05.06.2015 à 16:05

CyclismeRecord de l'heure - La modernité bien comprise par Wiggins (PAPIER D'ANGLE-DOSSIER)

Matériel, position aérodynamique, piste : la réussite d'une tentative contre le record de l'heure, à l'exemple de celle du Britannique Bradley Wiggins dimanche à Londres, dépend de plusieurs facteurs qui déterminent la hauteur de la performance.

La modernité technologique, tant pour le vélo que pour les éléments directement liés au coureur (casque, textile, etc), a changé la donne dans les 25 dernières années après des décennies consacrées à la recherche de la légèreté. En 1967, le Belge Ferdinand Bracke utilisait un vélo de 5,8 kg, un kilo de moins que les engins d'aujourd'hui, autrement plus rigides. Une étude universitaire (Paris XII-Val de Marne) publiée en 1995 avait tenté de chiffrer les gains des différentes pièces testées en soufflerie : le casque profilé (0,9 km), les roues pleines, dites lenticulaires, elliptiques en fibre de carbone (1,7 km), la fourche avant presque plate (0,3 km), le cadre permettant d'adopter la position de triathlète aux bras fléchis (2,4 km). Mais l'aérodynamique et la puissance développée nourrissent un rapport complexe, surtout dans le cadre d'un système de pédalage classique. C'est ce qu'avait compris l'Ecossais Graeme Obree qui avait adopté en 1993 la position de l'oeuf sur le vélo. "Il innove parce qu'il présente une position qui efface les bras dont le coût aérodynamique est exorbitant, puisque ce sont les premiers éléments qui entrent en contact avec la masse volumique de l'air", expliquait à l'époque l'expert belge Jean Wauthier avant que l'Union cycliste internationale (UCI) décide d'intervenir pour privilégier les positions dites classiques. Au nom de la notion même de record, un "exploit sportif surpassant tout ce qui a été fait précédemment dans le même genre et dans les mêmes conditions". Sur une longue période, l'augmentation des braquets s'impose comme le changement majeur même si le facteur de la résistance de l'air (modifié par l'élément technique que représente un début de carénage) relativise les comparaisons strictement athlétiques. Le champion italien Fausto Coppi, en 1942, utilisait un développement de 52x15 qui lui permettait d'avancer de 7,40 mètres par tour de pédale, soit 8 centimètres de plus que le Suisse Oscar Egg à la veille de la Première Guerre mondiale. Un demi-siècle plus tard, le Suisse Tony Rominger, suivi par le spécialiste italien Michele Ferrari - aujourd'hui banni pour avoir été le préparateur de Lance Armstrong -, en était en 1994 à 9,02 mètres par pédalée. Les dames n'étaient pas en reste : Catherine Marsal approchait les 9 mètres (58x14, soit 8,70 m) lors de sa performance de 1995. Preuve de la révolution des braquets, dans le rapport idéal à trouver pour la dépense énergétique entre le développement choisi et la cadence de pédalage. A chaque époque, sa piste fétiche. Milan, Mexico, Bordeaux, ont accueilli les tentatives avant que les derniers records soient établis dans des vélodromes récents (Granges, Aigle, Manchester), sans être réputés ultra-rapides. Les conditions de température et d'hygrométrie, ainsi que le dessin de la piste et, plus encore, la qualité du revêtement - le bois utilisé à Bordeaux, par exemple, est un doussié, peu sensible à l'humidité - sont les facteurs majeurs. Avec l'altitude dont les effets bénéfiques indéniables avaient amené l'UCI à distinguer un temps les records réalisés à plus ou moins de 600 mètres d'altitude. Tenter le record sur les hauts plateaux de l'Amérique latine (Mexico, Quito, La Paz) présente toutefois des inconvénients qui ont fait reculer les derniers prétendants, hormis le Néerlandais Thomas Dekker (échec en février au vélodrome mexicain d'Aguascalientes). Entre autres, l'aléa d'une piste découverte, qui suppose l'attente d'une fenêtre météo favorable, et surtout l'adaptation à cette altitude. Wiggins, lui, a préféré Londres, la ville de son enfance. jm/es

(AFP)

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