01.11.2018 à 15:35

Sergio Moro, l'atout anticorruption de Jair Bolsonaro

Brésil

Le juge Sergio Moro a accepté jeudi la proposition du président d'extrême droite Jair Bolsonaro de devenir son ministre de la Justice.

Figure de proue de l'opération «Lavage express», enquête tentaculaire qui fait trembler les politiques de tous bords, Sergio Moro est surtout la bête noire de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva

Figure de proue de l'opération «Lavage express», enquête tentaculaire qui fait trembler les politiques de tous bords, Sergio Moro est surtout la bête noire de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva

AFP

Symbole de la lutte anticorruption, le juge Sergio Moro, considéré comme un héros par des millions de Brésiliens, est une prise de choix pour le président d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Sergio Moro a annoncé jeudi avoir accepté la proposition du Jair Bolsonaro de devenir son ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

«À l'issue d'une réunion lors de laquelle nous avons discuté des politiques (à mettre en place) dans le ministère, j'ai accepté l'invitation», a déclaré dans un communiqué le magistrat, qui a rencontré le président élu jeudi matin à son domicile de Rio de Janeiro.

L'annonce a été confirmée par le président élu lui-même quelques minutes plus tard sur Twitter, conformément à son habitude de s'exprimer quasi exclusivement à travers les réseaux sociaux.

Bête noire de Luiz Inacio Lula

Figure de proue de l'opération «Lavage express», enquête tentaculaire qui fait trembler les politiques de tous bords, il est surtout la bête noire de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné à un jet de pierre de ses bureaux, dans la ville méridionale de Curitiba.

Son principal fait d'armes: en juillet 2017, il a condamné Lula à 9 ans et 6 mois de prison pour corruption, une peine alourdie à 12 ans et un mois en appel, que l'icône de la gauche a commencé à purger en avril dernier.

Fonds de Petrobras

Démêlant un vaste système de détournements de fonds de Petrobras, le juge n'hésite pas à envoyer en prison pratiquement tous les anciens directeurs du groupe pétrolier étatique, puis les patrons des plus puissants groupes de BTP qui leur versaient des commissions en échange de marchés.

Cela le conduira vers l'argent sale alimentant les campagnes de la plupart des partis politiques au Brésil. Et ce juge intrépide n'hésitera pas non plus à envoyer derrière les barreaux des hommes politiques de premier plan, de droite comme de gauche.

«Pas de grief personnel »

Lula - que Jair Bolsonaro a dit souhaiter voir «pourrir en prison» - est sans conteste le plus gros poisson à être pris dans ses filets. Avant de l'interroger en mai 2017, le juge Moro lui avait assuré: «Monsieur le président, je veux clarifier que, malgré certaines rumeurs, je n'ai pas de grief personnel contre vous. L'issue du procès viendra des preuves et de la loi».

Il n'a pas convaincu tout le monde. Et surtout pas l'ancien chef d'Etat, qui a déclaré après sa condamnation: «Le juge Sergio Moro, otage des médias, était condamné à me condamner».

Quand le magistrat lui a demandé lors d'une audience s'il se sentait responsable du réseau de corruption autour de Petrobras, Lula a rétorqué: «Et vous, vous sentez-vous responsable des dégâts causés par l'opération 'Lavage-Express'? Du fait que des centaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi dans les secteurs du pétrole et de la construction».

La froideur avec laquelle ce Don Quichotte de la justice coince les puissants, depuis Curitiba, à plus de 1000 km de Brasilia, avait éveillé les craintes de l'icône de la gauche latino-américaine avant même cet épisode.

«Sincèrement, j'ai peur de cette République de Curitiba. Parce qu'à partir d'un juge de première instance, tout peut arriver dans ce pays», avait déclaré Lula dans une conversation téléphonique interceptée par le juge.

Dans un entretien à l'AFP en mars, Lula avait dénoncé la volonté des enquêteurs de l'opération «Lavage express» de «criminaliser la politique».

Inspiré par l'Italie

Sergio Moro est né dans la ville de Maringa, près de Curitiba. Après des études de droit, il devient juge en 1996.

Docteur et professeur universitaire, il complète sa formation à Harvard (Etats-Unis) et se spécialise dans les délits de blanchiment d'argent, fasciné par l'opération «Mains propres» qui a permis de démanteler dans les années 1990 en Italie un vaste réseau de corruption ayant éclaboussé le pouvoir.

Décrit par ses pairs comme un magistrat bien préparé et déterminé, il est aussi critiqué pour son recours récurrent à la détention provisoire et aux accords avec des inculpés pour obtenir leurs confessions.

Marié et père de deux enfants, le juge est devenu l'idole de millions d'opposants au gouvernement conservateur qui ont même fait figurer son visage sérieux sur des tee-shirts et banderoles portés pendant des manifestations contre la corruption.

(AFP)

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