 et à l'Arena de Genève le 9 avril 2019.

L'Italien de 55 ans sera en concert au Hallenstadion de Zurich le 25 mars 2019 et à l'Arena de Genève le 9 avril 2019.

Il est le plus connu des chanteurs pop italiens. Il remplit toujours des stades et chaque sortie d'album est un événement dans le monde. Et pourtant, malgré tout ce succès, Eros Ramazzotti, 55 ans, reste l'une des personnes les plus humbles et simples que l'on a pu rencontrer. C'est dans son studio d'enregistrement à Milan que l'on a eu un tête-à-tête avec la star. La déco? Plutôt sobre, avec du bois partout et un gros «R» contre un mur, au cas où on aurait oublié le patron de la maison.

Après avoir discuté avec son management à côté d'une table de billard, Eros nous dit: «Cela vous plaît ici? C'est un peu ma deuxième maison. J'y ai passé 8 heures tous les jours pendant un an et demi pour vous présenter cet album «Vita ce n'è»». On s'affale dans le canapé, il nous propose un «espresso» et nous lance: «Pronti?»

Alors qu'en ce moment les sons urbains sont en tête des classements, vous restez fidèle à vous-même avec un album très «ramazzonesque». Vous n'avez pas voulu céder aux modes?

C'était surtout important d'avoir de bonnes chansons. Avec des sons plus modernes, des sujets d'aujourd'hui et aussi avec de bonnes collaborations. C'est un disque qui a de la profondeur et j'espère que dans vingt ans les gens se rappelleront encore de ces titres.

Dans «Per il resto tutto bene», vous parlez du comportement des gens dans la société actuelle. Vous pensez qu'on devient plus égoïste aujourd'hui?

Toute cette technologie, ces réseaux sociaux, ont déconnecté nos cœurs. On ne se rencontre que le soir pour partager un verre de vin, ou pour se faire un apéro, on sort deux conneries et c’est fini. Bien sûr, qu’il y a des aspects positifs à Facebook et autres, même moi je les utilise. Mais cela vous débranche de la réalité. Je préfère prendre mon téléphone et dire: «Hey! Comment ça va? Tu fais quoi? Viens, on va se manger quelque chose», plutôt que de raconter mes histoires au monde entier.

On va discuter de vos collaborations sur ce disque. La première est avec la promesse de la pop Alessia Cara sur le titre «Vale Per Sempre». Pourquoi elle?

Tout d’abord, car elle est à moitié Calabraise et à moitié Canadienne et je suis Calabrais du côté de ma mère. (Rires.) J’avais besoin de quelqu’un de jeune, de frais et ce choix a presque été comme une évidence. Ils m’ont proposé plusieurs artistes et je l’ai sélectionnée.

On vous a proposé qui?

Ha non! (Rires.) Je ne peux pas vous dire. Vous imaginez si les personnes concernées viennent à le savoir? Le désastre!

Alors pouvez-vous nous dire quelle jeune chanteuse vous appréciez récemment?

Il y en a beaucoup! Bon, elle ne fait pas partie des plus jeunes, mais Beyoncé a vraiment une voix fantastique. Je l’ai déjà vue en live et c’est une vraie show-girl. Même si j’avoue que sur scène, rien n’enlèvera la magie de Bruce Springsteen, qui a la musique qui coule dans les veines. Si je vais voir un concert, c'est pour la voix et le son et non pour les chansons pré-enregistrées ou les chorégraphies que l'on ne voit pas à 20 mètres.

Votre deuxième duo est avec Luis Fonsi, connu pour son tube «Despacito». Comment s'est déroulé l'enregistrement de «Per Le Strada Una Canzone»?

Il était connu bien avant «Despacito». C'est un grand professionnel. L'idée était d'aller directement dans cette ambiance latino et Luis a vite donné son accord. Il l'a enregistrée de son côté, chez lui, puis on a tourné le clip, ensemble, à Miami. Il me connaissait déjà, car j'ai eu quelques succès à Porto Rico. Il s’agira du deuxième ou troisième single.

La grosse surprise de ce disque est votre collaboration avec Helene Fischer! Elle est l'une des plus grandes vendeuses de disques en Allemagne et est très connue outre-Sarine. Vous l'avez rencontrée?

Non, je ne l'ai pas encore rencontrée. Mais j'irai chanter lors de son programme de Noël, qui est une émission très regardée chaque année. Pour vous dire la vérité, je ne la connaissais absolument pas avant. J'avais écrit cette chanson et mon management a décidé de lui envoyer le titre et cela a marché. Je trouve qu'elle a une voix fantastique.

On vous a entendu chanter avec Tina Turner, Anastacia, Cher, Ricky Martin... Mais jamais avec un artiste francophone. Pourquoi?

Je ne sais pas. A chaque fois, je demande à ma maison de disques que ce serait sympa de partager un titre avec un grand artiste de chaque pays. Avec la France, par exemple, cela ne s'est jamais fait. Peut-être qu'il faut que je demande à Emmanuel Macron? Ou sa femme? (Rires.) Blague à part, j'ai toujours adoré Jean-Jacques Goldman, sinon j'aime beaucoup Matthieu Chedid (ndlr.: -M-). Malheureusement, j'ai eu tellement de travail dernièrement que je n'ai pas eu le temps de le contacter. Il est tellement humble, joue comme un dieu et en concert, il est incroyable. Mais je garde l'idée pour mon prochain disque, car je le trouve très talentueux.

Sur Instagram, vous avez publié une photo de vous avec votre fille Aurora, 21 ans, dans votre studio d'enregistrement. Elle venait vous voir pendant la création de cet album?

Très souvent. C'est un endroit assez magique pour toute la famille. C'est comme une deuxième maison. Je voulais aussi aussi avoir son avis sur mes chansons.

Et si elle décidait de se lancer dans la chanson, vous diriez quoi?

Elle a déjà tenté avec «X Factor Italie», il y a trois ans. Cela n'a pas marché. Je lui ai dit qu'il fallait peut-être changer de voie.

Aujourd'hui, elle présente des émissions à la télévision...

(Il sourit)Je lui ai donné un bon conseil. Elle est très intelligente et elle travaille beaucoup avec son agence, qui est la même que celle de sa mère (ndlr.: Michelle Hunziker). Par exemple, elle est devenue récemment ambassadrice de Nike.

On vous verra aussi bientôt en Suisse à Genève le 9 avril et à Zurich le 25 mars. Content de revenir?

Très. Même si je dois vous avouer que cela me manque un peu de jouer dans de plus petites villes comme dans les années 1980. Mais j'adore revenir chez vous. J'en garde de magnifiques souvenirs, comme lors de mes journées de ski à Arosa (GR).

Votre opinion