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Affaire SégalatSeize ans de prison requis contre Laurent Ségalat

Le procureur a requis jeudi au cours de la 6e journée d'audience du procès 16 ans d'emprisonnement à l'encontre du généticien français Laurent Ségalat, accusé du meurtre de sa belle-mère Catherine le 9 janvier 2010.

Le procureur Eric Cottier.

Le procureur Eric Cottier.

Keystone

Laurent Ségalat, ce généticien français de 48 ans accusé d'avoir tué sa belle-mère en janvier 2010 à Vaux-sur-Morges (VD), risque 16 ans de prison pour meurtre. Telle est la peine requise jeudi après-midi par le procureur général du canton de Vaud Eric Cottier devant le Tribunal criminel, alors que l'accusé a toujours clamé son innocence.

Pour le Ministère public pourtant, il n'y a pas de place pour le doute: "un seul verdict s'impose, celui de la culpabilité, même avec des lacunes". A ses yeux, les indices sont suffisants et le tribunal n'a pas besoin de preuves matérielles pour rendre son jugement. Dans une salle comble, et au cours d'un long réquisitoire de deux heures trente, le procureur général a passé en revue les éléments à la charge de l'accusé.

Après avoir reconnu les qualités remarquables de cet éminent biologiste, il a évoqué le côté "dissimulateur", "calculateur", "raisonneur et stratège" de cet homme "capable de jouer sur plusieurs tableaux".

Contexte du drame rappelé

Eric Cottier a rappelé le contexte du drame: la remise de la librairie qui provoquait des turbulences au sein de la famille Ségalat, l'aspect économique et financier qui n'était pas réglé alors que Laurent Ségalat espérait tirer un revenu suffisant du commerce familial.

Les deux expertises favorables à la défense, celle de la légiste française qualifiée de "partielle" et celle du gastro-entérologue sur la vidange de l'estomac, "inutilisable pour estimer l'heure du décès", ont été écartées par le procureur. Pour lui, "Catherine Ségalat a bel et bien été agressée et frappée, elle n'est pas morte après une seule chute dans l'escalier".

Selon lui, les signes d'une agression sont avérés par les deux autres expertises: la victime s'est défendue, son ADN mêlé à celui de l'accusé a été retrouvé sous l'un de ses ongles et sur ses bagues, des micro-projections de sang ont été découvertes sous le col de la chemise du biologiste qui présentait de nombreuses griffures au visage, a encore relevé le procureur. Ce dernier n'a pas expliqué en revanche la blessure en forme de scalp sur la tête de la victime.

Mensonges

Autre élément à charge retenu par le procureur, le biologiste a menti sur son emploi du temps, reconstruisant le récit de ses déplacements et de ses occupations de manière à ne pas pouvoir se trouver sur les lieux à l'heure du drame. Il a menti aussi sur l'origine de ses blessures. Ce qui, pour Eric Cottier, signifie qu'il est impliqué dans le décès de la victime.

Deux ans et demi après le drame, la justice n'a pas retrouvé l'arme du crime et le mobile n'a pas pu être établi. "C'est par rapport à ces éléments que le doute doit profiter à l'accusé. On ne peut pas faire de lui un assassin, parce qu'il a menti sur son emploi du temps et tenté de s'en sortir en nettoyant la scène du crime", a souligné Eric Cottier.

Le tribunal doit néanmoins se montrer sévère: l'accusé a commis un meurtre de sang-froid, il s'est acharné et a tué un proche, sa belle-mère. Le procureur a estimé que la justice devait faire preuve de "mesure" et a réclamé une peine de 16 ans de réclusion.

Manque d'empathie

De son côté, la partie civile ne doute pas non plus de la culpabilité de l'accusé. Elle a pointé du doigt le manque d'empathie de Laurent Ségalat envers la victime et envers ses proches.

Me Jacques Barillon a relevé ses nombreuses "marques de dédain" envers la famille de Catherine Ségalat au cours du procès. "Orgueilleux, narcissique, arrogant", le biologiste français a pris les policiers pour des imbéciles lors de l'enquête et fait preuve de déni.

Le procès se poursuit vendredi matin (demain) avec les plaidoiries de la défense. Le verdict sera rendu en fin d'après-midi.

(AP)

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