Sara, 17 ans, étranglée à Yverdon: «Elle m’aimait, beaucoup, trop»

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ProcèsSara, 17 ans, étranglée à Yverdon: «Elle m’aimait, beaucoup, trop»

Au deuxième jour du procès, l’assassin présumé de la jeune Afghane a affirmé que la mère de son ex était violente avec elle.

par
Evelyne Emeri
Sara avait 17 ans quand elle a disparu le vendredi 27 décembre 2019, puis retrouvée dix jours plus tard sans vie dans les marais à l’embouchure du Bey sur les rives du lac, à Yverdon (VD).

Sara avait 17 ans quand elle a disparu le vendredi 27 décembre 2019, puis retrouvée dix jours plus tard sans vie dans les marais à l’embouchure du Bey sur les rives du lac, à Yverdon (VD).

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En voulant revenir ce mardi sur le début de la relation amoureuse entre Fazal* et Sara, initiée dès fin 2015 – les deux compatriotes ont alors respectivement 15 et 13 ans -, le président de la Cour criminelle de la Broye et du Nord vaudois, Donovan Tésaury, n’imaginait pas déterrer une version qui a eu tout son effet. Permettre  au suspect d’interpeller encore sur sa culpabilité présumée ou plutôt sur son innocence qu’il clame. S’il a bien confirmé que la maman de sa petite amie n’approuvait pas leur histoire, il a aussi prétendu «lui avoir demandé de ne pas être ensemble. Je l’ai bloquée sur les réseaux, je voulais rompre et qu’elle se concentre sur ses études. Elle méritait mieux que moi. Je voulais son bien».

«Sara voulait mourir»

Puis le prévenu raconte d’un trait un drôle d’épisode: «J’ai toujours défendu la maman de Sara auprès de Sara. Il faut écouter sa maman. Malgré tout, elle m’aimait, beaucoup, trop. Quand sa mère a compris qu’on était en couple, elle est venue me voir et m’a giflé. Sara était désolée. En 2017 ou 2018, sa mère m’a appelé pour que je vienne chez eux. Sara voulait mourir. Un de ses bras saignait (ndlr.: elle s’était scarifiée). Elle avait un couteau dans la main. Sa mère m’a demandé de le prendre. Ensuite, je vous montre – il mime –, Sara était sur les genoux, toute rouge. Sa maman était derrière elle et avait passé une ceinture pour l’étrangler. Heureusement que je l’ai sauvée, ensuite, elle a été déplacée dans un foyer».

«J’étais avec elle par pitié»

Dans la même foulée, le prévenu poursuit: «Des fois, j’étais avec Sara par pitié. Ce jour-là, elle voulait se suicider. J’ai été surpris qu’elle ne soit pas partie à l’hôpital, il y avait du sang par terre. Ensuite, sa famille m’a demandé de mettre la main sur le Coran. Ils disaient que le papa (ndlr.: il vit en Afghanistan) est un ambassadeur très puissant et que si je ne le faisais pas, il allait venir tuer tout le monde. Je ne sais pas comment j’ai réussi à attraper la ceinture». Me Manuela Ryter Godel, avocate de la famille de Sara: «Vous avez eu la force de dévier la main de la maman qui serrait?» ironise la femme de robe qui ne croit pas un traître mot de ce potentiel événement.

«Elle était soûlée»

Le récit de l’Afghan de 22 ans se termine à la faveur de l’audition de deux témoins de moralité. Un carrossier qui a peiné à reconnaître le prévenu, stagiaire quelques jours en entreprise, et une mère de famille d’accueil (9 mois) qui a attesté qu’il avait bien deux amoureuses en 2017. L’une d’elles était bien Sara: «Il en était très amoureux et voulait se marier, mais ils devaient vivre cachés à cause de sa mère qui leur interdisait de se voir». Enfin, juste avant la pause de la mi-journée, les juges vaudois ont pu entendre une des deux sœurs de Sara. Elle connaissait Fazal mais ne l’avait jamais rencontré. Elle savait ce fameux 27 décembre 2019 que son aînée allait voir son ex pour rompre. «Il voulait la voir une dernière fois pour lui donner un cadeau. Elle était contente et soulagée, ça lui prenait trop la tête. Ils s’étaient disputé trois semaines plus tôt, il croyait qu’elle le trompait. Elle était soûlée».

«Je me sens coupable»

Quid de l’épisode des scarifications et du supposé épisode de l’étranglement de Sara par sa mère? La jeune fille admet les mutilations, aucunement la tentative d’étranglement à la ceinture: «C’est impossible. Ma mère a un bon cœur, elle est serviable, prête à aider, gentille, autoritaire quand il le faut par la voix et la communication». S’agissant du vendredi noir de décembre 2019: «Je me sens coupable. J’aurais pu aider. J’ai menti et n’ai dit à personne que Sara avait rendez-vous avec Fazal. Quand je suis rentrée, j’ai tout de suite informé ma mère qui a appelé direct la police».

Le procès se poursuit avec l’audition de l’aîné de la fratrie, de la petite dernière et de la maman de Sara.

*Prénom d’emprunt

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