Commentaire - Repas clandestins, la prime aux plus malins?
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CommentaireRepas clandestins, la prime aux plus malins?

Quand certains revendiquent le droit de se mettre hors-la-loi, heureusement qu’il y a les autres pour la respecter.

par
Eric Felley
Le frisson de se rendre à la faveur de la nuit à un repas clandestin en pleine pandémie.

Le frisson de se rendre à la faveur de la nuit à un repas clandestin en pleine pandémie.

Capture écran RTS/Mise au point

La publicité faite aux restaurants et autres soirées clandestines en Suisse romande est un phénomène récent dans l’évolution de cette crise. Et en France aussi. Des journalistes de l’émission «Mise au Point» et du «Temps» ont ainsi été invités à un repas de ce type en Valais, la semaine dernière. Ils relatent une soirée, parmi d’autres, qui a réuni des entrepreneurs, politiciens et promoteurs valaisans ou vaudois.

L’idée est de se retrouver en réseau pour passer un bon moment et parler affaires et, subséquemment, de venir en aide aux restaurateurs, qui sans cette transgression de la loi, feraient faillite. «Si je peux leur donner de l’argent, dit l’un, de l’argent en plus qu’ils n’auront pas déclaré et qui ne leur sera pas déduit, et bien je le fais». Un autre a cette formule: «On peut associer ces repas illégaux à une sorte de mécénat». Quasi des bonnes œuvres… Dans l’article du «Temps», on apprend que le repas a coûté dans les 1500 francs pour une dizaine d’invités. C’est l’entrepreneur qui a tout réglé, tout au «black», ni vu ni connu.

Esprit frondeur doublé d’un cœur noble

Légal ou pas, peu importe. Il faut dire qu’en Valais, les deux conseillers d’État Roberto Schmid et Christophe Darbellay s’étaient fait servir dans un restaurant, sans conséquences. Ils s’étaient empressés de dire qu’ils n’avaient rien payé pour ne pas compromettre le restaurateur. Ces réunions clandestines semblent correspondre à une certaine représentation de l’esprit frondeur valaisan, doublé d’un cœur noble et des meilleures intentions du monde. On doit constater une sorte de bienveillance officielle envers ces amateurs de liberté, de bonne viande et de bons vins. «Des gens qui aiment bien vivre», dit l’un. «Dans une ambiance bon enfant», constate «Le Temps».

Cependant, personne n’évoque le risque épidémiologique de ces soirées, où le respect des règles sanitaires dans un lieu fermé semble être le dernier des soucis des participants. Ceux-ci semblent considérer d’ailleurs que l’épidémie est finie pour eux. «Au fur et à mesure des semaines, explique l’un, notre cercle de gastronomes s’agrandit, via les amis des amis. Cela étoffe notre carnet d’adresses et nous permet de varier les tables qui nous accueillent». Pour lutter contre la propagation de l’épidémie, il nous faut donc continuer à compter sur l’immense majorité de la population et des restaurateurs qui respecte les règles. Tout le monde ne peut pas s’offrir le frisson de la transgression.

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