Actualisé 03.12.2019 à 17:38

RTS: «On n'est pas loin de sentir du mépris»

Malaise

Le mécontentement grandit au sein du personnel de la RTS en Suisse romande. Avec la disparition d'émissions et un virage numérique trop flou, la syndicaliste Valérie Perrin s'en fait l'écho.

par
LeMatin.ch
Au sein du personnel de la RTS, le malaise grandit après le refus de l'iniative No Billag par plus de 70% des votants.

Au sein du personnel de la RTS, le malaise grandit après le refus de l'iniative No Billag par plus de 70% des votants.

Laurent Gillieron, Keystone

Le Syndicat suisse des mass media (SSM), largement représenté auprès du personnel de la RTS, se fait l'écho de plus en plus vif du mécontentement au sein de l'entreprise. Depuis le non à l'iniative No Billag en mars 2018 par 71,6 % des votants, une vague de réformes sans précédent met les collaborateurs sous une pression de plus en plus forte.

Une longue liste d'émissions touchées

Dans un communiqué paru sur la page Facebook «Non à No Billag et après?», le SSM rappelle la liste des émissions supprimées: «Au cœur du sport», «En ce temps-là», «Mauvaise langue», «Toute une vie», «Les Coups de cœur d'Alain Morisod» et «La puce à l'oreille». La programmation estivale de «Mise au point» et «Couleurs d'été» est réduite, tandis que «Temps présent» et «36,9°» doivent baisser leur production maison. En radio, «Crapaud fou», la chronique «Futur antérieur», ainsi que la tranche 5h-6h de l'actu de la matinale de «La Première» passent à la trappe et sur «Espace 2» les émissions littéraires sont menacées.

Démotivation et peur

Cela fait beaucoup: «Depuis le 4 mars 2018, note le communiqué du SSM, les mesures d’économie et les réformes, petites et grandes, s’abattent sans répit sur le personnel, générant insécurité, démotivation et peur». Secrétaire syndicale du SSM pour la Suisse romande, Valérie Perrin atteste de ce malaise et de son ampleur:

La situation est-elle aussi grave que l'exprime ce communiqué?

Beaucoup pensaient qu’après la votation No Billag, on pourrait souffler, se remettre à travailler pour le public, faire des propositions, mais ce n'est pas le cas. Il y a un sentiment d’urgence qui est instillé d’en haut. On a l’impression que se joue l’avenir de l’entreprise. On ne sait pas si on va revivre No Billag ou plutôt No Serafe... Les dirigeants vont au-devant des critiques en prenant de mesures incomprises par des gens qui ne sont pas impliqués. Il y a une chape de plomb que les collaborateurs ne méritent pas.

Pourtant, il semble que la RTS tente d'être transparente sur ses projets?

La direction de la RTS explique qu’elle communique beaucoup, mais en fait, il n’y a pas réellement d’échanges à l'interne. On ne parle plus de télévision ou de radio, mais de vidéo et d’audio. Il faudrait remettre les bons mots sur les choses... Ce qui énerve, c'est que les gens n'ont aucune prise sur ce qui se passe, alors qu’ils sont impliqués concrètement dans la transition numérique depuis plusieurs années. On coupe dans l’offre radio, par exemple, pour investir dans le numérique, mais on ne sait pas sous quelle forme.

Comment expliquez-vous ces dysfonctionnements?

Il y a une rupture orchestrée entre l’encadrement et le personnel. Les personnes qui décident ont pour beaucoup une méconnaissance du terrain. Il y a chez une partie des cadres une réticence à impliquer le personnel dans le processus décisionnel, et c’est très mal vécu par les employé-e-s, cela crée une grande démotivation.

Quels sont vos moyens d'actions?

Il y a eu la grève à Radio France... Ici c'est la même problématique: on ne peut pas faire plus avec moins, ou mieux avec moins, cela ne marche pas, nulle part. En tant que syndicat nous sommes soumis à la convention collective qui prévoit la paix absolue du travail. Mais au niveau du personnel, ce n’est pas une impossibilité, si les gens sont poussés à bout, car on n’est pas loin de sentir du mépris.

Comment pensez-vous réagir alors ces prochains temps?

Nous avons réfléchi à des actions. Des gens commencent à penser qu’il faut agir, d’autant que le personnel n’a pas eu droit à la parole pendant la campagne No Billag. A cela s'ajoute le projet Campus RTS à l'EPFL avec la délocalisation de 300 postes de travail de Genève à Ecublens. Le SSM est opposé à ce projet, qui promet une casse sociale importante en l’absence de réel projet éditorial. C’est aussi une aberration économique, qui va créer une situation anxiogène pendant des années, alors que la priorité aujourd'hui serait de retrouver un climat de travail serein pour produire des contenus de qualité.

Eric Felley

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