Actualisé 06.07.2020 à 04:24

Raphelson: «Jouer à Montreux, c'était mythique»

Festival

L'artiste vaudois avait joué au Montreux Jazz Festival en 2007 avec Fauve et le Lausanne Sinfonietta. Il revient sur ce concert et nous parle de son nouvel album, «Fallen Idols», sorti en mai dernier.

par
LeMatin.ch
«Une expérience comme ça c'est pour une fin de carrière normalement par pour un début!» dit en riant Raphelson à propos de son concert au Montreux Jazz le 12 juillet 2007.

«Une expérience comme ça c'est pour une fin de carrière normalement par pour un début!» dit en riant Raphelson à propos de son concert au Montreux Jazz le 12 juillet 2007.

K. W.

Le Montreux Jazz Festival, en tant que Romand et mélomane, Raphael Enard connaît forcément. Mais surtout: il y a goûté, sur scène, en 2007. Le meneur de Magicrays avait alors mis son groupe de côté pour se lancer en solo sous le nom de Raphelson. Un seul album en poche, et le voilà avec Fauve, alias Nicolas Julliard, au Miles Davis Hall en compagnie du Lausanne Sinfonietta.

Treize ans plus tard, Raphelson s'en souvient encore parfaitement alors qu'il a de nouveau laissé promener sa patte folk sur un 3e album, «Fallen Idols», sorti en mai dernier.

Racontez-nous votre expérience au Montreux Jazz Festival.

À la base, c'est le label Two Gentlemen qui avait mandaté le Sinfonietta pour jouer avec un artiste. Sauf erreur, ça devait être Stephan Eicher mais ça n'a pas fonctionné. Ils se sont alors tournés vers Fauve et moi. Et comme nous n'avions sorti qu'un album chacun, nous nous sommes partagé la scène et avons choisi des invités: Sophie Hunger, Erik Truffaz et John Parish. C'était une chouette soirée, on jouait en première partie de Rufus Wainwright et Lambshop. On peut même parler de concert mythique. Pour un premier album avoir un orchestre symphonique, c'était peut-être un peu tôt... (Il ricane.) En plus, ça a été filmé pour sortir ensuite un CD/DVD.

Votre moment préféré lors de ce festival?

Il y avait une grosse pression pour tout le monde sur ce concert. On était sur le fil du rasoir. À la fin, on avait tous les larmes aux yeux. Une expérience comme ça c'est pour une fin de carrière normalement par pour un début! (Rires.)

Quel a été le premier concert que vous a joué dans votre vie?

C'était au début des années 1990, au sein de Minds of Contradiction, avec plus ou moins les futurs membres de Magicrays. C'était un concours dans le Jura. On était le seul groupe, face à nous il y avait un trompettiste qui avait juste donné une cassette au jury. On savait à peine jouer, mais on a pu profiter de la scène et on a gagné. (Rires.) Avec la somme reçue, je me suis acheté une guitare, que j'ai encore.

Sur la route, vous êtes plutôt camping ou hôtel?

Avec l'âge, plutôt hôtel. (Rires.) J'ai surtout découvert les festivals en y allant jouer, en Suisse allemande notamment. C'était chouette, il y a eu une période où les groupes romands fonctionnaient très bien de l'autre côté de la Sarine. J'ai l'impression que c'est un peu retombé.

Quel festival faut-il faire au moins une fois dans sa vie?

J'aurais toujours voulu pouvoir être programmé au Kilbi. J'ai joué plusieurs fois au Bad Bonn, à Guin, mais jamais à son festival. D'ailleurs, je profite pour lancer un appel! (Rires.)

Avant votre concert: plutôt shot d’alcool ou un bon repas?

A l'époque, c'était les shots. Quand tu as un peu bu tu crois que tu es bon, mais ce n'est pas évident. Je me souviens d'un concert à Rock Altitude, au Locle, où trois caisses de bières nous attendaient dans la loge. Il semblerait que c'était sur notre rider, histoire d'assurer cinq ou six bières gratuites. Mais personne ne nous avait encore pris au mot!

L’artiste que vous aimeriez absolument voir en concert en 2021?

Nick Cave. Même si je l'ai vu plein de fois. Tom Waits, aussi.

Quel a été votre moment le plus gênant sur scène?

À Eurosonic, à Groningen (NED), avec Magicrays. Notre concert était retransmis à la radio. J'avais bu un peu trop de bière et j'ai roté au milieu d'une chanson calme. Le truc que tu ne peux pas camoufler! J'ai eu un énorme fou rire.

Comment célébrez-vous une fin de tournée?

À l'époque, on avait été nommé «le plus grand groupe de rock du monde en loges». On avait beaucoup d'amis qui voulaient être nos roadies juste pour ça. C'est un peu prétentieux mais c'est pour dire que ces moments avec des potes, avec plein de trucs à grignoter, c'est vraiment bon.

Parlons de ce nouvel album de Raphelson, «Fallen Idols», sorti en mai dernier, huit ans après le précédent. Vous aviez abandonné la musique?

Non, j'ai enregistré beaucoup de chansons. Mais ce n'était pas évident. Avec le premier album, il y a eu l'orchestre symphonique. Sur le deuxième, j'ai invité plein de gens. Je me suis longtemps demandé ce que je pouvais encore dire et faire, si ça valait le coup. J'ai hésité sortir des titres au fur et à mesure. Mais ça ne marche pas, ni envers les clubs ni envers les médias. Cela m'a pris du temps de retrouver le truc. Et puis bon, le travail, les enfants...

Est-ce pour cela que c'est un album concept?

Oui, je voulais une entité. Et c'est la première fois qu'en concert je vais jouer toutes les chansons de l'album. En faisant le disque, j'avais envie d'un fil rouge, mais je n'ai pas réussi. C'est difficile, ça pose trop de contraintes. Finalement, ça parle du sentiment que les choses ne se passent pas comme on veut. J'ai vraiment lâché prise: j'ai laissé choisir les morceaux – j'en avais vingt –, la pochette, les clips. C'était très enrichissant. C'est comme avec John Parish, que j'ai retrouvé à la production. Avant, je défendais ma vision. Cette fois, j'ai dit OK à presque tout, et j'ai eu la sensation de me retrouver avec un disque nouveau.

Quelles nouveautés sont prévues pour les concerts?

Si Antoine Guenot sera de nouveau à la basse, j'ai demandé à deux membres du choeur Auguste, de Lausanne, Estelle et Sam, de m'accompagner. J'avais envie d'avoir de bons chanteurs cette fois. Les voix, c'est ce qui reste avant tout d'un concert, car c'est très personnel.

Laurent Flückiger

Montreux quand même

«M comme Montreux», c'est une opération nostalgie proposée par LeMatin.ch du 3 au 18 juillet 2020, les dates où auraient dû avoir lieu le 54e Montreux Jazz Festival. Partenaire de longue date, LeMatin.ch entend apporter ainsi son soutien au festival et faire vivre l'événement à ses lecteurs avec des interviews, des souvenirs et des anecdotes.

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