Procès: Sara, 17 ans, étranglée à Yverdon: «Il a tué toute une famille»

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ProcèsSara, 17 ans, étranglée à Yverdon: «Il a tué toute une famille»

La mère de la jeune Afghane a contesté tout acte de violence à l’égard de sa fille défunte après les révélations explosives du suspect.

par
Evelyne Emeri
Vendredi 27 décembre 2019, la jeune Afghane disparaît à Yverdon alors qu’elle a rendez-vous pour rompre. Le 6 janvier 2020, elle sera retrouvée, étranglée, cachée dans les roseaux face contre terre à l’embouchure du Bey, près des rives du lac.

Vendredi 27 décembre 2019, la jeune Afghane disparaît à Yverdon alors qu’elle a rendez-vous pour rompre. Le 6 janvier 2020, elle sera retrouvée, étranglée, cachée dans les roseaux face contre terre à l’embouchure du Bey, près des rives du lac.

lematin.ch/Evelyne Emeri

La maman de Sara aurait tenté d’étrangler sa fille avec une ceinture sous les yeux de Fazal*, son assassin présumé et ex-petit ami. C’est du moins une version que l’Afghan de 22 ans a livrée devant une assistance médusée. Étrangler: l’acte qui lui est précisément reproché d’avoir commis sur la jeune fille attrapée par surprise et par-derrière, qui a perdu connaissance avant de perdre la vie. Morte par strangulation au moyen de deux lacets noués ensemble et enroulés quatre fois autour de son cou. Et finaliser en effectuant un double nœud dans sa nuque. Pour la première fois, la mère meurtrie depuis trois ans a pris la parole, le Tribunal criminel d’Yverdon précisant bien qu’il ne s’agissait pas de faire son procès.

«Elle va revenir»

«Comment était votre fille, Madame?» questionne le président Donovan Tésaury. «Ma fille était très gentille, elle avait un grand cœur, elle croyait tout ce qu’on lui disait. Vous savez tout. Ça suffit.» Le début d’un témoignage qui va tristement glisser sur la problématique de violences supposées et d’argent volé, alors qu’elle pleure la chair de sa chair chaque jour au point de conserver une de ses paires de chaussures sous un meuble «parce qu’elle va revenir». Quid de cette violence évoquée par Fazal? «Oui, j’ai entendu avec la ceinture. Non, ce n’est jamais arrivé. Aucune maman ne fait une chose pareille à son enfant. Les scarifications, oui, elle l’a fait, mais je n’ai pas été au courant tout de suite.»

«Prendre ma fille, c’est comme couper mon corps»

La mère de Sara

Et ces 20 000 euros offerts par son beau-frère pour aider la famille et qui ont disparu soudainement? Sara aurait agi sous emprise et aurait cru son amoureux, prétendant que sa propre mère était très malade. «Il a d’abord pris l’argent, puis tué ma fille. Il a joué avec la police, puis avec moi. J’ai pardonné pour l’argent, c’est égal, c’est perdu. Prendre ma fille, c’est comme couper mon corps. J’ai mal au cœur. Toute seule avec mes enfants, ce n’est pas facile. En douze ans en Suisse, je ne me suis jamais bagarrée avec personne. Sara, elle se faisait bouffer par les autres, on se disputait parfois pour ça. Avec Fazal, elle avait changé, ses notes à l’école avaient baissé. Je contrôlais.»  

«C’est un mensonge»

Il y a eu ces menaces, raconte aussi la maman de la jeune défunte qui n’acceptait pas leur relation de couple: «Il m’a dit: «Je vais faire quelque chose que toute ta vie, tu vas souffrir». Pour elle, le décès est intimement lié à cette intimidation: «J’en suis certaine à 100%. Il a tué toute une famille, pas seulement Sara. Je pourrais pardonner s’il me dit ce qu’il a fait». Retour aux prétendus actes de violence, brandis par Fazal. «Vous dites ne jamais avoir été violente, pourtant votre fille s’est rendue à la police qui a alerté le SPJ (Service de protection de la jeunesse) en mai 2017. Sara vous accusait, vous et son frère, de la frapper. D’entente avec vous, elle a été placée en foyer», attaque la défense. «C’est un mensonge, je n’accepte pas ça.» L’avocate de la famille, Me Manuela Ryter Godel, de s’insurger: «Elle était sous emprise».

«Moi aussi je suis triste pour Sara, même pour la maman»

Fazal, assassin présumé 

Les deux autres sœurs cadettes et mineures ainsi que le frère aîné défendent leur mère en rangs serrés. Pas de violences subies, excepté verbales – «Elle nous engueule» – ou vues sur Sara. Et ce même point commun, récurrent: Fazal, ce jeune homme par qui tout ce drame serait arrivé et dont l’influence aurait poussé leur sœur à une fin de vie atroce et précoce. Elle venait d’avoir 17 ans. Cet homme, unique suspect depuis trois ans et dont l’ADN a été retrouvé sur l’arme du crime – les deux lacets autour du cou de l’Afghane – ne se démonte toujours pas après les témoignages de la famille: «Moi aussi je suis triste pour Sara. J’ai énormément de respect pour ses deux sœurs. Je comprends cette tristesse même pour la maman».

«Vous y êtes pour quelque chose?»

Ses aveux «fallacieusement» extorqués par les inspecteurs, il continue à nier inlassablement au président de céans qui demande encore une fois: «Vous y êtes pour quelque chose?». Réponse: «Non». Il la quitte, elle est vivante. Ils sont sur un banc en ville, pas sur le banc au bord du lac où il dit ne s’être jamais rendu le 27 décembre 2019: «Je l’ai vue partir vers la gare. La suite, je ne sais pas». «Vos téléphones bougent ensemble, mais il n’y a aucun arrêt au banc que vous mentionnez. Et son portable ne borne jamais dans le secteur de la gare», s’agace la procureure Claudia Correia, documents à l’appui. Le prévenu ne sait pas. Il ne peut pas l’expliquer. La technologie, oui. «Comment Sara est morte?» tente une nouvelle fois la magistrate. «Je ne peux pas vous répondre.»

«Pas de bisous sur la nuque?»

La procureure Claudia Correia

«De quelle humeur était Sara ce 27 décembre 2019?» demande le président Tésaury à Fazal: «Elle était un peu triste. On a parlé un peu de comment nous allions. Ça a été bref, 5-10 minutes. Elle s’était disputée la veille avec sa maman. On était sur le banc (en ville). Deux personnes nous ont croisés. Elle avait les yeux rouges. Elle n’était pas en situation de détresse ce jour-là. Par le passé, je l’ai vue dans de plus grands désespoirs. Chaque jour, je m’en veux. Si j’étais resté avec elle, elle n’aurait pas disparu. J’y pense toujours. La veille, durant la nuit, elle m’a dit qu’elle n’était pas bien».

«On s’est embrassé»

Me Ludovic Tirelli, avocat de la défense, de s’engouffrer dans une série de questions à l’avant-goût de plaidoirie d’acquittement. Et de revenir sur les faits. Du moins ceux qu’il estime être les derniers instants, à savoir toujours sur ce même banc avant que les deux jeunes gens ne se séparent. Fazal: «On s’est embrassé sur la bouche, elle a mis ses mains sur mes oreilles. Elle m’a fait des bisous dans le cou, moi également. Je lui ai caressé les cheveux, le dos (sous les habits), le visage…» «Pas de bisous sur la nuque?» raille la procureure Claudia Correia, subodorant déjà le dépôt de l’ADN de l’accusé par contact ou par transfert sur les lacets létaux.

Le procès se poursuit. Le verdict est attendu le mercredi 14 décembre dans l’après-midi.

*Prénom d’emprunt

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