Football - Remo Freuler, le joueur à maturation lente qui a brouillé les cartes
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FootballRemo Freuler, le joueur à maturation lente qui a brouillé les cartes

Le milieu de l’Atalanta Bergame a pris son temps, mais il est devenu un des meilleurs demis du championnat italien. Il compte bien s’imposer aussi en équipe de Suisse.

par
Robin Carrel
(Bakou)
Remo Freuler a pris son destin en main.

Remo Freuler a pris son destin en main.

Marc Schumacher/freshfocus

À l'été 2012, à l'issue d'un prêt de six mois à Winterthour en Challenge League, le demi avait été prié de se trouver une nouvelle équipe pas son club des Grasshoppers. Ce sera une année et demie de plus à «Winti», le club où il a été formé dès ses 13 ans, après avoir débuté le foot en 2001 à Hinwil. Le début d'une ascension loin d'être irrésistible, mais linéaire, via le FC Lucerne, qui a fini par en faire un élément dont Vladimir Petkovic ne peut plus se passer.

En janvier 2016, les suiveurs du football suisse s'étonnent. Mais qu'est-ce que l'Atalanta Bergame peut bien avoir vu dans ce milieu de devoir, certes, mais qui n'éclabousse pas la Super League de sa classe? Le club lombard a fait signer Freuler pour près de deux millions et demi de francs et comprend vite que la pioche est bonne. À l'été 2018, il a prolongé son entente jusqu'en 2022 et son salaire est doublé. Sa cote, elle, n'en finit plus de grimper.

«En rejoignant l'Atalanta, mon but était surtout de jouer à l'étranger, a-t-il presque ingénument
avoué lors du stage de préparation à Bad Ragaz. Bergame m'a fait une offre concrète durant l'hiver. C'est un club qui permet aux jeunes de se développer. Mon but était d'y rester deux ou trois ans et ensuite de réévaluer la situation. Je m'attendais à terminer les saisons de Serie A autour de la 15e place... La situation a pas mal changé depuis mon arrivée!»

Et c'est le moins que l'on puisse dire! Depuis ses débuts bergamasques, le Glaronais a joué 28 matches de Coupe d'Europe, dont quinze de Ligue des Champions. Avec son nouveau club, il a d'abord fini treizième, puis quatrième la saison suivante, septième en 2018 et troisième ces trois dernières saisons. Une montée en puissance qui a coïncidé avec l'arrivée aux commandes de Gian Piero Gasperini (63 ans), l'un des coaches en vogue du moment, grand partisan du pressing tout terrain.

«J'ai grandi en même temps que cette équipe. Chaque année, nous avons encore élevé le niveau d'un cran. La saison d'après est toujours meilleure que la précédente. À titre personnel aussi, j'ai fait de grands progrès. Avec Bergame, cela n'est pas encore fini. J'espère qu'on pourra continuer dans cette voie», a dit celui qui pourrait se retrouver libre de discuter avec un autre club dès le premier janvier prochain. L'heure, à bientôt 30 ans, de signer son dernier gros contrat.

En équipe nationale aussi, ce joueur à maturation lente a dû se montrer patient pour être reconnu à sa juste valeur. Son premier appel sous les drapeaux date de novembre 2016, son premier bout de match de mars l'année suivante et son premier «match qui compte» en tant que titulaire a eu lieu le 7 octobre 2017 contre la Hongrie (5-2). Toujours loin d’être indiscutable dans un coin de terrain où la concurrence est costaude, le natif d’Ennenda (GL) n’a pas foulé la pelouse une seconde de toute la Coupe du monde en Russie. Une petite meurtrissure pour lui.

«Si je joue, disputer une première grande compétition avec la Suisse me permettra de franchir encore un palier dans ma carrière, a-t-il savouré d’avance. Cela n'a pas été facile d'aller en Russie et de ne pas jouer la moindre minute. Je veux changer ça et je suis persuadé que j'aurai l'occasion de le faire lors de cet Euro.» Nommé dixième meilleur joueur de la dernière saison de Serie A, il devrait voir son vœu exaucé. Ces dernières semaines, Vladimir Petkovic n’a pas hésité à inventer un milieu à trois joueurs, pour pouvoir l’y faire cohabiter avec Denis Zakaria et Granit Xhaka, deux des rares joueurs suisses au pedigree international.

«Cela ne me dérange de toute façon pas que quelqu’un comme Granit Xhaka prenne plus la lumière que moi, a-t-il rigolé. C’est un très bon joueur, qui évolue au plus haut niveau depuis des années. J'espère pouvoir être titulaire à ses côtés, comme ces derniers matches où nous avons eu du succès. En club aussi certains de mes coéquipiers - surtout ceux qui font la différence - attirent plus l'attention que moi. La récupération du ballon, c’est un travail de l'ombre. Le grand public, au premier regard, ne voit pas tout ce boulot.»

En équipe nationale, il n’est en plus pas dépaysé. Comme Gasperini, Petkovic est un coach qui aime que son équipe traite bien le cuir. «Ce sont deux personnalités différentes. Petkovic est bien plus tranquille pendant les matches, a argumenté le joueur. Par contre, dans le jeu, les deux aiment avoir la possession, jouer vers l'avant et cherchent à marquer des buts. En phase défensive, Gasperini préfère de son côté un pressing haut sur le pré. En équipe de Suisse, c’est peut-être un peu plus prudent. On évite de se retrouver en un contre un en phase défensive.» Avec ses qualités, Freuler peut équilibrer tout ça. Quitte à faire évoluer son sélectionneur.

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