Tennis: Reverra-t-on un jour Roger Federer à l’Open d’Australie?
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TennisReverra-t-on un jour Roger Federer à l’Open d’Australie?

Entre 2000 et 2020, Roger Federer n’avait jamais raté l’Open d’Australie, son «Happy Slam» (ndlr: «joyeux Grand Chelem»). Retour sur ses deux décennies au bord de la Yarra avec un long format truffé de vidéos.

par
Jérémy Santallo
L’émotion de Roger Federer lors de sa victoire en finale de l’Open d’Australie contre Rafael Nadal, le 29 janvier 2017.

L’émotion de Roger Federer lors de sa victoire en finale de l’Open d’Australie contre Rafael Nadal, le 29 janvier 2017.

AFP

Comme dirait Marc Rosset, c’était devenu «l’un de nos rituels du début d’année»: un réveil qui sonne au petit matin, des yeux collés et un thermos de café serré sur le canapé pour admirer le «Maître» dans ses œuvres aux Antipodes. Cette année, et pour la première fois depuis deux décennies, Roger Federer n’aidera pas à soulever nos paupières par son toucher de balle délicieux lors de l’Open d’Australie.

Officiellement pas suffisamment prêt pour combattre pour le titre à Melbourne Park après sa double opération au genou droit en 2020, officieusement pas trop emballé à l’idée de passer plusieurs semaines loin de sa famille, le Bâlois a préféré faire l’impasse. Pour revenir plus fort à Wimbledon, aux Jeux Olympiques et à l’US Open. Et après? Mystère. Craig Tiley, le patron de l’AO, a servi l’habituel «On se réjouit de le voir l’année prochaine» au moment de commenter le forfait de la légende de bientôt 40 ans. Mais on ne peut pas l’exclure: Roger Federer ne reviendra peut-être jamais, du moins comme joueur, sur les bords de la Yarra. Dès lors, l’occasion était toute trouvée pour faire un saut dans le passé.

2000, les débuts

Pour sa grande entrée dans le tableau principal de l’Australian Open, à 18 ans et demi, Roger Federer s’offre ni plus ni moins que Michael Chang, un ex-lauréat de Roland-Garros, lors du premier match de sa carrière en Grand Chelem (6-4 6-4 7-6). En 2016, le Bâlois se remémore une anecdote savoureuse. «Il y a une chose que je n’ai pas oubliée (…) Je marchais derrière Michael et j’avais vu que sur ses chaussures était inscrit son nom. Je m’étais dit: ‘Le mec il a son nom sur ses chaussures, il est au-dessus, c’est monstrueux’...»

L’Américain vaincu, «RF» enchaîne avec un succès face au Tchèque Jan Kroslac (voir la vidéo ci-dessous) avant d’en prendre une bonne lors d’un 3e tour à sens unique face à Arnaud Clément (6-1 6-4 6-3). «Au niveau du jeu et des coups, il y avait quelque chose chez Roger Federer mais au niveau comportemental, ça n'était pas bon. Il était nerveux, les balles et la raquette volaient. Il y avait beaucoup à rectifier au niveau de l'attitude», s’est rappelé le Français pour le «Parisien» en janvier 2018.

2001, encore Clément

Une année plus tard, on prend quasi les mêmes et on recommence. Toujours aussi jeune, Roger Federer se hisse à nouveau au 3e tour après avoir battu deux Français, Arnaud Di Pasquale et Nicolas Escudé. Mais le Bâlois tombe face au troisième Mousquetaire sur sa route, Arnaud Clément – encore lui – et ses bandanas. Breaké dès sa seconde mise en jeu, «RF» force un tie-break. Mais une volée de coup droit écrasée et un passing de revers long de ligne de Clément plus tard, le voilà mené 1 set 0. Il perd les deux suivants sur le même score, 6-4, non sans être revenu deux fois à 4-4. Mais l’expérience a fait la différence. «Il était très jeune, je jouais mieux que lui à l’époque, a dit Arnaud Clément, qui s’était incliné en finale contre l’Américain André Agassi, dans une interview à «Ouest France» en janvier 2018. C’était une victoire attendue et, finalement, anecdotique.»

2002, en deuxième semaine

Après deux sorties d’affilée au 3e tour de l’Open d’Australie, Roger Federer, alors aux portes du top 10 après avoir notamment envoyé au tapis le champion de Wimbledon, Pete Sampras, l’été précédent, passe un cap supplémentaire en décrochant pour la première fois son billet pour la deuxième semaine. Le Bâlois, pour la première fois tête de série à Melbourne Park, élimine Michael Chang, Attila Savolt et Rainer Schüttler, avant de retrouver la tête de série No 7, Tommy Haas, l’homme qui l’avait battu aux Jeux olympiques de Sydney. Trop court lors du jeu décisif de la première manche, «RF» lâche alors son premier set du tournoi. Il aura bien une balle de match à 5-6 au 5e set – sur le service de l’Allemand – mais c’est Haas qui a le dernier mot, score final 7-6 4-6 3-6 6-4 8-6, pour ce qui restera comme l’un des plus beaux matches de cette quinzaine.

2003, l’obstacle Nalbandian

C’est fort de ses trois titres ATP (Sydney, Hambourg, Vienne) sur l’année 2002 que Roger Federer se présente, à 21 ans, une nouvelle fois à l’Open d’Australie. Le Bâlois enchaîne trois succès de rang en trois sets contre Flavio Saretta, Lars Burgsmüller et le qualifié Andreas Vinciguerra. Mais cette fois encore, le Suisse, tête de série no 6, n’arrive pas à accéder aux quarts de finale. Il tombe pour la deuxième année de suite en 8es, lors d’un combat épique face à l’Argentin David Nalbandian, 6-4 3-6 6-1 1-6 6-3. Dans une rencontre à suspense, où il fait la pluie et le beau temps – 61 coups gagnants mais également 60 fautes directes –, le Bâlois finit par céder face à la tête de série numéro 10.

2004, le premier sacre

C’est l’édition qui marque le début du règne de Roger Federer, qui s’est séparé avant Noël de son entraîneur Peter Lundgren pour désormais évoluer sans coach, au sommet du tennis mondial, quelques mois après son premier sacre en Grand Chelem à Wimbledon. Au lendemain de ce titre à Melbourne Park, «RF» devient no 1 mondial. Comme au Masters 2003 à Houston, il a sorti plus tôt dans le tournoi ses deux bêtes noires, Lleyton Hewitt et David Naldandian, avant de s’offrir le champion de Roland-Garros, l’esthète Juan Carlos Ferrero, en demi-finale. La finale contre Marat Safin ne dure vraiment que l’espace d’un set – remporté au tie-break par «RF» – puisque le Russe est à bout de souffle après avoir passé huit heures de plus que son opposant sur le court. «Excusez-moi d'avoir perdu, mais j'étais aujourd'hui en panne d'essence», réagit Safin, vaincu 7-6 6-4 6-2.

2005, la revanche de Safin

Quand Roger Federer pénètre au centre de la Rod Laver Arena pour sa demi-finale, le Bâlois est invaincu depuis 26 matches et sa défaite contre Tomas Berdych aux Jeux d’Athènes. Il vient de battre Fabrice Santoro, Marco Baghdatis et André Agassi lors des tours précédents et retrouve une nouvelle fois Marat Safin, l’homme qui dans un grand jour n’avait rien à envier au «Big Three». Mais cette fois, après avoir raté une balle de match sur un «tweener» à la fin du 4e set, puis en avoir sauvé six en tout, le Suisse finit à genoux sur un ultime revers long de ligne de Safin (5-7 6-4 5-7 7-6 9-7). Le Russe, qui n’avait laissé au 1er tour que trois jeux à Novak Djokovic, alors âgé de 17 ans, s’offre ainsi une troisième finale à Melbourne, le jour de ses 25 ans. Il s’offrira un encore plus gros cadeau en remportant son second Grand Chelem après l’US Open 2000, 48 heures plus tard.

2006, les larmes

Si on ne devait retenir qu’un seul moment de son deuxième sacre à Melbourne, c’est ce discours de Roger Federer lors de la cérémonie protocolaire après sa victoire en finale sur Marco Baghdatis (5-7 7-5 6-0 6-2). Sous les yeux de son idole, Rod Laver, le Bâlois est incapable de faire une phrase sans sangloter. Il faut dire que ses nerfs ont été mis à rude épreuve tôt lors de la quinzaine. Avec les absences (Nadal, Agassi et Safin sont tous blessés) puis les éliminations précoces de Hewitt et Roddick, «RF» a vite hérité de l’étiquette de grandissime favori et de la pression inhérente qui va avec. Bousculé par Tommy Haas (8es) et Nikolay Davydenko (1/4), le double champion concède. «J'étais tellement soulagé. C'est une victoire particulière par rapport aux autres. C'est pour ça que j'ai été tellement ému. Étant super favori, ça aurait été un très gros échec de perdre. Pour cette raison, j'étais incroyablement nerveux avant le match.»

2007, la symphonie

Un mot pour résumer sa quinzaine à Melbourne Park? Injouable. Au sommet de son art, Roger Federer écrabouille la concurrence pour remporter son dixième titre en Grand Chelem, son troisième à l’Open d’Australie. Bjorn Borg, qui était jusqu’alors le dernier joueur à avoir remporté un tournoi majeur sans concéder un set (Roland-Garros en 1980), n’est plus seul. Après trois tours aisés, le Bâlois ne tremble pas contre Novak Djokovic (8es) et Tommy Robredo (1/4) avant de laminer – c’est le mot, 6-4 6-0 6-2 en 1h25 – Andy Roddick, qui n’y arrive décidément pas face au «Maître» (ndlr: 14 matches, 13 défaites). Inexpérimenté pour sa première finale «Majeur», Fernando Gonzalez, comme Marco Baghdatis l’année d’avant, explose après un set et encaisse ainsi un dixième revers de suite – en autant de matches – face à Roger Federer 7-6 6-4 6-4, trop précis, trop puissant, trop relâché, trop délié. Trop tout.

2008, la création du «monstre»

La défaite de Roger Federer en demi-finale (7-5 6-3 7-6) contre Novak Djokovic est un petit événement puisque la dernière non-participation du Bâlois à une finale de Grand Chelem – il est sur une série de dix à la suite – remonte à l’édition de Roland-Garros 2005! Pire, le Suisse n’a plus encaissé un revers en trois sets secs depuis son élimination au 3e tour à la Porte d’Auteuil en 2004 face à Gustavo Kuerten. Plus régulier au service, plus solide du fond de court, Novak Djokovic se qualifie pour sa deuxième finale «Majeur» et prend ainsi sa revanche après sa défaite contre «RF» en finale de l’US Open trois mois plus tôt. Perturbé dans sa préparation par un virus intestinal dix jours avant le début du tournoi, Roger Federer convient, lucide, face aux journalistes. «J’ai créé un monstre, en quelque sorte. En gagnant chaque semaine, les gens disent que je suis mauvais si je perds un set! Donc c’est de ma faute, je suppose...»

2009, les larmes (II)

Après s’être sorti du piège Tomas Berdych – il était mené 2 sets à rien avant de s’imposer en cinq – puis avoir disposé de Juan Martin Del Potro et Andy Roddick, Roger Federer croise encore la route de Rafael Nadal en finale d’un Grand Chelem, pour la septième fois en quatre ans. Écrasé au printemps lors de celle de Roland-Garros, puis vaincu lors de la fameuse finale de Wimbledon 2008, le Bâlois s’incline 7-5 3-6 7-6 3-6 6-2 au terme d’un duel d’anthologie après 4h23 d’un combat harassant – le point à 40A, 2-2 au 4e set (!). Au micro, les nerfs lâchent. «RF» n’arrive pas à prononcer son discours avant de retenter sa chance, après l’accolade bienveillante de son rival. «Je ne veux pas avoir le dernier mot, il le mérite», lâche le Suisse. A 22 ans, Rafael Nadal devient le premier Espagnol à remporter l’AO. «Désolé Rodge. Je sais vraiment ce que tu ressens en ce moment, c’est très dur, mais tu es un grand champion, déjà l’un des plus grands de l’histoire et tu vas améliorer le record de Sampras (ndlr: 14 Grand Chelem), c’est sûr», réagit l’Espagnol.

2010, première comme père

Après avoir égalé le nombre de titres en Grand Chelem (14) de Pete Sampras lors de son sacre tant attendu à Roland-Garros, puis dépassé son idole d’enfance dans son jardin de Wimbledon, Roger Federer redevient le roi de Melbourne, lui qui avait abandonné son trophée à Novak Djokovic et Rafael Nadal lors des deux dernières éditions. En finale, il triomphe 6-3 6-4 7-6 (13/11) d’un gamin écossais de 22 ans, un certain Andy Murray. Une année après les larmes du Bâlois, c’est le Britannique qui est submergé par l’émotion. «Je peux pleurer comme Roger… Malheureusement je ne peux pas jouer comme lui», dit Andy Murray. «J'ai joué certainement mon meilleur tennis cette semaine, note de son côté «RF», qui vient de connaître les joies de la paternité (août 2009). C'est mon premier Grand Chelem en tant que père. J'espère que mes filles seront dans la tribune l'année prochaine, ce serait extraordinaire.»

2011, naissance du «Big Three»

Au bord de l’élimination contre Gilles Simon (mené deux sets zéro), puis vainqueur facile de Stan Wawrinka en quarts de finale, un Roger Federer branché sur courant alternatif (trop de fautes directes et un service approximatif) tombe après trois heures de jeu contre Novak Djokovic, 7-6 7-5 6-4, en demie. «C'est un coup d'arrêt mais en même temps, j'ai fait un bon tournoi, avoue le Bâlois. Je n'ai aucun regret, j'ai tout donné.» Cette édition marque un tournant dans l’avènement du «Big Three». Roger Federer et Rafael Nadal ne sont désormais plus seuls au monde. D’ailleurs, pour la première fois depuis bien longtemps (2008), une finale du Grand Chelem se dispute sans les deux hommes. Et pour la première fois depuis juillet 2003, le Bâlois ne détient à la fin de l’année 2011, plus aucun des quatre tournois majeurs.

2012, le blocage «Rafa»

Un parcours sans fausse note sur les premiers tours, une millième rencontre ATP en carrière brillamment remportée contre Juan Martin Del Potro, et voilà que Roger Federer retrouve dans le dernier carré son plus grand opposant de la décennie, Rafael Nadal. Pour le 27e épisode d’une saga entamée sept ans plus tôt. «A chaque fois qu’ils s’affrontent, c’est une rencontre qui dépasse le sport», lâche John McEnroe, pour mieux planter le décor. Le hic pour le Bâlois, c’est que depuis Wimbledon 2007, il n’arrive plus à battre «Rafa» en Grand Chelem. Une série négative qui va s’étirer avec cette défaite de plus 6-7 6-2 7-6 6-4 face au Majorquin. «Écoutez, ça fait cinq mois que je n’avais pas perdu un match. Il y a pire. Ne soyez pas désolés pour moi, lâche le Bâlois aux journalistes. Ce qui compte, c’est ma réaction à venir.» Elle arrivera en juillet, avec un nouveau sacre à Wimbledon, son septième.

2013, le coup de fatigue

Intraitable, comme souvent, lors des premiers tours avec aucune mise en jeu perdue – et seulement quatre balles de break contre lui en autant de parties –, Roger Federer accède à son 35e quart de finale consécutif en Grand Chelem – série entamée à l’été 2004 (!) – contre Jo-Wilfried Tsonga. Plus solide dans la tête lors des instants cruciaux, le Bâlois inflige le coup de grâce au Français en début de cinquième set pour s’offrir une dixième demi-finale de rang sur le site de Melbourne. Oui, vous avez lu: dix. Mais pour la première fois dans un grand tournoi, «RF» enchaîne deux matches d’affilée en cinq manches. Émoussé, il rend une pâle copie (60 fautes directes) et les armes après 4 heures de combat, 6-4 6-7 6-3 6-7 6-2, face à Andy Murray, qui dompte enfin le «Maître» après ses trois échecs en finale (US Open 2008, Open d’Australie 2010 et Wimbledon 2012). Las pour lui, il tombera sur l’ultime marche contre Novak Djokovic.

2014, le rendez-vous manqué

Absent des demi-finales sur les autres tournois du Grand Chelem en 2013, Roger Federer retrouve le dernier carré à Melbourne, qu’il n’a plus quitté depuis 2003. Cette fois, il a bien mieux négocié l’obstacle Tsonga avant de prendre sa revanche sur Murray en quart. Mais deux jours plus tard, le Bâlois subit une nouvelle fois la loi de Rafael Nadal. Pour la sixième fois de suite en Grand Chelem, la 23e fois en 33 confrontations avec l’Espagnol, beaucoup trop fort ce jour-là. Hormis le premier set, le score est d’ailleurs sans appel: 7-6 (7/4) 6-3 6-3. Lâché par son revers dans le jeu décisif, trop timide à la relance, «RF» confesse. «J'ai eu vraiment de la peine à me procurer des occasions sur son service. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de ma défaite.» Celle-ci prive le public suisse d’une finale 100% helvétique que l’on a tant rêvée avec Stan Wawrinka. On connaît la suite…

2015, la sensation Seppi

On s’en rappelle comme si c’était hier. Après tout, ce n’était «que» Andreas Seppi, un adversaire contre qui le Bâlois n’avait jamais perdu en dix affrontements. Et puis au petit matin, c’est un «séisme». Roger Federer, déjà vu peu à son avantage dans la chaleur du tour précédent face à l’Italien Simone Bolelli, vient donc de se faire éliminer par un autre Transalpin, matricule 46 à l’ATP, sur le score de 6-4 7-6 4-6 7-6. La mine des très mauvais jours, emprunté dans ses déplacements, auteur d’une prestation indigne de son standing (55 fautes directes et 9 double-fautes), l’homme qui avait toujours été au moins en demi-finales depuis 2003, voit sa série prendre fin en plein après-midi, dans la Rod Laver Arena. Il est même éliminé au 3e tour pour la première fois depuis sa sortie contre Arnaud Clément, en 2001. Oui, vous l’avez lu plus haut.

2016, le récital du «Djoker»

«J’ai joué incroyablement bien lors des deux premiers sets, et c’est nécessaire contre Roger. J’ai tout exécuté à la perfection.» Deux phrases signées Novak Djokovic. Plus fort dans les moments chauds de ses sacres à Wimbledon et à l’US Open quelques mois plus tôt face à Federer, le Serbe surclasse cette fois littéralement «RF» lors de leur demi-finale de la quinzaine de 2016 à l’Open d’Australie. Le score des deux premières manches en atteste: 6-1 6-2. Trois jeux marqués sur deux sets en Grand Chelem, le Bâlois n’avait plus connu un calvaire pareil depuis la rouste que lui avait infligé Rafael Nadal à Roland-Garros en 2008 (6-3 6-0 pour finir). Incapable ou presque de marquer un point sur sa deuxième balle de service, dépassé du fond de court par la furia Djokovic, «RF» prend le filet d’assaut. Mais les passings du natif de Belgrade sont chirurgicaux. Le Suisse a bien un sursaut d’orgueil dans le 3e set, mais la vérité, c’est que s’il reste plus fort que tous les autres joueurs du circuit, «RF» n’y arrive plus contre ses rivaux du «Big Three» dans les grands tournois.

2017, le retour en grâce

Et celle-là alors, comment ne pas s’en rappeler? Perché à plus de deux milles mètres d’altitude, les lattes au pied, à regarder entre deux sapins ce 5e set irrespirable. Franchement, qui ne se rappelle pas de ce qu’il faisait lors de cette matinée dominicale? Après la plus longue pause forcée de sa carrière – 6 mois –, et à plus de 35 ans, il a fallu que Roger Federer sorte une quinzaine inespérée – quatre top 10 battus et trois matches gagnés en 5 sets (Nishikori, Wawrinka et Nadal) – pour écrire une page de plus de sa légende, plus de quatre ans après son dernier titre en Grand Chelem (Wimbledon 2012). La cerise sur le gâteau? Cette finale contre Rafael Nadal. Ah, la petite moue de l’Espagnol au moment de juger le dernier coup droit sur la ligne de «RF», l’explosion de joie si communicative du Bâlois, les poils qui se dressent. C’est certain, on ne se lassera jamais de la vidéo ci-dessous.

2018, les larmes (III)

Une année après son 18e titre en Grand Chelem dans la Rod Laver Arena, Roger Federer a entre-temps empoché le 19e dans son jardin de Wimbledon. Le Bâlois, qui connaît une véritable deuxième jeunesse malgré ses 36 printemps, décroche le 20e au terme d’une quinzaine plus paisible que celle de 2017. Les noms de ses opposants sur la route du sacre (Bedene, Struff, Gasquet, Fucsovics, Berdych, Chung Hyeon et Cilic) ne sont pas les plus reluisants et, bien que des mauvaises langues prétextent qu’il faut l’abandon de Nadal (Cilic) ou l’élimination de Djokovic (Chung Hyeon) pour que «RF» passe entre les gouttes, les absents ont toujours tort, c’est bien connu. Comme la propension du Bâlois a se mettre une monstre pression sur les épaules lorsqu’il avance devant un tableau dépeuplé. Soulagé, il craque au moment de remercier son clan. Suivra une longue standing ovation où les larmes couleront à flots, avec Rod Laver et son natel en guest star. «From Switzerland but loved all over the world…»

2019, la révélation Tsitsipas

Il faut bien avouer que celle-là, on ne l’avait pas vu venir. Vainqueur à chaque fois en trois sets de ses trois premiers matches (Istomin, Evans et Fritz), Roger Federer, double tenant du titre, tombe dès les 8es de finale contre Stefanos Tsitsipas, un Grec de 20 ans classé au 15e rang mondial mais pas complexé pour un sou devant son idole d’enfance. En Suisse, l’annonce fait l’effet d’une bombe tant on attendait déjà les retrouvailles entre «RF» et «Rafa» dans le dernier carré. Ah si le «Maître», qui avait empoché à l’arrachée la première manche, avait conclu l’une de ses quatre balles de set dans la deuxième… Qui sait si Tsitsipas aurait alors pu surmonter cet handicap? Il faut toutefois donner du crédit au membre de la «NextGen». Sûr de sa force, le «teenager» aux cheveux longs et au revers à une main – tiens ça nous rappelle quelqu’un – a su insuffler le doute ce jour-là dans la tête du Bâlois, coupable de n’avoir converti aucune balle de break (0/12). «Oui, j'ai d'énormes regrets, lâche Federer, qui restait sur 17 succès d’affilée à l’Open d’Australie. Je n'ai peut-être pas l'air défait, mais je le suis.»

2020, la grande bagarre

Des montagnes russes. Ainsi pourrait-on résumer ce qui s’apparente, pour l’heure, à la dernière quinzaine de Roger Federer à l’Open d’Australie. Facile contre Johnson et Krajinovic, le Bâlois frôle la correctionnelle contre ce diable de John Millman. Breaké dans la 5e manche, mené 8-4 au super tie-break, «RF» remporte finalement une 100e victoire à Melbourne sans que l’on ne sache comment il s’en est sorti. Alors que dire de ce quart de finale cinq jours plus tard face à Tennys Sandgren? Une bataille qui le verra sauver sept balles de match, non sans lancer quelques jurons. Cela vaudra d’ailleurs à «RF», «balancé» par une juge de ligne, un avertissement pour obscénité. Scène rare. Bien qu’entamé physiquement car touché aux adducteurs, le «Maître» ne tient pas seulement sa place en demi-finale face à Novak Djokovic. Il démarre en surrégime avant d’exploser en plein vol à 5-2 en sa faveur lors du 1er set. La suite? Un cavalier beaucoup trop seul du Serbe, vainqueur 7-6 6-4 6-3. «Mes chances de revenir ici? Aucune idée. On ne peut jamais prévoir le futur, surtout à mon âge (…) Mais bien sûr que j'espère revenir.» Rendez-vous en 2022?

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