Actualisé 25.06.2020 à 12:07

Réouverture des cabanes: un casse-tête logistique

Tourisme

Par ces temps de crise, accueillir les randonneurs pose des difficultés. Les guides et les accompagnateurs sont aussi impactés.

Avec les mesures sanitaires liées au coronavirus, la réouverture des cabanes n'est pas simple. Outre l'installation de plexiglas ou la mise à disposition de désinfectant, l'organisation des nuitées et des couverts est un véritable casse-tête pour les gardiens. Guides et accompagnateurs sont aussi touchés.

Le taux de remplissage des cabanes dépend non seulement du nombre de personnes mais aussi de la taille des groupes. Parfois les réservations se goupillent bien. Samedi passé par exemple, lors de l'ouverture de la cabane Rambert perchée à 2580 mètres au-dessus d'Ovronnaz, sa gardienne Sandrine Zweili a été chanceuse: chaque groupe faisant la taille de la chambre, elle affichait presque complet. Mais ce n'est pas toujours le cas.

A l'auberge de Salanfe, nichée à 2000 mètres entre la Vallée du Trient et les Dents du Midi, l'organisation des dortoirs change aussi tous les jours en fonction de la taille des groupes. «Nous avons dû faire un plan des dortoirs pour pouvoir nous y retrouver», abonde son gardien depuis 25 ans Nicolas Marclay, qui se dit optimiste pour la saison.

Au total, 2400 réservations ont été effectuées à Salanfe et elles s'étalent jusqu'à la fin de la saison. «Nous sommes dans les chiffres des autres années. La suite dépendra bien sûr de la météo et d'une éventuelle deuxième vague». Si Nicolas Marclay estime pouvoir «tirer un peu son épingle du jeu» en raison de son accessibilité et de ses infrastructures (plusieurs dortoirs et chambres privatives), il s'inquiète pour ceux qui n'ont pas ces options.

Les cabanes remplies à moitié

C'est le cas de la cabane de la Dent Blanche, située tout au fond du Val d'Hérens à 3507 mètres. Au vu de la situation géographique du refuge, les marcheurs viennent plutôt par deux ou en groupe de quatre ou cinq. Pour respecter les consignes de sécurité, le gardien Marcel Délèze doit séparer les groupes par des lits vides et ne remplit donc que la moitié des quarante-cinq places à disposition.

La plupart des cabanes expérimentent le même problème qu'à la Dent Blanche. En raison des mesures de protection, il sera déjà difficile d'occuper 50% de leurs lits, confirme le Club Alpin suisse (CAS). Les conséquences économiques seront énormes, prévient-il. La saison de printemps est pratiquement tombée à l'eau et, avec une perte d'environ 7 millions de francs, il manque environ un quart de l'ensemble du chiffre d'affaires annuel, ajoute le club.

Marcel Délèze table sur une petite saison parce que la moitié de ses clients sont des étrangers et que «c'est encore timide de ce côté-là». Jusqu'ici, il a eu pas mal de Suisses, surtout des Alémaniques, mais il ne pense pas que les Helvètes, restés au pays, pourront faire la différence.

Les répercussions

Par ricochet, ce demi-remplissage touche aussi les guides et les accompagnateurs. Ces derniers ne peuvent pas se permettre de réserver trop à l'avance, sous peine de devoir annuler en raison des conditions météorologiques, mais risquent de se retrouver sans disponibilité s'ils attendent trop longtemps.

«On doit un peu changer nos habitudes. En été, on pouvait appeler très tard, mais maintenant on doit anticiper», explique Samuel Schupbach, secrétaire de l'Association valaisanne des guides de montagne. «Les cabanes classiques affichent déjà complet», abonde Stéphane Hottinger de Worldguiding, une petite agence de guides qui propose des excursions à travers le monde entier.

Pour faire face à la perte de clients étrangers, l'agence a développé son offre locale mais les Suisses «sont encore un peu frileux». Même remarque de la part de Pascale Haegler accompagnatrice en montagne basée dans le Val d'Anniviers.

Elle suppose que les demandes de dernières minutes vont se multiplier dans les prochaines semaines. Son été à elle est déjà bien rempli, car elle a notamment dû repousser les activités prévues durant le semi-confinement. Un gros manque à gagner depuis le 16 mars, glisse-t-elle.

Les stratégies

L'auberge de Salanfe devra sans doute engager une personne supplémentaire pour gérer le nettoyage que les mesures sanitaires impliquent, tandis que Marcel Délèze a pour l'heure renoncé à prendre de l'aide. D'autant que sa cabane dépend aussi de la météo: si la Dent Blanche est bouchée, alors personne ne montera.

Ce n'est pas le cas à Rambert qui attire beaucoup de marcheurs, que ce soit pour une petite halte sur le chemin d'un plus grand tour ou juste un aller-retour. Sa gardienne s'est donc préparée à toute éventualité. Un afflux massif? Elle a prévu une sorte de foodtruck proposant des beignets de rösti et un deuxième stand de boisson à l'extérieur.

Selon le concept sanitaire en place, si un membre de l'équipe de cabane est testé positif au Covid-19, tout le monde doit redescendre et être placé en isolation quatorze jours. Un cas parmi son équipe? Elle a embauché neuf personnes à temps partiel pour la saison, contre trois normalement, pour avoir du monde en réserve.

Et si malgré tout Sandrine Zweili devait fermer, elle a adapté son menu, histoire de ne pas se retrouver avec un stock de nourriture périssable sur les bras. «Je me sens prête», conclut-elle.

(ATS)

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