France : Renvoyé en procès, le ministre de la Justice exclut de démissionner 

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France Renvoyé en procès, le ministre de la Justice exclut de démissionner 

Éric Dupond-Moretti, qui sera jugé pour «prise illégale d'intérêts», a invoqué le soutien de la Première ministre Élisabeth Borne pour rester au gouvernement.

Le ministre français de la Justice, Éric Dupond-Moretti. 

Le ministre français de la Justice, Éric Dupond-Moretti. 

AFP

«Pas à l’ordre du jour.» En dépit des critiques sur son maintien au gouvernement français après son renvoi devant la Cour de justice de la République (CJR), le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a exclu mardi de démissionner, fort du soutien d’Élisabeth Borne.

«La Première ministre a réaffirmé, hier, toute la confiance qu’elle me portait» et démissionner «n’est pas à l’ordre du jour», a-t-il déclaré, au lendemain de la décision de la CJR de le renvoyer en procès pour «prise illégale d’intérêts».

Pourvoi 

Sa mise en examen dans ce dossier, en juillet 2021, n’a «jamais entravé (son) travail», a-t-il fait valoir, mettant en avant l’obtention d’un budget en hausse de 8%, l’élaboration de «27 textes» de loi ou la tenue des États généraux de la justice. Le ministre a aussi souligné qu’il avait formé un pourvoi contre son renvoi, ajoutant: «Et s’il fallait que je sois jugé, je dirais ce que j’ai à dire, je suis un justiciable comme un autre.»

«Au-dessus de la loi»

Après l’annonce de son renvoi – une première pour un ministre de la Justice en exercice – plusieurs voix ont réclamé son départ, la Ligue des droits de l’homme jugeant qu’«une telle mansuétude à son égard renvoie l’image déplorable d’un monde de décideurs s'estimant au-dessus de la loi commune.»

Critiques des oppositions

«Le président Macron doit maintenant choisir: être président de la République ou chef de clan», a estimé le député écologiste Benjamin Lucas. Pour Marine Le Pen, la «présomption d’innocence» n’impose pas systématiquement à un ministre de démissionner, mais dans le cas d’Eric Dupont-Moretti, son portefeuille pose problème, car «la justice doit donner une apparence irréprochable.»

«Si Emmanuel Macron tient énormément à Monsieur Dupond-Moretti, il n’a qu’à le changer de ministère», a-t-elle suggéré mardi, sur BFMTV. 

Appel à la démission

La présidente de l’association Anticor, Elise Van Beneden, a appelé à «mettre la pression pour obtenir la démission» d’Éric Dupond-Moretti et d’un autre haut responsable de la macronie, Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, dont on a appris, lundi, la mise en examen pour «prise illégale d’intérêts».

Appelant le «supérieur» du ministre à «tirer les conséquences du discrédit qui s’attache (…) à ce renvoi devant la CJR», l’avocate a jugé «incompréhensible» son maintien en poste. 

Règlements de comptes?

Nommé à la tête de la Chancellerie à l’été 2020 et reconduit après la réélection en mai d’Emmanuel Macron, Éric Dupond-Moretti est accusé d’avoir profité de sa fonction pour régler des comptes avec des magistrats auxquels il s’était opposé quand il était avocat. Lui assure n’avoir fait que «suivre les recommandations de son administration». 

Enquêtes administratives

Un premier dossier concerne l’enquête administrative qu’il a ordonnée en septembre 2020, visant trois magistrats du parquet national financier qui avaient fait éplucher ses factures téléphoniques dans le cadre d’une affaire de corruption dite «Paul Bismuth», visant Nicolas Sarkozy.

Dans un second dossier, il est reproché au ministre de la Justice d’avoir diligenté des poursuites administratives contre un ex-juge d’instruction détaché à Monaco, Édouard Levrault, qui avait mis en examen un de ses ex-clients quand il était avocat. Le Conseil supérieur de la magistrature a estimé le 15 septembre qu'«aucun manquement disciplinaire ne saurait lui être reproché.»

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(AFP)

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