Publié

JusticeSans argent, il ne reverra pas son fils

Pour revoir son bambin, emmené par la mère au Canada, ce papa doit trouver 6500 francs. Mais il est au chômage et les frais de justice ont mangé ses économies.

par
Laure Lugon Zugravu
Fabiano Morelli devait passer l'été avec Léo. Mais le juge exige qu'il vienne le chercher au Canada et le ramener.

Fabiano Morelli devait passer l'été avec Léo. Mais le juge exige qu'il vienne le chercher au Canada et le ramener.

Christian Bonzon

Pour eux, l'Atlantique est un océan de larmes. Fabiano Morelli, Genevois de 46 ans, ne peut plus voir son petit Léo depuis que la maman est partie vivre au Canada avec lui. Il a frappé à toutes les portes pour que son droit de visite soit respecté. Mais un juge canadien en a décidé autrement: il refuse que Léo, 7 ans, voyage seul pour venir passer les vacances d'été en Suisse, alors qu'un programme d'accompagnement existe pour les bambins dès l'âge de 6 ans. Désormais, c'est une question de moyens: les retrouvailles ne seront possibles que si Fabiano trouve quelques milliers de francs.

Au chômage

Chercher le petit puis le ramener, le Romand l'a déjà fait une fois. Trois billets aller-retour (deux pour lui, un pour le petit) pour quelques jours de bonheur. Mais à l'amour filial contrarié s'est encore ajouté un coup du sort: Fabiano Morelli vient de perdre son emploi d'informaticien. Au chômage depuis un mois, ses économies parties en frais de justice, il n'a plus les moyens de traverser l'Atlantique. «L'an dernier, l'opération m'a coûté 6500 francs, en comptant les billets d'avion, deux nuits sur place, la location de la voiture car mon ex-compagne habite loin de la capitale. J'ai vendu ma moto, qui était ma passion. Mais maintenant je vais devoir laisser tomber mon fils», et ses larmes ne sont pas loin.

A l'Office fédéral de la justice à Berne, vers lequel il s'est tourné, on confirme que ce genre de problème n'est pas rare: «Sur la question du droit de visite international, il est fréquent que les gens qui font appel à nous rencontrent des problèmes financiers», atteste David Urwyler, chef de l'Autorité centrale en matière de protection internationale des enfants. Et les cas sont difficiles à résoudre. La Convention de La Haye sur l'enlèvement des enfants s'est en effet dotée d'un seul article pour protéger le droit de visite d'un parent. Et celui-ci laisse une grande marge de manœuvre aux Etats conventionnés: «Si un juge exige ou refuse quelque chose, comme c'est le cas pour M. Morelli, notre instance ne peut pas interférer, poursuit David Urwyler. Notre travail consiste à favoriser la coopération internationale pour l'exercice effectif d'un droit de visite, mais si l'un des parents l'empêche et que la procédure se déroule à l'étranger, l'autre parent dépend de la volonté des autorités étrangères.»

Appel à l'aide

Découragé, Fabiano Morelli a tenté une ultime démarche: écrire à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pour lui demander de l'aide. L'espoir est ténu, il le sait bien. Car lorsque la justice a parlé, il n'y a plus rien à rétorquer. Et c'est le rêve de ce père qui s'envole, celui de passer un mois avec son fils dans la maison de ses parents au bord de l'Adriatique. La mer qui aurait dû le rapprocher de son enfant, s'il avait eu l'argent pour se moquer de l'Atlantique.

Ton opinion