30.01.2020 à 14:28

PharmaRoche a tenu ses promesses en 2019

Le groupe bâlois, qui a toutefois déçu en partie les attentes des marchés, anticipe pour l'année en cours une croissance dans le bas de la fourchette.

Roche redoute une concurrence accrue des biosimilaires.

Roche redoute une concurrence accrue des biosimilaires.

Keystone

Le laboratoire Roche a comme promis surcompensé l'érosion des recettes, attribuée à la multiplication de versions biosimilaires de ses moteurs de ventes en oncologie l'an dernier. Le produit des lancements récents a en effet atteint 5,4 milliards de francs, alors que le manque à gagner attribué aux répliques des médicaments biologiques vieillissants s'est limité à 1,5 milliard.

Le directeur général Severin Schwan a toutefois prévenu en conférence de bilan s'attendre pour l'année en cours à un impact de 4 milliards, alourdi par l'arrivée attendue sur l'incontournable marché américain de nouvelles répliques de médicaments biologiques. «Nous avons franchi avec l'Herceptin et le Mabthera/Rituxan le creux de la vague en Europe» a tenu à indiquer le grand timonnier.

Croissance de 8%

La multinationale rhénane a affiché une croissance annuelle de 8% à 61,47 milliards de francs, portée essentiellement par son coeur de métier dans les médicaments. La principale division Pharmaceuticals a vu ses revenus progresser de 10% à 48,52 milliards, alors que Diagnostics a grappillé 1% à 12,95 milliards.

Le bénéfice net, dopé par un effet de base, s'est envolé de 30% à 14,11 milliards. Le conseil d'administration offrira aux actionnaires un dividende de 9,00 francs par bon de jouissance, en hausse de 30 centimes.

Erosion et remblayement

La performance ne comble pas tout à fait les projections des analystes consultés par AWP, qui anticipaient en moyenne un chiffre d'affaires de 61,85 milliards au niveau du groupe, de 48,88 milliards pour Pharmaceuticals et de 13,12 milliards pour Diagnostics. L'Ebit de base était attendu à 22,64 milliards et le bénéfice net afférent à 18,06 milliards.

Pour vieillissants qu'ils soient, les traditionnels moteurs de vente ont encore représenté deux cinquièmes des recettes de Pharmaceuticals. L'Avastin a même étoffé sa contribution de 4% à 7,07 milliards. Le Mabthera/Rituxan comme l'Herceptin, en revanche, ont décru de respectivement 4% et 12% à 6,48 et 6,04 milliards, plombés par d'importants reculs en Europe. L'Herceptin s'inscrit désormais sur le déclin outre-Atlantique également, quoique dans une moindre mesure.

A l'inverse, les revenus de l'Ocrevus, lancé en 2017 contre la sclérose en plaques, se sont envolés de 57% à 3,7 milliards, ceux du Tecentriq, commercialisé depuis 2016 dans diverses indications oncologiques, ont plus que doublé à 1,9 milliard et ceux de l'Hemlibra, autorisé depuis 2017 contre l'hémophilie ont été multipliés par plus de cinq à 1,4 milliard.

Pour l'année en cours, la direction articule une poursuite de la croissance au rythme modéré de 1 à 5%. La rentabilité de base doit suivre une courbe similaire - hors effets de change - et les actionnaires peuvent s'attendre à une nouvelle hausse de leur rémunération.

Déception relative

Les ambitions de croissance de jusqu'à 5% soulagent les analystes, qui redoutaient une stagnation, voire un repli. Le chiffre d'affaires ne rate le coche que de peu, relève Jefferies, qui dans un commentaire attribue ce petit écart à des performances contrastées des divers moteurs de ventes. La chute des recettes de l'Herceptin aux Etats-Unis semble trahir une cannibalisation par le Kadcyla, en plus de la concurrence des versions répliquées.

«Nos attentes, comme celles du marché, étaient quelque peu optimistes», reconnait la Banque cantonale de Zurich (ZKB). Les perspectives de croissance brossées par une direction traditionnellement prudente devraient dissiper les derniers doutes sur ses capacités à renouveler durablement son portefeuille de traitements, poursuit l'établissement cantonal.

A la Bourse suisse, le bon de jouissance Roche a été, avec une avancée de près de 0,5% à 327,10 francs, le seul rescapé d'un SMI sinon intégralement déprimé, en recul de 1,02 pour cent.

Le patron a gagné 11,5 millions

Le directeur de Roche Severin Schwan a gagné légèrement moins en 2019. Il a reçu au total 11,5 millions, après 11,8 millions en 2018. La part fixe est restée inchangée à 4 millions de francs.

Parmi les différents composants se trouvent entre autre des bons de jouissance et des titres avec un blocage de dix ans. En raison de cette longue période de blocage, Roche prend en compte cette forme de rémunération avec une réduction de valeur de 55,8%. Si ces titres sont pleinement pris en compte, la rémunération de M. Schwan atteint 14,2 millions de francs pour l'exercice écoulé.

A titre de comparaison, le directeur général (CEO) de Novartis, Vasant Narasimhan a obtenu 10,6 millions de francs pour ses services en 2019, certes un montant en hausse mais qui reste inférieur à celui touché par le directeur de Roche.

L'ensemble des membres de la direction s'est partagé une enveloppe de 38,0 millions de francs au titre de 2019, contre 39,3 millions pour 2018, d'après le rapport annuel publié jeudi. Ces chiffres prennent également en compte les versements à d'anciens membres de la direction.

Le président du conseil d'administration Christoph Franz a gagné 5,7 millions de francs, le même montant qu'un an plus tôt. Sa rémunération dépasse elle aussi celle de son homologue chez Novartis, Jörg Reinhard. Ce dernier a touché 3,8 millions de francs pour 2019.

(ats)

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