08.06.2018 à 05:01

Requiem pour un journal

L'édito de la rédaction

«Le Matin» papier disparaît. Désolés. Nous sommes vraiment désolés de vous quitter bientôt...

par
Le Matin

Désolés. Nous sommes vraiment désolés de vous quitter bientôt. Nous avons tout tenté pour conserver la force de la vitamine orange qui est en nous, mais certains éléments ont été plus puissants.

En 2015, nous avions fait un numéro spécial pour le dernier «Star Wars», «Le réveil de la Force». Ce fut un de nos plus grands succès de mémoire de kiosquier. Aujourd’hui, ce côté obscur de la force nous a vaincus. Comme le cancer a vaincu Johnny Hallyday, qui a toujours été une valeur sûre dans nos ventes.

Pour les cinquante derniers collaborateurs du «Matin», la journée d’hier a marqué l’aboutissement d’un long chemin depuis le début de l’année. La charrette a longtemps tourné avant de s’arrêter devant l’échafaud pour livrer ses 41 têtes à couper. C’est un choc qu’il faut amortir, puis se dire que la vie reprendra sur une autre route avec de nouvelles opportunités.

Mais la disparition annoncée du journal a toujours suscité l’incompréhension au sein de la rédaction.Car nous savons que vous existez, lectrices et lecteurs fidèles, à plus de deux cent mille chaque jour, qui plus est des gens à qui on ne la fait pas, des esprits critiques ou chagrins, admiratifs ou bougons, jamais indifférents. Depuis de nombreuses années, notre équipe n’a cessé de maigrir, rendant de plus en plus délicat le challenge d’un journal diversifié.

Finalement, nous ressemblions à nos lecteurs: désargentés. Nous nous sommes transformés parfois en magiciens pour donner cette impression d’abondance de nouvelles, de pays de cocagne de faits divers, de matches à sensation, d’inventions introuvables ou de polémiques de quartier. Pensez aux milliers de photos insolites que nous avons publiées.

De Genève à Sion, de Delémont à Bulle, de La Chaux-de-Fonds à Montreux, d’Ouchy aux Pâquis, nous avons toujours cherché la petite bête qui faisait causer la Suisse romande. «Le Matin» a toujours été l’ami du sportif pèlerin qui va d’un canton à l’autre. De Gottéron à Tourbillon, de la Pontaise aux Vernets, du Brassus aux Diablerets. Dans une petite buvette d’alpage, dans une cabane de montagne, sur les bateaux du Léman, on demandait et on trouvait «Le Matin». Pourquoi le supprimer?

Bientôt, les tables des cafés seront en deuil. Comme une vieille habitude, les gens chercheront le titre orange, avant qu’on leur rappelle: il n’est plus là. Alors profitez-en encore quelque temps.

Et que la force soit avec vous!

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