Elections  - Révélations en série sur la corruption en Bulgarie
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Elections Révélations en série sur la corruption en Bulgarie

Le départ de Boïko Borissov, l’homme fort du pays depuis presque dix ans, a ouvert une boîte de Pandore, ce qui pourrait changer le cours des élections de dimanche.

L’ancien Premier ministre de Bulgarie, Boïko Borissov.

L’ancien Premier ministre de Bulgarie, Boïko Borissov.

AFP

Il vendait des reins à de riches étrangers d’Israël, du Japon ou d’Oman: un hôpital public de Sofia est sur la sellette, au milieu d’une pluie inédite de révélations sur la corruption en Bulgarie qui pourrait changer le cours des élections de dimanche. À chaque jour son nouveau scandale: le récent départ de Boïko Borissov, homme fort du pays depuis quasiment une décennie, a ouvert une boîte de Pandore. Si le dirigeant conservateur est arrivé en tête du scrutin législatif d’avril, il n’a pu former de gouvernement et l’équipe intérimaire qui l’a remplacé a entrepris de faire la lumière, un an après les manifestations massives anticorruption qui ont secoué la capitale.

«Je suis consterné face à l’ampleur» des mauvaises pratiques, déclarait dimanche à la radio publique le nouveau Premier ministre, Stefan Yanev. «Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi dramatique», dit-il, déplorant «des tentatives de sabotage» par l’administration. Dans un cas, des employés refusent de fournir les informations demandées, dans un autre ils sont introuvables ou posent subitement un congé maladie pour ne pas avoir à répondre de leurs agissements. Et ceci au plus haut niveau: des responsables des agences de la sécurité nationale et de surveillance ou encore de la Banque de développement bulgare ont par exemple refusé de coopérer.

Les langues se délient

Derrière cette obstruction, un analyste, Evgeniy Daynov, voit la main de Boïko Borissov qui, assure-t-il, a mis en place un «pouvoir parallèle» pour entraver les efforts du gouvernement actuel. Le cas du trafic d’organes prélevés sur des Ukrainiens ou Moldaves pour de soi-disant parents venus d’autres pays est emblématique des difficultés des autorités. Le responsable de l’hôpital en question, limogé, a d’abord refusé d’obtempérer avant de porter l’affaire en justice. Quatorze ans après avoir rejoint l’Union européenne, la Bulgarie demeure le cancre de la zone en matière de corruption, selon un classement de l’ONG Transparency International.

Ces dernières semaines, les Bulgares ont ainsi appris que près de la moitié des marchés publics étaient attribués sans appel d’offres, selon des données communiquées par le ministre des Finances. Le gouvernement se penche aussi sur des avances versées par l’État à de grandes entreprises pour la construction de routes ou de barrages, alors que les travaux n’ont même pas démarré et que les délais ont expiré. Et si certains font encore barrage, les langues se délient après des années de mutisme. Une commission parlementaire chargée d’enquêter sur d’éventuelles zones d’ombre entachant les mandats de Boïko Borissov a par exemple été assaillie de témoignages.

«À son paroxysme»

De son côté, Boïko Borissov nie toute responsabilité et voit là une volonté de revanche de son ennemi juré, le président Roumen Radev, qui a désigné les membres du gouvernement. Au-delà des révélations sur la scène politique domestique, Washington s’est invité dans la partie en sanctionnant début juin six ressortissants bulgares et 64 de leurs sociétés, pour leur rôle présumé «dans la corruption». «C’est le signe que la corruption en Bulgarie est à son paroxysme, que la captation de l’État a atteint un niveau qui ne peut plus être toléré», a commenté dans les médias Vessela Tcherneva, de la section bulgare du groupe de réflexion ECFR (Conseil européen de relations internationales).

Le Trésor américain a pris ces mesures dans le cadre de la loi «Magnistky», qui gèle tous les avoirs aux États-Unis des individus et entités visés et leur interdit les transactions en dollars. Parmi eux, l’ancien député et magnat des médias Delyan Peevski, que Boïko Borisov est accusé d’avoir protégé, avec l’aide du procureur général Ivan Guechev, selon les protestataires.

Ce flot de nouvelles devrait avoir un impact dans les urnes, estime l’analyste Ivaylo Ditchev, professeur à l’université de Sofia. Boïko Borissov est enfin «démasqué», dit-il à l’AFP, notant un «changement», une prise de conscience dans l’opinion publique, même s’il ne faut pas s’attendre à un bouleversement en profondeur des pratiques tant que le système judiciaire ne sera pas réformé. De fait, les sondages montrent que le parti Gerb de Boïko Borissov perd du terrain: il est désormais crédité d’environ 20% des voix, à comparer au score de 26% obtenu au printemps.

(AFP)

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