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Paléo FestivalRover: «L’imperfection, c’est ce qui rend beau»

Il a la carrure d’un colosse mais la délicatesse musicale d’une plume qui virevolte. Interview avant sa venue, le vendredi 22 juillet.

par
Caroline Piccinin
«Vers 7 ans, j’avais demandé une guitare au Père Noël.»

«Vers 7 ans, j’avais demandé une guitare au Père Noël.»

Julien Mignot

Un jour, Timothée Régnier, globe-trotteur français, quitte The New Government, le groupe qu’il a monté avec son frangin, et devient Rover. En 2012, il sort un album éponyme sur lequel il joue en autodidacte d’absolument tous les instruments nécessaires à son disque. La planète musique est séduite.

En 2015, arrive le brillant «Let It Glow», un deuxième album aux effluves seventies enregistré en Bretagne et – c’est très important pour lui – en analogique. Rencontre en Perfecto autour d’un café mais sans cigarette: «J’ai arrêté il y a deux mois, c’est rude», nous confie le chanteur avant de commencer.

Les festivals arrivent. Comment vous les sentez?

Il y a malgré tout une appréhension. Ce sont des concerts très différents, le son est moins maîtrisable, le public ne vient pas que pour vous. Cette période estivale, le fait de se frotter à d’autres groupes, d’autres sonorités, c’est un vrai défi, une autre facette du métier, mais j’ai hâte. Je garde un souvenir du Paléo où j’ai déjà joué, c’était une ambiance de fou furieux! En festival, tout est possible, il y a peu d’interdit, c’est ça qui est chouette. Je me pose souvent la question si je dois adapter mon set, il ne faut pas perdre l’identité du projet. Donc même si c’est intimiste, ça peut vivre en plein air et ça peut faire le lien entre deux groupes, comme une dose émotionnelle forte.  

Votre son est très 1970. Vous êtes un grand nostalgique?

Peut-être. (Il rit.) En tout cas pas un nostalgique qui critique son époque. Mais oui: j’ai une admiration pour la manière dont on faisait les disques à l’époque. Ces objets qui pouvaient vieillir, qu’on aimait, qu’on abîmait. Le fait de ne pas être dans un système de renouvellement permanent des objets. J’aime les studios analogiques, les vieilles guitares qui ont des traces de vécu. Ces objets sont capricieux et il y a plein de choses qui nous échappent, on ne peut pas reproduire ce qui se passe. Comme un humain, chacun est unique, avec son parcours et ses stigmates. On ne peut pas les aimer à égal. Ça me rend dingue d’être en studio entouré de tout ça. Et, en effet, ça confère ce son années 1970.

Imaginez: vous embarquez dans une machine à remonter le temps. Vous allez à Woodstock ou au Festival de l’île de Wight?

J’adore cette question! Je pense que j’irais à Woodstock pour voir Hendrix au petit matin. Je crois qu’il n’y avait pas grand monde, ils étaient tous KO! Moi je serais vaillant et je le regarderais jouer depuis le premier rang. Aussi parce que je crois qu’il y a une grande désillusion autour de ce festival et que j’adorerais m’en faire ma propre idée.

Dans vos idées, il y a la place que vous donnez au silence.

Oui, c’est magique. C’est la toile blanche avec sa périphérie, comme une matière qui est déjà là. Le silence donne cette matière pour y poser des sons, ou non. Ça nous fait assumer les contrastes entre blancs et noirs. Moi, je pourrais écouter ce silence analogique toute ma vie.

L’imperfection, ces vides, ce supplément d’âme, ce sont vos meilleurs alliés?

Oui, je pense, mais c’est vraiment en mon nom que je parle. Je ne permettrais pas de parler de celles des autres. C’est ce qui met en relief mes émotions. Les imperfections, c’est ce qui rend beau, comme une femme qui essaie de cacher un défaut flagrant. Ça va la rendre encore plus charmante.

Vous êtes autodidacte. Quel est votre premier souvenir avec un instrument?

(Il rit.) Vers 7 ans, j’avais demandé une guitare au Père Noël. On grandissait aux Etats-Unis et mes deux grands frères faisaient déjà de la musique. J’avais trouvé trois notes, mes frères avaient trouvé ça super et j’étais si fier. Avant de dormir, j’avais posé ma guitare vers un radiateur et le lendemain matin, plus rien ne sonnait pareil. J’ai alors appris qu’une guitare s’accordait! C’était naïf, et j’ai toujours essayé de garder un peu de ça.

Vous arrive-t-il de rejouer avec vos frères de temps à autre?

A la base, avec ce projet, j’avais vraiment besoin de m’exprimer seul. Avec le temps qui passe, mes frères me manquent. Alors, les retrouver en musique et sur scène serait un vrai bonheur. Même avec le projet Rover. Vous me donnez des idées!

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