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CommunicationS'adapter ou se déconnecter

Internet mobile en Suisse a atteint ses limites. La Confédération a du boulot pour rester dans le coup.

par
Fabien Feissli
A votre avis, faut-il augmenter la puissance des antennes de télécommunication?

A votre avis, faut-il augmenter la puissance des antennes de télécommunication?

Keystone

Alerte sur la bande passante: les statistiques explosent! Le nombre de données échangées via les terminaux mobiles double chaque année (voir infographie ci-contre). Les smartphones, tablettes et autres ordinateurs se démultiplient. Une croissance extrême qui met à mal les infrastructures de transmission. Pour survivre à cette véritable course à l'armement numérique la Suisse doit s'adapter.

Des milliers d'antennes

C'est le sens du postulat déposé par le conseiller national Christian Wasserfallen (PLR/BE). «Un réseau de téléphonie mobile moderne est un facteur important pour l'économie, il ne faut donc pas que la Suisse soit à la traîne par rapport aux autres pays», souligne le Bernois. C'est pourquoi il demande que le Conseil fédéral examine – et de préférence modifie – l'ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant. Une ordonnance qui réglemente la puissance d'émission des antennes de téléphonie mobile.

Ce que l'élu reproche au texte? Il est dix fois plus strict que les recommandations appliquées en Europe et dans la plupart des pays du monde. En clair, une antenne suisse émet un signal 10 fois moins fort qu'une autre antenne.

La prudence suisse s'explique par le principe de précaution pour la santé publique. Un principe qui ne s'applique plus, selon Christian Wasserfallen. «Aujourd'hui, on sait que les radiations ne nuisent pas à l'homme. Il est donc temps d'augmenter les limites.» Un point de vue soutenu par Christian Grasser, directeur de l'Association suisse des télécommunications (ASUT), qui a tiré la sonnette d'alarme la semaine dernière. «Pour le moment, le réseau mobile suisse est bon, mais si on ne fait rien il risque de se détériorer rapidement.»

Selon lui, si l'ordonnance n'était pas modifiée, il faudrait construire des milliers d'antennes pour être capable de suivre l'augmentation inexorable du trafic de données. Des constructions longues, en raison des nombreuses oppositions possibles, et coûteuses. Mais surtout complètement inutiles à ses yeux. «La solution la plus efficace serait de moderniser et de réutiliser les antennes existantes.» Et donc de modifier l'ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant.

Si la Suisse ne fait rien cela aurait un impact sur les utilisateurs privés mais aussi, et surtout, sur l'économie, selon le directeur de l'ASUT. «C'est l'attractivité de la place économique suisse qui est menacée», abonde Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. Pour lui, les impacts pourraient être nombreux. Avec un réseau plus lent ou encore saturé. «Ce sont des problèmes qu'on connaît déjà à petite échelle, mais le rythme va s'accélérer ces prochaines années.»

Et voici les objets connectés

Du côté de l'Office fédéral de la communication (OFCOM), Philippe Horisberger, responsable de la division «Installations et gestion internationale des fréquences», rappelle tout d'abord la complexité de la question qui touche de nombreux domaines: la protection de l'environnement, l'aménagement du territoire, la gestion des télécommunications et la santé publique. Mais lui aussi reconnaît l'importance pour la Suisse de prendre des mesures pour rester compétitive dans le domaine.

Surtout que le volume de données transmises a explosé ces dernières années. Et avec l'arrivée prochaine des objets connectés, ce n'est pas fini. «Par exemple, les constructeurs automobiles voient un avantage indéniable à pouvoir contrôler de manière globale et à distance leur flotte de véhicules.»

«Il peut y avoir un risque» Selon lui, le principe de précautions s'appliquait parce que c'était «techniquement réalisable et économiquement supportable». «Mais aujourd'hui il y a différents problèmes sur les réseaux et on sent un malaise de la part de certains opérateurs.»

Pour Pierre Zweiacker, adjoint scientifique à l'EPFL et auteur du livre «Vivre dans les champs électromagnétiques», le principe de précaution n'est pas si désuet. «Les valeurs européennes, plus tolérantes, sont basées sur les connaissances scientifiques actuelles», explique-t-il. Mais il prévient: toutes les études n'ont pas été faites. «Il y a un certain nombre d'indices qui laissent à penser qu'il peut y avoir un risque. Et si c'est avéré dans les années à venir, il faudrait de nouveau changer les limites.»  

L'avis de Philippe Messeiller, rédacteur en chef adjoint

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