Tennis - Roger Federer voulait juste faire une sieste
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TennisRoger Federer voulait juste faire une sieste

Federer confie sa fatigue psychique, Shapovalov travaille son accent anglais et Berrettini honore Brassens, c’est le «London Calling» tout frais sorti du four.

par
Mathieu Aeschmann
Jérémy Santallo
Yannick Michel

«Il manque quelque chose dans mon jeu»

Comme toujours, Roger Federer ne fera pas l’erreur de prendre une décision dans l’urgence. Mercredi soir, le Bâlois avait surtout «envie de faire une sieste». Tout de suite, tellement il se sentait «horriblement fatigué». Le temps de l’analyse arrivera donc ces prochaines heures, avec comme point de départ cette question: «Que dois-je faire pour être dans une meilleure forme et être plus compétitif?» À chaud, «RF» ne se voilait donc pas la face: son niveau à Wimbledon n’était pas suffisant pour rivaliser avec les meilleurs. «Hurkacz me l’a rappelé aujourd’hui comme Felix (Auger-Aliassime) l’avait fait à Halle.»

C’est au moment de décrire cette différence de niveau que le discours de Roger Federer est devenu intrigant. «Physiquement, je n’étais pas encore au maximum. Je peux mieux me déplacer, notamment en défense. Contre les meilleurs, cela devient vite handicapant.» Logique. Mais aux limites physiques, «RF» ajouta ensuite la description d’une impuissance dans le jeu, quelque chose qui ne colle pas avec sa facilité technique historique. «Il y a clairement des choses qui manquent dans mon jeu. J’ai des idées, je vois des coups et je n’arrive pas à les réaliser naturellement.» «Le Maître» pensait-il à ses coups droits trop souvent dévissés (39 fautes directes ou provoquées)? Voyait-il tout en noir au point d’oublier que, par séquences, la balle est sortie très proprement de sa raquette ces dix derniers jours? Il faut l’espérer, car ce constat, s’il devait perdurer, est sensiblement plus inquiétant que n’importe quelle défaite.

Bravo Hubert Hurkacz!

Il faut «rendre à César ce qui appartient à César». Si Roger Federer ne disputera pas les demi-finales, c’est aussi, et surtout, parce que son bourreau Hubert Hurkacz a livré une prestation majuscule. Pour son premier quart de finale en Grand Chelem, à 24 ans, le Polonais avait juré en visioconférence lundi qu’il ne se laisserait pas envahir par l’émotion à l’heure de défier son «héros» d’enfance sur le Centre Court. Et le frais lauréat du Masters 1000 de Miami a tenu parole.

Avant son entrée sur le court, alors qu’il venait de descendre les marches le menant au terrain, on l’a vu volontiers rigoler. Au moment de l’introduction de son quart de finale, par l’arbitre au filet, «RF» a gagné le tirage au sort et décidé de le laisser servir. Pour mieux lui mettre la pression? Cela n’a pas perturbé Hurkacz le moins du monde. «J’étais un peu nerveux, car c’était un grand moment pour moi. Mais j’ai essayé de rester aussi calme que je le pouvais», a-t-il réagi en visioconférence. Auteur de 36 coups gagnants et 12 fautes directes, le Polonais peut bomber le torse. «À la fin, Roger m’a félicité et m’a souhaité bonne chance pour la suite. Le battre sur herbe, à Wimbledon, sur ce court, et devant ce public, c’est un rêve qui est devenu réalité.»

Shapovalov le Britannique

Denis Shapovalov a beau être promis à ce genre d’honneurs depuis déjà quelques années, il va faire le grand saut vendredi contre Novak Djokovic. Pour sa première demi-finale en Grand Chelem, le talentueux Canadien (22 ans, ATP 10) aura face à lui l’homme qui file, imperturbable, vers le Grand Chelem (voire le «Golden Slam», s’il y ajoute les Jeux olympiques). «Il s’agit d’un défi énorme. Mais c’est aussi simplement un match de tennis qui commencera à 0-0, philosophe le Canadien. Vous me parlez d’expérience, de ci, de ça. Mais au final, c’est celui qui jouera le meilleur tennis qui va gagner. Rien n’est jamais écrit d’avance sur un court.»

Avec cette attitude et son tennis enflammé, Denis Shapovalov devrait au moins pouvoir compter sur le soutien du public, comme contre Roberto Bautista Agut lundi et Karen Khachanov mercredi. «C’est vrai. Je me sens comme un Anglais maintenant. Il faudrait juste que je travaille mon accent, se marrait-il. Même face à Andy (Murray), le public était très correct avec moi. C’est toujours bon d’avoir la foule de son côté. Aujourd’hui (mercredi), ils m’ont porté dans les moments importants. Sans eux, je ne suis pas certain que je m’en serais sorti. J’aime me nourrir de l’énergie du public, ça m’aide beaucoup.» Novak Djokovic, lui, a déjà prouvé qu’un Centre Court hostile ne lui faisait pas peur. Mais à la longue, cette configuration des humeurs pourrait quand même commencer à l’agacer.

Les copains d’abord

C’est beau l’amitié. Appelés à s’affronter en quart de finale d’un tournoi du Grand Chelem, Matteo Berrettini et Félix Auger-Aliassime, qui sont de grands copains sur et en dehors du circuit, ont regardé mardi soir la première demi-finale de l’Euro entre l’Espagne et l’Italie côte à côte. «On était tous les deux avec nos copines (ndlr: elles sont cousines) dans la salle à manger des joueurs, a expliqué le Canadien. C’était un super moment avec lui, a aussi dit Berrettini. C’est chouette d’avoir cette relation et de pouvoir jouer l’un contre l’autre juste après, tout en se respectant mutuellement.»

Après une nuit de sommeil, les deux potes se sont retrouvés mercredi sur le court no 1. Et c’est l’Italien qui a finalement pris le dessus, 6-3 5-7 7-5 6-3. «Je suis extrêmement heureux de cette victoire et de rejoindre le dernier carré à Wimbledon, après celui de l’US Open il y a deux ans. Parce que je ne me sentais pas au top, surtout après le premier set, a concédé Berrettini. Défier Hubert (Hurkacz), ça va être compliqué. Il vient de battre Daniil (Medvedev) et Roger (Federer) coup sur coup, donc il se sent bien. Mais là (ndlr: mercredi soir), je veux profiter du moment et fêter un peu.» Vendredi arrivera bien assez vite.

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