08.12.2017 à 14:47

Rencontre«Se tatouer Johnny, c'est une démarche d’amour»

Deux piliers du tatouage lausannois, Casa et Tom racontent avec tendresse ceux, qui depuis plusieurs décennies, se sont tatoués Johnny ou ses emblèmes.

von
Caroline Piccinin
Michel Casagrande dans son salon du Maupas 31.

Michel Casagrande dans son salon du Maupas 31.

Maxime Schmid

Johnny en plus d’avoir marqué la musique d’une empreinte de voix reconnaissable entre mille, a également indirectement marqué, de son visage ou ses choix iconographiques, la peau de milliers de personnes. Des fans, qui depuis des décennies, décident de se faire tatouer leur amour pour leur idole. Pour aborder ces histoires de vies, nous sommes allés au Maupas à la rencontre de Michel Casagrande qui tatoue depuis quatre décennies, mais qui s’est installé à Lausanne en 1990 sous la bannière Casa Tattoo. L’artiste de 55 ans nous rappelle que: «À ce moment-là, il fallait vraiment chercher si on voulait se faire tatouer, c’était les vieux moments du tatouage. Outre deux artistes qui s’étaient établis mais qui étaient partis ensuite, il n’y avait que Tom et la famille Leu, qui elle travaillait en appartement». Peu après, Sailor Bit ouvrait Ethno Tattoo et depuis, ça a été la multiplication des salons. Toutefois il y a des constantes dans le tatouage traditionnel et Johnny en fait partie, n’en déplaise aux juges stylistiques de tous bords.

«Johnny assumait ses tatous»

Pour Casa, Johnny est comme un vieux pote de route, surtout musicale, mais pas non plus un mode de vie. «Je l’aimais bien et l’ai vu plein de fois en concert. J’ai même rêvé une fois que je le tatouais» glisse-t-il en riant celui qui estime avoir encré environ 200 pièces en rapport avec le chanteur dont de nombreux portraits. «Ce que l’on peut dire de Johnny, c’est qu’il nous a bien aidés dans le tatouage en étant un des premiers à assumer et exhiber ses tatouages! Du coup, tous ses fans voulaient les reproduire, surtout le loup et l’aigle que l’on a fait ensuite à toutes les sauces!»

Une affirmation appuyée par Tom, Dominique Lang à la ville, qui tatoue depuis 37 ans à Lausanne et avec qui nous nous sommes entretenus au téléphone. «Pendant très longtemps, on a eu le même facteur à l’avenue d’Echallens, il est à la retraite aujourd’hui, je ne l’ai plus revu depuis. Mais lui, à chaque fois que Johnny se faisait un tatouage, il se débrouillait pour trouver une photo et venait chez moi se le faire faire. Il n’en avait pas d’autre, il ne portait que les tatouages de Johnny, il voulait lui ressembler d’une certaine manière». L’artiste de 63 ans qui a ouvert le premier salon de tatouage créé en Suisse romande le 1er mars 1980 est encore secoué de l’annonce du décès du chanteur. Il nous confie: «Je ne commence à réaliser que maintenant, ça m’a quand même fait un choc. Je ne suis pas un fan collectionneur et tout ça, mais j’ai toujours beaucoup aimé ce qu’il faisait, il était tellement génial sur scène» avant d’ajouter cette anecdote qui l’avait marqué: «je me souviens d’une grand-maman, sa fille et sa petite fille qui étaient venues les trois pour se faire la signature de Johnny. L’une d’elles avait réussi à avoir un autographe et elles avaient fait ça ensemble, j’avais trouvé ça joli». Casa, lui, garde en moment fort, une journée où il avait fait, une fois n’est pas coutume, des tatouages au henné. «Au milieu des années 1990, j’avais été engagé pour faire des tatouages temporaires à une manifestation à la Fondation Eben-Hézer. Il y avait une file de jeunes et ils voulaient tous quelque chose en rapport avec Johnny. Ils répétaient: «Johnny, Johnny, Johnny», ça m’avait fait rire, c’était touchant» avant d’ajouter: «j’avais aussi à ce moment-là, une vague de fans qui étaient allés voir le chanteur aux USA. Ils débarquaient et se faisaient tatouer ses initiales avec la date du concert. C’était rock’n’roll, malheureusement aujourd’hui, le tatouage ne l’est plus trop».

Une évolution des demandes

Le milieu du tatouage a beaucoup évolué ces dernières décennies, de part des évolutions techniques du matériel, la facilité que l’on a à avoir accès à n’importe quelle image sur le Net ainsi qu’à se procurer du matériel. Il y a aussi eu une évolution dans les demandes des fans de Johnny. «Dans ma clientèle, il est l’artiste qui a suscité le plus de demandes, même si je n’ai pas fait beaucoup de portraits» explique Tom qui confirme qu’au départ, il était plus question de reproduire l’un ou l’autre des tatouages de l’idole, puis son portrait, alors qu’aujourd’hui il est plus question de lettrages et de paroles de chansons. Pour Casa, chacun de ces tatouages de fans «est une démarche d’amour sincère», lui a d’ailleurs, il y a peu, encré un «Que je t’aime». Il fait un parallèle entre l’évolution de la musique et son art: «Je pense avant tout qu’il est question d’originalité. Je crois que le rock’n’roll a presque tout exploité et qu’il faut trouver des nouvelles choses et dans le tatouage c’est pareil. Même si bizarrement, les gens se font tous le même genre de tatouages» regrette-t-il.

Et quand on lui demande son avis sur le fait que d’aucuns trouvent les tatouages de Johnny et ceux qui les font ringards, il répond en citant une phrase qu’il a lue à Memphis au musée Elvis, l’idole de Johnny: «Ne critique pas ce que tu ne comprends pas. Tu n’as jamais marché dans les bottes de cet homme-là».

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