Interview - Raphaël: «Je n’ai écouté que Christophe durant un mois quand il est mort»

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InterviewRaphaël: «Je n’ai écouté que Christophe durant un mois quand il est mort»

L’artiste de 45 ans a publié son 9e album studio, «Haute Fidélité», le mois dernier. Un disque plus rock que d’habitude et qui comprend un hommage au chanteur des «Mots bleus» décédé il y a an.

par
Fabio Dell'Anna

Raphaël espère pouvoir partir en tournée dès que possible.

montage vidéo Laura Juliano

Neuf ans après l’expérimental «Super Welter», Raphaël a retrouvé Benjamin Lebeau, du duo electro The Shoes. Cette fois, il a également invité Arthur Teboul et Alexis Delong, respectivement chanteur de Feu! Chatterton et claviériste du groupe Inuït. Ensemble, ils ont créé l’un des albums les plus percutants de l’artiste: «Haute Fidélité». Ce disque sorti en mars dernier se veut plus rock et électrique que ses précédents. Le chanteur sort des sentiers battus et s’y amuse avec des textes qui parlent d’amour, de nostalgie et de Christophe.

Un son rock et une belle dynamique plane sur tout l’album. Vous êtes devenu une rockstar?

Non. (Rires.) Mon envie était de créer un album qui n’était pas académique. J’aimais beaucoup mon disque précédent (ndlr.: «Anticyclone» sorti en 2017) mais il est presque trop classique. Il y a de très beaux pianos, avec des textes découpés… Cette fois, je voulais quelque chose d’électrique, de plus dangereux et de toxique.

Pourtant le premier titre, «Années 20», sonne un peu classique avec son piano.

C’était un morceau de dernière minute. Mais j’ai l’impression que le piano n’y a rien de classique. Je trouvais bien d’avoir un titre qui parle de 2020 en disant que «les années 20 seront folles, souviens-toi». Je voulais marquer ce disque avec la période que l’on vit en prenant en parallèle les années 1920.

Vous pensez qu’elles seront folles de manière négative ou positive?

J’espère qu’elles seront douces comme ont pu être les années 1920. Pour le moment, je dirais qu’elles ne sont pas très dansantes.

Vous avez nommé votre disque «Haute Fidélité». De quelle fidélité parlez-vous?

J’avais fait un disque en 2012 qui s’appelait «Super-Welter» avec le même producteur Benjamin Lebeau. C’était très rock et perçu comme un peu expérimental. Les critiques disaient souvent que c’était lo-fi ou mi-fi en référence à la basse fidélité, c’est-à-dire un son sale. Mon envie était de refaire un album ensemble, mais cette fois-ci plus dynamique et avec un son qui claque. Donc, le titre fait d’abord référence à la chaîne hi-fi et ensuite à la fidélité à soi-même, en amitié ou en amour.

Dans la chanson du même titre vous dites: «Ne baisse jamais ton masque, mais laisse l’amour venir.» C’est un conseil?

Exactement! Et je vous le donne aussi. Il ne faut pas se brider dans l’ivresse amoureuse ou dans les sensations. Il ne faut rien s’empêcher de vivre, mais il faut aussi garder en soi quelque chose qu’on ne peut pas atteindre et qui restera secret. Sinon, l’amour se rouille d’une certaine manière. C’est aussi une façon de rester qui on est sans pour autant changer pour plaire à l’autre. C’est important de rester en contact avec la personne que l’on était. De ne pas l’oublier.

C’est un peu votre secret pour la réussite de votre relation avec votre épouse, Mélanie Thierry?

Oui et c’est aussi ce que je dirai à mes fils (ndlr.: Roman, 12 ans, et Aliocha, 7 ans) s’ils tombent amoureux de l’une de leurs camarades de classe. (Rires.)

Vous avez commencé la promotion de cet album avec «Maquillage bleu» qui est rempli d’hommages et d’humour. Une ode à la nostalgie.

La nostalgie est un beau mot, non? C’est la douleur du retour et de ne pas pouvoir retourner à un endroit. L’enfance, la jeunesse sont des lieux où l’on ne peut pas partir en exil. On ne peut être nostalgique que d’un pays dans lequel on est jamais retourné. De plus, c’est souvent un pays que l’on a passionnément aimé. Cette chanson parle avant tout d’amour et ensuite j’évoque des gens avec qui j’ai pu travailler ou que j’ai admirés comme Johnny Hallyday ou Christophe.

Êtes-vous un nostalgique?

Je ne suis pas encore nostalgique. J’ai des enfants qui sont petits, je vis avec eux, je peux encore les mettre au lit… Je pense que dans dix ans je serai nostalgique de cette période magique. Pour moi, c’est maintenant la meilleure période de ma vie. Je n’étais pas plus heureux dans ma jeunesse ou à mes 20 ans.
Dans votre chanson «Personne n’a rien vu» vous dites: «Brûlé les vaisseaux et changé de peau». Après 20 ans de carrière, vous avez songé à tout arrêter?

On a tous eu l’envie de disparaître. C’est fascinant de pouvoir changer de vie et de ne pas se sentir enchaîné.

«Le train du soir» est une belle ballade que vous partagez avec Pomme. Comment est venue l’idée de cette collaboration?

Elle avait publié quelque chose par rapport à l’une de mes chansons. Puis on a bu quelques cafés et j’avais ce titre que j’avais écrit lors de l’été 2019. Elle est venue à la maison et on a fait une maquette. C’était vraiment comme des séances de travail improvisées et amicales. Puis son deuxième album est sorti, je suis allé la voir en concert et je l’ai trouvée extraordinaire. C’est un des concerts les plus forts et étonnants que j’ai vus depuis des années. Il en faut beaucoup pour m’étonner et elle est juste admirable. Souvent, les gens dans la chanson ont quelque chose de prévisible, ils ont des phrases déjà toutes faites… Pomme, non. Elle est d’une originalité désarmante.

Vous avez aussi collaboré avec Clara Luciani sur «Si tu pars ne dis rien». Pourquoi avoir pensé à elle?

Je la connais bien. Quand j’ai fait ma tournée en 2015, elle était sur scène avec moi à 70 reprises. Elle était pianiste et guitariste. Je l’ai suivie avant qu’elle sorte son premier album, c’est vraiment une amie. J’avais envie de partager une chanson avec elle. On passait une soirée ensemble, on a commandé une pizza, pris une bouteille de rouge et un cigare et on a écrit ce texte.
Vous clôturez l’album avec «Norma Jean» qui rend hommage à Christophe, décédé le 16 avril 2020. C’était une évidence de parler de lui?

Je ne sais pas si c’était une évidence. Je le connaissais un petit peu. D’ailleurs, c’est grâce à lui que j’ai rencontré Arthur Teboul de Feu! Chatterton avec qui je travaille beaucoup. On était tous les deux invités plusieurs soirs à chanter avec lui. J’ai beaucoup d’admiration, d’amitié et d’affection pour lui. Quand il est mort, j’ai écouté sa musique pendant un mois. J’avais une incapacité d’écouter autre chose. C’est un maître. Vraiment. À ce moment-là, j’ai écrit cette petite chanson en pensant à lui et en relisant les messages envoyés.

Pourquoi ce titre?

Ce sont des roses blanches qu’ils offraient lorsque des gens montaient sur scène.

Vous vous souvenez de votre rencontre?

Une émission de télévision pour le Sidaction en 2005. On avait chanté «Paradis perdu». J’en garde un beau souvenir. C’était une belle rencontre…

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