Turquie: Rassemblement pour la «démocratie» à Istanbul

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TurquieRassemblement pour la «démocratie» à Istanbul

Inquiets après le putsch, plusieurs milliers de Turcs se sont réunis.

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La Turquie commémore lundi la mise en échec d'une sanglante tentative de coup d'Etat visant à renverser le président Recep Tayyip Erdogan. (15 juillet 2019)

La Turquie commémore lundi la mise en échec d'une sanglante tentative de coup d'Etat visant à renverser le président Recep Tayyip Erdogan. (15 juillet 2019)

AFP
Les autorités turques ont émis vendredi des mandats d'arrêt contre plus de 200 militaires. (14 décembre 2018)

Les autorités turques ont émis vendredi des mandats d'arrêt contre plus de 200 militaires. (14 décembre 2018)

Keystone
AK Party members stand in front of shoes symbolizing victims of the September 12, Turkish coup d'Etat as they take part in a rally to commemorate the 38th of the event in front of the Ulucanlar prison in Ankara, on September 13, 2018. (Photo by ADEM ALTAN / AFP)

AK Party members stand in front of shoes symbolizing victims of the September 12, Turkish coup d'Etat as they take part in a rally to commemorate the 38th of the event in front of the Ulucanlar prison in Ankara, on September 13, 2018. (Photo by ADEM ALTAN / AFP)

Keystone

«Ni coup d'Etat, ni diktat!»: des milliers de Turcs se sont réunis dimanche en début de soirée sur la place Taksim à Istanbul pour dire leur rejet des putschistes du 15 juillet. Ils ont aussi exprimé leur inquiétude devant la riposte du pouvoir après le coup d'Etat manqué.

C'est le principal parti d'opposition, le parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate et laïc) qui avait appelé à ce rassemblement. S'y était rallié le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan (AKP), dont les partisans descendent par dizaines de milliers dans les rues chaque soir.

Mais dans la mer de drapeaux rouges turcs agités place Taksim, dominaient les portraits de Mustapha Kemal, Atatürk, le père de la République et la figure tutélaire des militants du CHP. Fait inhabituel, les chaînes de télévision progouvernementales ont retransmis en direct un discours du chef du CHP, Kemal Kilicdaroglu.

Appel à la réconciliation nationale

«Ce jour est un jour d'unité, un jour où nous nous levons contre les coups d'Etat et les régimes dictatoriaux, un jour où nous faisons entendre la voix du peuple», a déclaré le dirigeant d'opposition. «Nous sommes tous ensemble aujourd'hui à Taksim. Ce jour est un jour où nous écrivons l'Histoire tous ensemble.»

Le chef de file du CHP a publié une «déclaration de Taksim» condamnant la tentative de coup d'Etat et appelant à la réconciliation nationale. Il a également souhaité que l'Etat ne soit pas «gouverné par la colère et la vengeance (...) Les auteurs du putsch devront être jugés selon la loi», a-t-il dit.

Au-delà du rejet des putschistes, de nombreux Turcs exprimaient leur inquiétude après l'instauration de l'état d'urgence, ainsi que leur opposition au président Erdogan: «Le pouvoir au peuple !», «La Turquie est laïque et le restera !»

Blindés et canons à eau

C'est la première fois que pouvoir et opposition en appellent ensemble au peuple depuis le putsch raté. L'événement s'est déroulé sous la surveillance des forces de l'ordre. Des blindés légers et des canons à eau avaient pris position près de la place Taksim, que survolait un hélicoptère.

Ce rassemblement intervient huit jours après la tentative de coup d'Etat qui a fait 270 morts. Elle a déclenché des purges massives dans l'armée, la justice, l'enseignement et les médias par un pouvoir turc totalement pris par surprise.

Erdogan balaie les critiques

Samedi, Recep Tayyip Erdogan a balayé les critiques de l'Union européenne. Ce que disent les responsables européens «ne m'intéresse pas et je ne les écoute pas», a-t-il lancé.

Il a averti que la riposte ne faiblirait pas contre les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux Etats-Unis. Ce dernier est accusé par Ankara d'avoir ourdi le coup d'Etat. La Turquie doit encore demander formellement son extradition à Washington.

Dernières mesures en date, la Turquie - où l'état d'urgence a été instauré jeudi pour la première fois en 15 ans - a porté de quatre à 30 jours la durée des gardes à vue et a dissous plus de 2000 institutions. Plus de 13'000 personnes ont été placées en garde à vue et 5800 sont en détention.

Réaction de Didier Burkhalter

Au moment où démarrait cette manifestation, Amnesty International a affirmé avoir réuni des «preuves crédibles» attestant de tortures, et même de viols, de personnes détenues en Turquie après la tentative de coup d'Etat. Ces affirmations ont été vigoureusement démenties par un haut responsable turc.

En fin de journée, Didier Burkhalter a appelé à ne pas condamner trop vite la Turquie et à éviter de briser la relation avec Ankara. L'éventuelle réintroduction de la peine de mort constituerait «clairement» une ligne rouge pour la Suisse, a estimé le chef de la diplomatie suisse.

(ats)

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