Actualisé 05.08.2016 à 18:52

Afrique du SudRevers historique pour l'ANC de Jacob Zuma

L'ANC a reconnu vendredi sa défaite aux élections municipales à Port Elizabeth, face au principal parti d'opposition l'Alliance démocratique (DA).

Mmusi Maimane, leader du parti Alliance démocratique.

Mmusi Maimane, leader du parti Alliance démocratique.

Historiquement bas au niveau national, battu à Port Elizabeth et en ballottage dans la capitale Pretoria, l'ANC au pouvoir en Afrique du Sud a subi de lourds revers lors des élections municipales.

Cette situation l'oblige à une remise en cause inédite.

Si le Congrès National Africain (ANC) reste le premier parti d'Afrique du Sud au niveau national, il enregistre un fort recul dans les urnes avec 54,4% des voix sur la quasi-totalité des bulletins dépouillés. Il est ainsi en baisse de 7 points par rapport à 2011.

C'est la première fois depuis la fin de l'apartheid en 1994 et l'avènement de la démocratie que le parti de Nelson Mandela enregistre un score inférieur à 58% sur l'ensemble du pays.

Dans un Etat où plus d'un quart de la population active est au chômage, la formation au pouvoir fait les frais du revirement de millions d'électeurs noirs affectés par la stagnation économique, pour lesquels l'héritage du combat contre l'apartheid de l'ANC ne suffit plus, sur fond du scandale impliquant le président Jacob Zuma.

Echecs symboliques

A Nelson Mandela Bay, la métropole qui englobe la ville industrielle de Port Elizabeth (sud-est), l'ANC est battue de plus de six points par l'Alliance Démocratique (DA) (46,7% contre 40%), après le dépouillement de tous les bulletins.

Cette défaite dans la sixième ville du pays, un bastion historique de la lutte anti-apartheid, est un sérieux camouflet pour l'ANC. Elle pourrait être suivie par d'autres échecs tout aussi symboliques à Johannesburg et à Tshwane, la métropole qui englobe la capitale Pretoria.

Un quart des bulletins doivent encore être dépouillés dans ces villes. Mais l'ANC, au coude à coude avec la DA dans les deux métropoles, devrait y perdre sa majorité absolue.

«Introspection» prévue

«Clairement, nos électeurs nous ont envoyé des messages un peu partout. Nous allons devoir les écouter avec attention», a reconnu le vice-président de l'ANC et de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa. Il a assuré que le parti allait mener son «introspection».

L'ANC souffre notamment de la percée de l'EFF, un parti de gauche radicale qui participe à ses premières municipales. Avec près de 8% des suffrages au niveau national, la formation du populiste Julius Malema, un exclu de l'ANC, grignote dans l'électorat déçu par les promesses non tenues du parti au pouvoir.

Progression modeste pour la DA

La DA conserve, elle, également la métropole du Cap avec une écrasante majorité (plus de 66%). Ces bons résultats dans les grandes villes cachent une progression finalement modeste au niveau national ( 2 points par rapport à 2011, à 26%).

A Nelson Mandela Bay, avec 57 sièges sur 120 elle devra former une coalition avec des petites formations pour obtenir une majorité absolue. Des alliances seront aussi nécessaires à Johannesburg et Tswhane, où aucun parti ne devrait avoir de majorité absolue. Grâce à son score au-dessus de 10% dans ces deux villes, l'EFF devrait jouer le rôle de faiseur de roi.

«Nous allons attendre que les partis qui sont intéressés nous approchent et ensuite nous discuterons», a déclaré Julius Malema, précisant que son parti ne participerait «à aucune coalition formelle avec l'ANC».

Des alliances contre nature avec les libéraux de la DA ne sont donc pas à exclure pour mettre en minorité l'ANC dans les grandes villes disputées. Et ce malgré l'absence «d'idéologie politique commune» entre les deux partis.

Avenir de Zuma en question

Avec de tels résultats, la question de l'avenir au sommet de l'Etat de Jacob Zuma - dont le deuxième et dernier mandat s'achève en 2019 - va se poser pour l'ANC.

Contraint par la justice à rembourser d'ici mi-septembre 500'000 dollars d'argent public utilisés pour rénover sa résidence privée, il risque aussi la réouverture prochaine de poursuites pour corruption dans une affaire de contrat d'armement.

Sans croissance - 0% prévu par la banque centrale cette année - il a également du mal à tenir ses promesses de faire baisser le chômage et de réduire les inégalités.

(ats)

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