France - Scandale à Paris: des cadavres utilisés pour des crash-tests automobiles
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FranceScandale à Paris: des cadavres utilisés pour des crash-tests automobiles

Sous le coup d’une enquête suite à la polémique des «dépouilles putréfiées» fin 2019, l’Université Paris-Descartes se retrouve à nouveau épinglée pour avoir mis des corps de donneurs à disposition d’industriels et de l’armée.

Photo d’illustration

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Getty Images/iStockphoto

Des «dépouilles putréfiées», «rongées par les souris», conservées dans des «conditions indécentes»: la Faculté de médecine de l’Université Paris-Descartes se retrouvait sous le feu de critiques fin 2019 pour le traitement réservé à «milliers de personnes ayant fait don de leur corps à la science».

L’hebdomadaire «L’Express» révélait en outre que les corps servaient également «à des entreprises privées auxquelles ils sont vendus, entiers ou démembrés» afin de pallier les coûts de fonctionnement du Centre des corps de la faculté.

Une enquête avait alors été ouverte pour «atteinte à l’intégrité d’un cadavre» et la fermeture administrative du Centre avait été ordonnée.

Mardi dernier, alors que les portes du Centre sont toujours closes, le scandale touchant l’Université Paris-Descartes a fait son retour dans l’actualité. En cause: un rapport de la mission d’inspection lancée à la demande du ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche que Franceinfo a pu consulter.

Le document évoque notamment «la mise à disposition de corps pour des crash-tests dans le secteur automobile». On apprend ainsi que pour la seule année 2019, «37% des revenus du Centre des corps provenaient de sociétés dont l’objet principal était industriel».

Et si la pratique peut sembler choquante, elle n’en est pas moins légale. Franceinfo révèle ainsi l’existence d’une convention passée entre l’Université Paris-Descartes et le CEESAR, le centre européen d’études de sécurité et d’analyse des risques mandaté par les constructeurs automobiles pour leurs crash-tests. Unique en Europe, cet accord prévoit ainsi la mise à disposition des corps: «900 euros pour un sujet, 400 pour une pièce anatomique».

Contacté par le média français, le président du conseil scientifique du CEESAR assure que ces expérimentations avec des cadavres sont indispensables pour s’assurer que les dispositifs automobiles «ne sont pas agressifs et dangereux pour les humains.» Il prend pour exemple les «sujets en forte surcharge pondérale» lors des chocs, un cas de figure qui demanderait obligatoirement l’utilisation d’un cadavre pour acquérir les données nécessaires.

Une opacité dénoncée

Toutefois, un problème subsiste: au moment d’accepter de léguer leur corps à la science, les donneurs ne sont pas informés de cette possibilité que leur corps soit mis à disposition d’industriels privés. Une «tromperie» que confirme Axel Kahn, ancien président de la fac de médecine de l’Université Paris-Descartes. «Les personnes qui donnent leur corps à la science n’ont pas conscience de le faire dans le cadre d’une contractualisation privée, confie-t-il à Franceinfo. Et, par conséquent, il y a tromperie, incontestablement.»

L’industrie automobile n’est de plus pas la seule à bénéficier de ces corps puisque l’armée française y a aussi recours pour les expérimentations sur ses véhicules. Et si, en finalité, tout semble se passer dans le respect des lois, du côté des familles de donneurs on déplore cette opacité qui entoure le phénomène. «Tout ça paraissait très beau sur papier, on leur dit: «Vous allez servir à quelque chose de noble», explique à Franceinfo la vice-présidente de l’association Charnier Descartes. «Bien sûr, on ne lui a pas dit: «Vous allez peut-être servir pour des crash-tests et être envoyée à 150 à l’heure dans un mur.»

(J.Z)

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