Football - Raphaël Nuzzolo: «On s’est sauvés, mais on a besoin d’aide»
Publié

FootballRaphaël Nuzzolo: «On s’est sauvés, mais on a besoin d’aide»

Le soulagement du maintien obtenu, l’emblématique attaquant de Neuchâtel Xamax a pris longuement le temps de revenir sur ce qui a mené l’équipe au bord du précipice.

par
Florian Vaney
(Chiasso)
Raphaël Nuzzolo (à droite) et Xamax ont transpiré avant d’obtenir leur maintien à Chiasso jeudi.

Raphaël Nuzzolo (à droite) et Xamax ont transpiré avant d’obtenir leur maintien à Chiasso jeudi.

Urs Lindt/Freshfocus

Raphaël, dans quel état d’esprit vous trouviez-vous à la 22e minute, à un but de la relégation (Chiasso menait 2-0)?

On a tellement parlé de l’aspect mental avant le match… Je l’ai encore évoqué durant la théorie. En fait, c’est une situation que j’ai déjà vécue. C’était mon tout premier barrage, en 2004. On avait battu Vaduz à l’aller dans l’ancienne Maladière, et on s’était retrouvés là-bas, au Liechtenstein, menés 2-0 après une demi-heure. D’ailleurs, comme aujourd’hui, on a marqué le 2-1, le score n’a plus bougé et on s’en est sortis.

Ça ressemblait précisément au scénario catastrophe parfois envisagé cette semaine…

Ce n’est vraiment pas pour tirer la couverture à moi, mais je crois qu’on s’en est tirés à l’expérience ce soir. Le lien qu’on a avec le club, notre vécu avec cette équipe, je crois que c’était la clef pour se sauver. Maintenant, qu’il soit question de nous, les anciens, ou des jeunes qui sont là et qui jouent trop peu, on mérite plus d’aide. Énormément d’erreurs ont été commises cette saison. On a essayé d’alerter, mais en tant que joueurs, ce n’est pas évident. Tu dois déjà faire ton job sur le terrain.

Vous pouvez développer le fond de votre pensée?

Je dis souvent que l’équipe sur le terrain, c’est la partie visible de l’iceberg. Mais dans notre cas, il y a beaucoup de choses au sein du club qui se sont déroulées comme elles n’auraient pas dû. J’estime que c’est le moment que le club prenne ses responsabilités. Pas seulement le dire, mais aussi changer les choses pour que ça aille mieux dans le futur.

«Si je me projette, la saison prochaine il y aura Yverdon, peut-être Sion, et plus Chiasso. Le relégué, il faudra le trouver…»

La saison prochaine arrive vite…

Et on ne peut pas débarquer l’année prochaine dans la même optique. Parce que le club mérite mieux, de un. Et de deux, parce que c’est un championnat où trois ou quatre équipes sont déjà construites pour se sauver. Et quand toi t’es construit pour autre chose et que tu dois aller là en bas, c’est très dangereux.

À vous entendre, Xamax ne se dirige pas vers une saison faste l’an prochain non plus.

Eh bien, c’est soit on a un budget pour essayer de faire quelque chose, soit on n’en a pas et, dans ce cas, on aura besoin de joueurs prêts à aller à la bataille. Parce que des Kriens, des Wil, ce sont des équipes qui savent se battre jusqu’au bout. Et si je me projette un peu, la saison prochaine, il y aura Yverdon, il y aura peut-être Sion, et il n’y aura plus Chiasso. Le relégué, il faudra le trouver…

La joie de l’équipe a été relativement contenue après le coup de sifflet final.

Je ne sais pas… Pour ma part, ça fait 20 ans que je joue au foot. Se sauver à Chiasso au dernier match grâce au goal average, bon. Mais le soulagement est là. On ne doit pas avoir honte, surtout pas. On peut même être fiers d’être parvenus à se maintenir ce soir. Mais il ne faut pas se mentir: le résultat global de la saison est nettement insuffisant.

Xamax a besoin de quoi à présent? Une vraie vision à long terme?

Déjà, de ne pas mentir aux gens. Si t’as un budget qui ne te permet pas de jouer le haut du classement, t’analyses ce que tu peux faire, tu commences par viser le maintien en premier lieu. À l’image de ce que fait un Thoune, par exemple. C’est une des grosses erreurs de notre saison: on pensait jouer les premiers rôles sans avoir une vraie vision, un objectif sur la durée. On est partis à tâtons, en estimant au fur et à mesure ce qu’on pourrait espérer. Pour moi, c’est dangereux.

«De quoi Xamax a besoin? Déjà, de ne pas mentir aux gens.»

En observant vos performances personnelles durant toute la saison, on a eu le sentiment que ces affaires en coulisses pesaient sur votre forme. Vous confirmez?

Oui. Parce qu’on est quelques-uns dans l’équipe à avoir porté haut ces couleurs, on a réalisé des performances avec ce club. Mais attention, on peut discuter de mes performances sur le terrain, de celles de l’équipe. C’est normal, on a nous aussi commis nos erreurs. Aujourd’hui, mon appel n’est pas une critique. Ou, disons, une critique constructive: on a besoin d’aide! Sans ça, c’est difficile pour nous sur le terrain de transmettre le bon message aux plus jeunes.

Vous faites référence à la période qui a précédé ces deux dernières saisons compliquées?

C’est ça. Quand t’as une ligne claire, qui vient d’en haut et qui est acceptée par le bas, de l’engouement, de l’envie, t’arrives à déplacer des montagnes. On l’a prouvé il y a deux-trois ans. Mais quand tu sens que tu n’es pas aidé, c’est chacun pour soi et ça ne fonctionne pas.

C’est l’origine de votre choix de vous mettre en retrait ces derniers mois?

À un moment donné, j’ai eu besoin de souffler, de prendre un peu de recul par rapport à cette situation. Ça fait longtemps que je suis là, j’ai senti qu’il fallait que je donne de la responsabilité aux autres. Tout en sachant très bien au fond de moi que, à la fin, j’allais revenir. On en avait parlé avec Lolo (ndlr: Laurent Walthert, le gardien) il y a un moment: si on devait tomber, ce serait avec nous.

Au final, vous n’êtes pas tombés. Mais est-ce que vous serez toujours là à la reprise?

Je suis à disposition du club, bien sûr. Il me reste une année de contrat en plus. Ça aurait été plus compliqué si on était descendus en Promotion League. Là, j’aurais peut-être dû aller pointer au chômage.

«J’ai eu besoin de souffler, de prendre du recul. Mais on en avait parlé avec Laurent: si on devait tomber, ce serait avec nous.»

Votre opinion