Tennis: Sampras: «Je n’étais pas prêt à gagner et j’ai souffert»

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TennisSampras: «Je n’étais pas prêt à gagner et j’ai souffert»

Pour les 30 ans de son premier titre à l’US Open, Pete Sampras s’est confié à Tim Henman. Une interview pleine de jolies confessions. Vidéos.

par
Mathieu Aeschmann
Pete Sampras, version 1990, avec le polo Sergio Tacchini à l’archer et son grip orange: le début d’une domination alors inédite.

Pete Sampras, version 1990, avec le polo Sergio Tacchini à l’archer et son grip orange: le début d’une domination alors inédite.

Twitter @usopen

Pete Sampras est un champion silencieux, jadis cloîtré dans ses chambres d’hôtel, aujourd’hui heureux en famille loin des caméras. Alors en attendant que le livre de Steve Flink «Pete Sampras: Greatness Revisited» soit traduit en français (rêvons), il faut profiter de ses rares apparitions médiatiques.

Surtout quand elles sont placées entre les mains d’un ancien rival: Tim Henman. Cette interview enregistrée à l’occasion des 30 ans du premier titre du Grand Chelem conquis par «Pistol Pete» – l’US Open 1990 – regorge petites informations précieuses. Sur le tennis d’hier et d’aujourd’hui.

La première est une confession: Pete Sampras a mal vécu son premier grand moment. Or à quelques jours de voir le tennis sacrer un nouveau roi en Grand Chelem, son aveu vient rappeler que le triomphe nécessite aussi un apprentissage.

«J’ai très mal géré ce titre. J’ai souffert, se souvient l’homme aux 14 titres du Grand Chelem. J’ai souffert hors du terrain car je n’étais pas prêt à recevoir toutes cette attention. Et j’ai souffert sur le terrain parce que mon jeu devait encore se développer. Tu sais, je n’étais pas passé par l’université, j’avais jamais vraiment eu du monde autour de moi. Et d’un coup, je gagne l’US Open à 19 ans. Je n’étais pas prêt, dans mon jeu et en tant que personne.»

À titre de comparaison, les deux plus jeunes encore en course pour le titre à New York, Shapovalov (21 ans) et Rublev (23 ans), possèdent déjà nettement plus de vécu que Pete Sampras lorsqu’il enchaîna cette trilogie de victoires mythique: Lendl (1/4), McEnroe (1/2) et Agassi (finale).

La suite? Pete Sampras parle naturellement du «Big Three» et de l’emprise qu’il exerce sur les jeunes. «Je pense qu’une majorité d’entre eux est en admiration devant Roger (Federer).» «Et pour renverser Nadal et Djokovic sur un format en trois sets gagnants, il faut un bagage physique qui ne se fait pas en un jour.»

Très à l’aise dans son rôle d’intervieweur, Tim Henman lance alors son ancien adversaire sur le fameux record des titres du Grand Chelem. «Novak et Rafa sont plus jeunes. Donc s’ils jouent encore cinq ans, ils devraient facilement dépasser les 20 titres. Mais encore faut-il qu’ils y parviennent… Et je pense que Roger peut encore gagner un Majeur.»

«Même après la défaite contre Bastl, j’avais en moi la conviction de pouvoir être à nouveau le meilleur joueur du monde»

Pete Sampras, 14 titres du Grand Chelem entre 1990 et 2002

Or lorsque Pete Sampras suggère que continuer à jouer en tant que trentenaire n’est jamais une garantie, il sait de quoi il parle. L’Américain avait en effet quitté le circuit, à seulement 31 ans, sur un dernier titre à Flushing Meadows, six semaines seulement après sa défaite contre George Bastl à Wimbledon.

«J’avais essayé de modifier mon staff, j’essayais de me relancer mais je n’étais pas en confiance. J’étais vulnérable, sur un court que je ne connaissais pas (le No 2, regretté «cimetière» de Church Road). Bref, je n’étais pas dans mon assiette. Mais après cette défaite, je suis retourné avec Paul Annacone qui me connaissait parfaitement. Et il m’a reconstruit en me rappelant que j’étais toujours le même joueur, que j’avais toujours le même service, les mêmes armes. On a attaqué l’été américain avec un plan de jeu simple et j’avais en moi la conviction, même après la défaite contre Bastl, que je pouvais être le meilleur joueur du monde.»

Une conviction qu’il prouvera une fois encore face à Agassi comme pour boucler la boucle. Puis ressentir un grand vide.

«Est-ce que j’ai pris du plaisir lors des dernières années de ma carrière? Pas vraiment. Je me mettais trop de pression lors des tournois du Grand Chelem. Je sentais que j’en avais encore un en moi, c’était ce qui me poussait à m’entraîner. Alors sitôt ce but atteint, je me suis senti vidé, émotionnellement épuisé. Cette force qui te porte à l’entraînement, elle m’a quitté sur le court, lors de cette finale contre Andre (Agassi). C’est devenu très clair à l’approche de Wimbledon l’année suivante. Je n’avais pas rejoué en tournoi mais je m’entraînais. Et j’ai dit à Paul (Annacone): j’en peux plus, je n’ai plus envie.»

Une sensation qui peut donc arriver à n’importe quel champion, à n’importe quel moment. Un rappel pas forcément inutile au moment où le monde du tennis redécouvre ce qu’est l’emballage final d’un Grand Chelem sans aucun membre du «Big Three».

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