Euro 2020 - «Sans restrictions, on envoyait 30 ou 40 000 Danois à Londres»
Publié

Euro 2020Steen Thychosen: «Sans restrictions, on envoyait 30 ou 40 000 Danois à Londres»

Buteur à succès du Lausanne-Sport dans les années 80, vainqueur de la Coupe UEFA, le Danois savoure de l’intérieur l’embrasement de tout un pays. Qui joue sa place en finale de l’Euro mercredi soir.

par
Florian Vaney
Steen Thychosen.

Steen Thychosen.

YouTube: FC Fredericia

Au bout du fil, Steen Thychosen demande timidement. «Vous êtes un collègue de Norbert Eschmann?» La mauvaise nouvelle ne le surprend pas vraiment. Le temps a fait son œuvre, là où les souvenirs d’hier sont encore frais dans son esprit. La Pontaise, les partenaires, tous ces gens qui gravitaient autour du Lausanne-Sport. Sauf qu’hier, c’était il y a 35 ans. Période où le meilleur buteur en titre du championnat danois s’était entendu avec le club des Plaines du loup pour une entente qui durera finalement trois ans et demi.

«Le meilleur moment de ma carrière dans le football», souffle-t-il devant notre scepticisme. «Je ne dis pas ça parce que vous êtes Suisse. Vraiment. Mon job actuel me procure énormément de plaisir, chaque jour. Sur le même plan, je mets mon passage au LS.» Même sans avoir remporté le moindre trophée? «Ce n’est pas ce qui compte. Humainement, on avait le meilleur groupe du monde. Ma famille m’avait suivi. Ma fille est née ici. J’y reviens quand je peux. La dernière fois, c’était il y a deux ans et demi. D’ailleurs, il est comment ce nouveau stade?»

250 personnes par écran géant, qui ont poussé par dizaines

Depuis, Steen Thychosen a retrouvé Vejle. La bourgade où il a grandi, où le ballon est venu à lui. Pour la situer aux yeux des suiveurs du Lausanne-Sport, elle se trouve à 100 km au sud de Randers, que les Vaudois avaient écarté lors de leur dernière épopée européenne. À 62 ans, il occupe un rôle en vue au sein du club phare de la ville, 10e du dernier championnat. Responsable de l’académie, au milieu des enfants et des talents de demain. Au milieu, aussi, de la ferveur qui monte au pays. «On a des billets pour aller voir la demi-finale sur écran géant. Ils ont poussé partout, il faut dire. Simplement, les autorités limitent les rassemblements à 250 personnes.»

C’est loin d’être la mesure la plus frustrante pour les Danois, interdits de se rendre en Angleterre pour le final four de l’Euro sans une quarantaine préalable de cinq jours. Sachant que leur quart de finale se jouait samedi… «Sans restrictions, sans limitation de billets également, on envoyait 30 ou 40 000 personnes à Londres», promet le vainqueur de la Coupe UEFA 1979 avec Mönchengladbach, l’air de dire que ces gens-là sauront se rattraper à la maison.

«Le Danois est un fan comme les autres. Lorsque tout va bien, il soutient l’équipe. Quand ce n’est pas le cas, il s’intéresse à autre chose.»

Steen Thychosen

L’homme est bien placé pour en parler. Ses buts l’avaient mené jusqu’à la sélection, même jusqu’à intégrer le groupe qui s’envola en France à l’Euro 1984 pour s’incliner aux penalties en demi-finale. «Comparer cette époque avec l’actuelle? Soyons sérieux, c’est impossible.» Pourtant, le stade de la compétition est le même à présent que 37 ans plus tôt, et l’espoir d’un exploit à la 1992 (victoire finale) n’est plus seulement réservé aux rêveurs.

«D’accord, mais tout a changé. À l’époque, on avait les meilleurs joueurs. La majorité jouait un rôle en vue dans les plus grands championnats. L’équipe d’aujourd’hui est belle, bien sûr. Mais elle se distingue surtout par sa capacité à donner le 120% d’elle-même à chaque sortie.» L’apologie de l’union sacrée, argument central posé sur la table lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi le Danemark joue si bien les trouble-fêtes cette année.

«C’est impossible de considérer que ce qui est arrivé à Christian Eriksen au début du tournoi n’a rien changé. Aujourd’hui, mercredi, il n’y a qu’un seul thème de discussion au Danemark: le match contre l’Angleterre. Tout le monde en parle, même ceux qui ne connaissent rien au foot, sourit-il. Maintenant, rétablissons une vérité: le Danois est un fan comme les autres. Lorsque tout va bien, il soutient l’équipe. Quand ce n’est pas le cas, il cherche des coupables ou s’intéresse à autre chose.»

Un fan qui n’a pas peur non plus de verser dans l’ultra-optimisme. Bien avant de vaincre la République tchèque, chaque Danois est devenu certain que le trophée pourrait revenir au pays. «Je vois bien un 2-1 pour nous ce soir», valide Steen Thychosen. Peut-être l’un des vestiges de la période dorée évoquée tout à l’heure. Les années plus fastidieuses vécues depuis n’auront su l’enterrer. «On ne peut pas parler d’années noires. Mais ça va mieux lorsqu’on donne les commandes de la sélection à un coach hyper compétent qui connaît le Danemark, n’est-ce pas?» lâche dans un clin d’œil l’ancien buteur, pas forcément fan des années où le chef venait de Norvège ou de Suède.

Les fans d’Europe ont choisi leur camp

Kasper Hjulmand, lui, fait l’unanimité. «Parce qu’il trouve toujours un moyen de nous sortir des mauvaises situations», note son compatriote. L’ancien journaliste Christian Wolny, aujourd’hui impliqué au FC Nordsjaelland (avec qui Hjulmand a remporté le titre en 2012), l’expliquait ainsi. «Chaque sélectionneur choisit un onze de base, puis des remplaçants capables d’assurer le même rôle que les titulaires. Kasper, lui, veut des profils différents sur son banc. Pour être en mesure de changer le cours des choses si cela se passe mal.» L’un des ingrédients de la recette du succès.

«Je ne vous dis pas à quoi ressemblera le pays si on devait se hisser en finale», glisse Steen Thychosen. Au vu des messages de soutien envoyés en direction du Danemark depuis trois semaines, la majorité du continent a bien envie de voir ça.

Votre opinion