Hypocrite…: Refus du congé paternité: des pères fâchés!
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Hypocrite…Refus du congé paternité: des pères fâchés!

Le refus du Conseil fédéral de soutenir le congé paternité, tout en voulant favoriser l’accueil extrafamilial, provoque l’ire des milieux de défense de la condition paternelle.

par
Eric Felley
Après la décision du Conseil fédéral, Julien Dura, porte-parole du Mouvement de la condition paternelle Vaud, fait la moue.

Après la décision du Conseil fédéral, Julien Dura, porte-parole du Mouvement de la condition paternelle Vaud, fait la moue.

Sébastien Anex

«En réponse au désir des pères de rester auprès de leur enfant après la naissance, le Conseil fédéral veut augmenter l’aide pour les placer en dehors de la famille! C’est vraiment de la mauvaise foi.» Julien Dura, porte-parole du Mouvement de la condition paternelle Vaud, ne cache pas sa déception après la décision du gouvernement fédéral de ne pas soutenir le congé paternité.

Le Vaudois ajoute: «Le Conseil fédéral n’était pas intéressé à s’engager pour l’accueil extrafamilial au début de l’année. Une fois notre initiative déposée, comme par hasard, il revient avec cette proposition. Ce sont des subventions pour les cantons, mais, en réalité, une grande partie de l’accueil extrafamilial reste payée par les parents.» Dans toute la Suisse, les milieux de la condition paternelle ont contribué à récolter les signatures de l’initiative lancée par Travail.Suisse, Männer.ch, Alliance F et Pro Familia Suisse, déposée en juillet dernier. Le congé paternité fait partie de leurs objectifs pour atteindre une «coparentalité égalitaire».

Aujourd’hui, les pères ajoutent leur voix à ceux qui trouvent, comme le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS), que le Conseil fédéral a pris une décision «du siècle passé». «À travers cette initiative, poursuit Julien Dura, nous voulons montrer qu’il faut un nouvel équilibre conjugal pour les jeunes couples. Beaucoup de pères veulent s’engager davantage, diminuer leur temps de travail et être plus présents après la naissance. Mais le gouvernement casse cette volonté. Pire, il porte lui-même cette inégalité.»

L’initiative prévoit un congé paternité de quatre semaines, payé à 80%, selon le modèle du congé maternité (14 semaines). Il serait financé par une augmentation de 0,11% de la cotisation à l’Assurance perte de gains (APG). Le Conseil fédéral estime que cela coûterait trop cher à l’économie (420 millions de francs par année). Il n’a pas voulu d’un contre-projet, malgré la volonté du chef du Département de l’intérieur, Alain Berset, de couper la poire en deux avec un congé de dix jours.

Déjà trois refus du Parlement

Aujourd’hui, les pères ne sont pas égaux face au congé paternité. Certaines administrations et grandes entreprises se montrent parfois généreuses avec plusieurs semaines de congé payé. Mais la loi ne garantit en réalité qu’un jour. «L’attitude du Conseil fédéral est révélatrice d’une mentalité patriarcale: c’est la femme qui reste à la maison, regrette Julien Dura. La société ne fonctionne plus comme ça. Mais à chaque fois que nous défendons une évolution qui va vers l’égalité, nous nous retrouvons face à un mur. Il nous a fallu des années et des années pour pouvoir obtenir l’autorité parentale conjointe. En plus, l’année suivante, on nous a imposé la contribution d’entretien qui a de nouveau frappé les pères…»

Sans contre-projet du Conseil fédéral, l’initiative doit passer devant le Parlement dans un délai de deux ans. Cette année, celui-ci a refusé par trois fois des propositions du PDC, des Verts libéraux ou du PBD d’instaurer un congé paternité.

Dans ces conditions, un contre-projet de sa part paraît très aléatoire. «Nous irons devant le peuple avec l’initiative, nous nous mobiliserons à grande échelle, on organisera des marches, des manifestations, s’il le faut», conclut le porte-parole. On pourrait même voir une file de poussettes marchant sur Berne. Poussées par des hommes, évidemment.

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