Polémique: Restaurants: «Rouvrir sans aide d'urgence, c'est suicidaire»
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PolémiqueRestaurants: «Rouvrir sans aide d'urgence, c'est suicidaire»

Président de GastroVaud, Gilles Meystre est atterré par les propos de Guy Parmelin qui évoque la réouverture prochaine des établissements publics.

Le président de GastroVaud, Gilles Meystre (45 ans), ne sert pas le papet aujourd'hui, mais pousse un bon coup de gueule.

Le président de GastroVaud, Gilles Meystre (45 ans), ne sert pas le papet aujourd'hui, mais pousse un bon coup de gueule.

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«Les réouvertures devront se faire sous conditions. La première, c'est le maintien des RHT (ndlr. réduction de l'horaire de travail), autrement dit le chômage partiel; la seconde, c'est la mise à disposition de masques en suffisance. Une fois que nous aurons obtenu ces deux garanties préalables, on pourra commencer à discuter d'un date de réouverture.» Gilles Meystre, président de GastroVaud, également membre du conseil de GastroSuisse, est un homme en colère.

«Fliquer les clients»

Le 15 mars, deux jours après les premières mesures de confinement annoncées par le Conseil fédéral, il lançait précisément un appel à la fermeture des établissements publics. «Il fallait fliquer la clientèle qui ne prenait pas au sérieux les consignes édictées en raison du coronavirus. Les clients rassemblaient les tables et se fichaient de l'éloignement social. Nos restaurateurs étaient interloqués. Et ça recommencera si nous n'exigeons pas de matériel de protection et si nous ne disposons pas de mesures strictes s'agissant de notre clientèle.»

Aujourd'hui, dans la presse dominicale, le Conseiller fédéral en charge de l'économie, le Vaudois Guy Parmelin, a affirmé que «les secteurs et branches qui sortent de l'isolement, ou peuvent rouvrir, doivent ensuite renoncer rapidement au chômage partiel et se passer d'autres aides fédérales». Il n'en fallait pas davantage pour faire sortir de ses gonds le défenseur des cafetiers-restaurateurs-hôteliers du canton de Vaud, particulièrement touché par le Covid-19.

«Il doit redescendre sur terre»

«Il faut que Guy Parmelin redescende sur terre. Rouvrir sans aide d'urgence, c'est exclu. C'est suicidaire. Il a une attitude insupportable qui consiste à préconiser la réouverture, mais surtout à dire «débrouillez-vous sans nous après». Le remède sera pire que le mal. Pas d'aide pour le loyer ou très peu, nous essayons de nous arranger avec le canton. Plus de RHT. Et des crédits transitoires qui finiront par nous asphyxier. C'est un mépris total de la branche», ajoute Gilles Meystre.

«De plus, il y aura des restrictions au niveau de la clientèle et la capacité d'accueil des établissements sera peut-être de 50%. Personne ne pourra s'en sortir! Sans compter que les gens seront sans doute craintifs de pousser la porte d'un café ou d'un restaurant. Le 27 avril, c'est bien évidemment trop tôt. Le 11 mai, l'épidémie sera toujours là. Avec la majorité des membres que j'ai consultés, nous visons plutôt le mois de juin. Mais j'insiste: si, et seulement si, nous sommes soutenus. Notre branche est à l'agonie.» 45% de chômage et des pertes de chiffres d'affaires qui s'élèveront à 4 milliards fin avril. Puis à 2,5 milliards au terme de chaque mois supplémentaire, précise le président de GastroSuisse, Casimir Platzer.

«C'est vraiment insultant»

Selon les régions et leur situation épidémiologique - le canton de Vaud est en première ligne après le Tessin - , le président de GastroVaud estime aussi «qu'idéalement, il faudra laisser une marge de manœuvre et d'appréciation aux cantons. Les solutions uniformes ne seront pas possibles. Sinon, nous risquons de tuer littéralement la branche. Nos membres sont inquiets. Ils ont des charges énormes et aucun revenu. Et quand ils rouvriront, leurs revenus risquent d'être ridicules. Je ne peux pas accepter que M. Parmelin dise que «l'aide de la Confédération ne doit pas devenir un oreiller de paresse». C'est vraiment insultant», déplore Gilles Meystre.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

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