Indemnités: Restaurants: «Ce n’est plus de la grogne, c’est de la rage!»
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IndemnitésRestaurants: «Ce n’est plus de la grogne, c’est de la rage!»

Dans les cantons de Vaud, Genève et du Valais, beaucoup de cafetiers-restaurateurs s’enfoncent financièrement de jour en jour. Les tracasseries administratives de la Confédération sont dénoncées.

par
Eric Felley
«On était au bord du gouffre, maintenant on est dedans», constate le président de GastroVaud, Gilles Meystre

«On était au bord du gouffre, maintenant on est dedans», constate le président de GastroVaud, Gilles Meystre

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Après trois mois de fermeture depuis novembre, la situation des restaurateurs et autres patrons d’établissements publics en Suisse romande est loin d’être satisfaisante. Et c’est un euphémisme. Le président de GastroVaud, Gilles Meystre, ne cache pas que face aux difficultés financières: «Ce n’est plus de la grogne, c’est de la rage. On était au bord du gouffre, maintenant on est dedans. J’entends de plus en plus souvent des menaces d’incivilités, de burn-out ou de suicides. Les cantons font ce qu’ils peuvent, mais le problème vient de la Confédération, C’est aussi notre fédéralisme qui est en cause avec 26 cantons, 26 systèmes d’indemnisations et 26 systèmes de versement!»

Mardi, au Grand Conseil vaudois, il a pris la parole pour déclarer: «La guerre que nous devons mener aujourd’hui, c’est la guerre contre l’indécision, pas la guerre contre Berset au Maurer.»

Son confrère, le président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, Laurent Terlinchamp, n’a pas de mots assez forts pour dénoncer l’état d’abandon dans lequel se trouve la branche: «En 2020, nous n’avons travaillé qu’à 60% avec des pertes de 30 à 50% selon les établissements. Pour les quatre mois où nous n’avons pas pu travailler, les indemnités ont été minimes. Elles n’ont de loin pas été à la hauteur des pertes et des préjudices subis. À partir du 1er janvier, nous passons au cas de rigueur et le canton prend en charge les charges incompressibles jusqu’à un plafond de 20% du chiffre d’affaires.»

Une «totale gabegie administrative»

Sur le plan cantonal, la situation est plus claire, mais le problème vient des aides qui relèvent de la législation fédérale: «Avec les RHT (chômage partiel) c’est une catastrophe, constate le Genevois. Les contacts sont difficiles, le traitement des demandes est lourd et lent, la législation change tout le temps, il faut remplir de nouveaux formulaires, c’est une totale gabegie administrative. On nous parle de milliards d’aide, mais au final, on joue avec les gens. C’est honteux!»

Tout cela a des conséquences importantes sur la trésorerie des établissements: «Les patrons doivent payer les salaires en avance, précise-t-il, mais certains n’ont pas encore touché les RHT pour le mois de novembre. Ce que je ne comprends pas, c’est que cette situation dure depuis une année et que l’on n’a pas réussi à mettre en place un système efficace pour les établissements. On les laisse crever en leur infligeant une torture administrative. Je pense que 30% d’entre eux ne seront pas présents lors de la réouverture.»

Trois améliorations demandées à Guy Parmelin

GastroVaud vient d’écrire au conseiller fédéral en charge de l’Économie, Guy Parmelin, pour améliorer la situation sur trois points. Les personnes qui ont créé une entreprise après le 1er mars 2020 devraient aussi pouvoir toucher des indemnisations. Dans le canton de Vaud cela représente 7% des établissements. Pour Gilles Meystre: «Il s’agit d’une inégalité de traitement. Ces gens ont lancé leur entreprise alors que personne, ni la Confédération, ni les cantons, n’avaient anticipé une deuxième vague aussi longue et dévastatrice».

La Confédération devrait aussi assurer la couverture des salaires pour les personnes qui travaillent comme extra. Pour l’instant, l’accès au RHT est limité aux personnes qui ont un contrat d’au moins six mois dans l’entreprise. Enfin de nombreux petits patrons se voient refuser des indemnités APG du fait qu’ils se sont versé un salaire durant les mois de novembre et de décembre. «En réalité, explique le Vaudois, ces «salaires» sont des avances, qu’ils se sont versées en attendant de recevoir justement les APG, qui sont leur seul revenu, puisqu’ils ne peuvent pas travailler».

Valais, restaurateurs dans la misère

En Valais, le président de GastroValais, André Roduit, évoque une situation contrastée: «Concernant les aides cantonales pour novembre et décembre, elles ont été versées, à l’exception d’une soixantaine de dossiers en suspens. Les services cantonaux ne ménagent pas leurs efforts pour venir en aide à tous.» Par contre pour ce qui relève de la Confédération, la situation est aussi délicate, comme dans les deux autres cantons. Beaucoup d’entreprises ont raté le délai de préavis pour obtenir les RHT. Il s’ensuit une lourde pénalité, qui les prive d’indemnités pour tout le mois de décembre et la moitié du mois de janvier. «Pour le canton cela représente quelque 2 millions de francs qui ne peuvent être versés aux gens qui en ont bien besoin, regrette André Roduit. Cela plonge pas de mal de restaurateurs dans la misère».

Le Parlement doit changer la loi

Lundi, GastroSuisse a écrit dans un courrier interne qu’elle faisait tout son possible du côté de Berne pour améliorer globalement la situation. La Commission de l’économie et des redevances du National a d’ailleurs décidé de soutenir à une large majorité une modification de la loi pour suspendre le délai de préavis et permettre aux concernés de toucher rétroactivement leurs indemnités RHT. Cependant, cette modification doit passer au plénum et ne sera pas en force avant la fin de la session de printemps, le 19 mars. Pour beaucoup, c’est encore du temps perdu.

Votre opinion

78 commentaires
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Vertu Ose

11.02.2021, 22:28

Je pense beaucoup aux enfants dont les parents ont des difficultés avec leur emploi quelque soit le domaine. Il faut que le gouvernement trouve une solution pour les enfants qui sont notre avenir.

Indécent

11.02.2021, 20:05

On a applaudit les soignants en mars 2020. Aujourd'hui ils n'ont qu'à faire leur boulot! Pas d'engagement..pas de hausse de salaire. Les restaurant ont pu re-ouvrir 2 semaines apres moult investissements pour répondre aux normes qu'ils respectaient déjà... juste avant de refermer... On ne parle même pas de la culture... muselée.. oubliée... Et des petits commerçants respectant à la ligne toutes les contraintes... Place aux actionnaires.. aux discours anxiogènes...au cols blancs qui parce qu'ils sont bien nés... ont étudié dans la bonne école.. Je croyais que le fait d'être élu engageait à être visionnaire.. force de proposition ...

Zone A Détruire

11.02.2021, 11:44

Si vous voulez faire ce que bon vous semble, aller sur la colline du Mormont (46.657671° N et 6.531648°E) au sein de la ZAD qui est installée là depuis octobre dernier. Rassemblement, vie en communauté, tout est permis et parole de zadiste, pas un cas déclaré de Covid-19. La solution miracle que recherche la Task Force de l'OFSP depuis longtemps.