Pérou - Retour à la case prison pour Keiko Fujimori?
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PérouRetour à la case prison pour Keiko Fujimori?

Presque officiellement battue dans la présidentielle péruvienne, Keiko Fujimori pourrait vite retourner en prison. Un procureur a réclamé, jeudi, son incarcération pour blanchiment.

Si elle échoue une troisième fois au second tour de la présidentielle, Keiko Fujimori, 46 ans, ne verra pas seulement s’écrouler 15 années de labeur depuis la reprise en main du parti politique de son père, mais surtout se profiler un futur qui pourrait passer par la case prison.

Loin derrière son rival de la gauche radicale, Pedro Castillo, qui possédait, jeudi matin, près de 72’000 voix d’avance alors que quasiment 100% des bulletins étaient dépouillés, la victoire semble difficilement atteignable pour la représentante de la droite populiste.

Demande d’invalidation

Des recours devant la justice électorale restent cependant possibles et Keiko Fujimori a demandé, mercredi soir, l’invalidation de près de 200’000 votes. Une défaite ne ferait pas d’elle la première femme présidente du Pérou, mais priverait surtout la dirigeante du parti Fuerza popular de l’immunité présidentielle.

Début mars, trente années de prison ont été requises contre elle par le Parquet et 22 ans contre son mari Mark Vito Villanella, dans le cadre de l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien des travaux publics qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains. Elle a déjà passé 16 mois en détention provisoire pour blanchiment d’argent présumé dans cette affaire, dans laquelle quatre anciens présidents péruviens, dont l’un s’est suicidé, ont été impliqués.

Liberté conditionnelle révoquée?

Et jeudi, le procureur en charge de l’affaire, José Domingo Pérez, a réclamé que la liberté conditionnelle dont elle jouit depuis mai 2020 soit «révoquée». Il a demandé au juge anticorruption de trancher en faveur d’une nouvelle «détention préventive», car elle «ne respecte pas les restrictions de communication avec les témoins» de l’affaire.

Le bureau du procureur a notamment obtenu, fin 2019, l’aveu d’un ancien cadre d’Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous-de-table d’un million de dollars (900’000 francs) pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011. Au terme de 28 mois d’enquête, José Domingo Pérez a inculpé 41 autres personnes pour des délits présumés de «crime organisé, blanchiment d’argent, entrave à la justice, fausse déclaration».

Parti dissous?

En mai, pour éviter un «risque de fuite», un juge a refusé à Keiko Fujimori l’autorisation de se rendre en Équateur pour une conférence internationale sur la démocratie, à laquelle elle était invitée par le prix Nobel péruvien Mario Vargas Llosa.

Le bureau du procureur a également demandé la dissolution du parti Fuerza popular, qui a remporté, début avril, 24 sièges sur 130 au Parlement qui entrera en fonction le 28 juillet. «L’enjeu est important: si elle perd, le procès suivra», prédit l’analyste Augusto Alvarez, chroniqueur du quotidien «La República». «Et je crains que le fujimorisme ne s’en relève pas.»

Belliqueuse

L’héritière du fujimorisme, ce mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, a passé la moitié de sa vie en politique. En 1994, à l’âge de 19 ans, la séparation de ses parents l’avait contrainte à devenir une sorte de première dame de substitution. Quand son père a démissionné de la présidence, en 2000, en plein scandale, et s’est réfugié au Japon, elle resta au Pérou.

Elle s’est accrochée, puis a pris les rênes du parti Fuerza popular pour relancer le fujimorisme en 2006, à la demande de son père. Elue députée, elle se tailla une réputation belliqueuse et perdit deux fois au second tour de la présidentielle.

Rassembleuse

Si, en 2011, elle a été nettement battue (51,4% contre 48,4%), elle a échoué en 2016 face à Pedro Pablo Kuczynski d’à peine 42’597 voix (50,12% contre 49,88%). Furieuse de ce coup du sort, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) - qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité - avait vivement contesté, criant à la fraude, avant de reconnaître bien plus tard «une erreur».

Le 11 avril dernier, elle n’était pas favorite lors d’un premier tour à 18 candidats. Pourtant elle est arrivée à rassembler autour de son nom pour arriver en seconde position. Mère de deux adolescentes, formée aux Etats-Unis et mariée à un Américain, elle bénéficie de la popularité dans une partie du pays de son père, auquel beaucoup de Péruviens reconnaissent, malgré les scandales, d’être venu à bout de la guérilla d’extrême gauche du Sentier lumineux (1980-2000) et de l’hyperinflation léguée par son prédécesseur.

(AFP)

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