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Ski alpin«Sans cette clameur dans le mur, ce ne sera pas le vrai Adelboden»

Vainqueur en 2002 du slalom géant de la station oberlandaise, l’ancien crack neuchâtelois Didier Cuche sait mieux que quiconque ce que l’on ressent lorsqu’on plonge dans une aire d’arrivée noire de monde.

par
Renaud Tschoumy
Une image qu’on ne verra pas ce week-end à Adelboden: l’aire d’arrivée noire de monde au pied du «Zielhang».

Une image qu’on ne verra pas ce week-end à Adelboden: l’aire d’arrivée noire de monde au pied du «Zielhang».

Tamedia AG/Christian Pfander

Vainqueur du slalom géant d’Adelboden en 2002, quintuple vainqueur de la descente de Kitzbühel, le Neuchâtelois Didier Cuche (46 ans aujourd’hui) sait mieux que quiconque les sentiments qui envahissent un skieur lorsque ce dernier, conscient d’avoir réussi sa course, plonge dans un mur final acclamé par une foule en délire.

Le stade d’Adelboden, au pied du célèbre «Zielhang», n’explosera cependant pas ce week-end, huis clos oblige, alors que deux slaloms géants (vendredi et samedi) et un slalom (dimanche) sont programmés dans la station bernoise. Du coup, Didier Cuche – qui ne sera pas présent à Adelboden – a de la peine à s’imaginer ce que ressentiront les skieurs lorsqu’ils se présenteront en haut du dernier reck. On a joint l’ancien crack neuchâtelois pour en parler avec lui.

Didier Cuche, vous qui avez plongé dans le «Zielhang» d’Adelboden noir de monde, pouvez-vous imaginer ce que ressentiront les skieurs cette année?

Non, franchement, j’ai de la peine. Quand on regarde les courses cette année à la télévision, on ne prend pas forcément conscience du phénomène, parce que les caméras sont axées sur les athlètes plutôt que sur le public. Mais pour un skieur, plonger dans des aires d’arrivée vides, comme ce sera le cas à Adelboden, Wengen ou Kitzbühel, ça doit faire vraiment bizarre. Sportivement, ça ne changera pas grand chose pour celui qui gagnera. Mais émotionnellement, c’est sûr qu’il aura un manque.

Justement, qu’avez-vous éprouvé lors de votre victoire à Adelboden en 2002 que ne ressentira pas le vainqueur cette année?

Pour un Suisse qui gagne en Suisse, franchir la ligne d’arrivée en vainqueur et entendre cette formidable clameur, puis le public scander ton nom, c’est juste inouï. C’est pour ce genre de moments que tu vis et que tu t’entraînes, en fait.

Et en course, quelle est l’importance d’avoir du public ou pas le long de la piste?

En course, c’est différent. Tu es tellement concentré sur ton parcours que tu ne l’entends pas. Mais tu sais qu’il est là, et ça, ça compte aussi.

Vous n’entendez vraiment rien lorsque vous êtes lancé?

En fait, il y a trois aspects. D’abord, le moment qui précède la course: tu sors de l’hôtel, tu vas rejoindre le télésiège en traversant le village, et à ce moment-là, tu sens l’ambiance qui monte, parce que tout le monde te voit, t’entoure et t’encourage. Ensuite, il y a les quelques minutes de course où tu es complètement dans ta bulle. En fait, tu n’entends le public qu’au moment des encouragements de départ. Enfin, il y a le moment où tu procèdes au dernier freinage avant de plonger dans le schuss final et que tu entends la clameur du stade. C’est un instant incroyable.

Particulièrement à Adelboden?

Oui, parce que même si tu es concentré sur les dernières portes, tu entends le bruit et tu vois cette masse noire de gens, tout en bas. Tu as l’impression de plonger dans un stade de hockey, avec trois côtés remplis de monde. Et c’est cette image qui va le plus manquer aux skieurs ce week-end en Oberland. Sans cette clameur dans le mur, ce ne sera pas le vrai Adelboden.

Quelle est la différence entre l’aire d’arrivée d’Adelboden et celle de Kitzbühel, pour vous qui avez ressenti les émotions du vainqueur dans chacune d’entre elles?

Le ressenti est différent, parce que les disciplines ne sont pas les mêmes: on n’aborde pas le «Zielhang» d’Adelboden en géant comme on attaque le schuss final de la Streif. Et puis, il y a quand même deux fois plus de monde à Kitzbühel.

Ce qui ne sera pas le cas cette année…

Non, malheureusement. Mais il faut bien s’y faire, c’est une saison comme ça. En tant qu’ancien vainqueur de Kitzbühel, j’ai reçu des infos officielles dans lesquelles on demande instamment aux gens de ne pas venir aux abords de la piste. J’espère que tout le monde suivra cette recommandation. Ce sera plus simple à gérer à Adelboden: il n’y a qu’un télésiège pour arriver au sommet de la Chuenisbärgli, donc c’est plus facile de filtrer les gens.

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10 commentaires
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Claude72

08.01.2021 à 09:22

Adelboden à Berne! Pas seulement en Oberland. Les valaisans ne se privent pas de de dire Sion en Valais...

Crackotte

08.01.2021 à 09:10

On reste calme et on prend son Ponstan. C'était il y a presque 20 ans, 1 victoire. Ça "crack" pas trop...

Ignacio

07.01.2021 à 21:39

On a rien à glander di ski