Football - Servette a retrouvé des ailes et un patron
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FootballServette a retrouvé des ailes et un patron

Succès de prestige qui leur offre un joker décisif: les Genevois ont refait le coup à Young Boys. Gaël Clichy a illuminé la rencontre de sa virtuosité.

par
Florian Vaney

Étrangement, ce n'est pas le premier nom qui vient en tête lorsqu'on pense aux joueurs qui laisseront un vide à Servette après leur départ. Cela devrait, bien sûr. Mais sans doute que sa présence à Genève est davantage considérée comme un bonus, un cadeau tombé des cieux. Alors on songe à la tristesse d'un effectif sans Miroslav Stevanovic. À la difficulté que constituera la tâche de trouver un milieu plus complet que Timothé Cognat. Et on oublie qu'un ancien leader de Manchester City et d'Arsenal se trouve là, sous nos yeux, et que lui plus que personne n'est pas éternel mais tellement indispensable.

Tout le paradoxe veut que Gaël Clichy, puisque c'est évidemment de lui qu'il s'agit, avait quitté le terrain lorsque le match entre Servette et Young Boys s'est emballé. Il a tapé sur le dos d'Arial Mendy à la 73e minute à 0-0. Dix minutes plus tard, les Grenat avaient marqué deux fois. Dix minutes de plus et ils venaient de valider un succès prestigieux et précieux face au quadruple champion en titre (2-1). Cela ne doit pas changer le constat: les Servettiens ont retrouvé des ailes et ils le doivent en bonne partie à leur génial latéral gauche, absent lors des trois précédentes sorties (plus compliquées) en championnat.

C'est avec lui que le SFC a débuté un travail capital: faire vaciller l'ogre bernois. Sans doute qu'une part du job avait été réalisée avant même le coup d'envoi, au mois de décembre, lorsque les Genevois avaient infligé à YB celle qui restait comme sa seule défaite du championnat. Ce n'était qu'un début, la première pièce d'un puzzle bien plus grand. Les autres se sont ajoutées une à une dimanche.

Briseur de lignes, garant de l’équilibre

On pense à la très bonne couverture des couloirs, où Young Boys peut être si fort. À la gestion du pressing bernois. À l'intelligence de la pression exercée sur Guillaume Faivre, dernier rempart bernois qui ne possède pas la confiance du numéro 1 David von Ballmoos et plus d'une fois mis à mal dans sa négociation du ballon. À cette première demi-heure simplement digne d'éloges.

Pour la suite, on en revient à Gaël Clichy. Déjà, sa faculté à briser les lignes qui met en émoi toute la Super League. Par ses passes et ses ouvertures. Par ses courses folles et risquées, aussi, mais tellement bien contrôlées. Le plus important, sans doute, reste l'équilibre qu'il apporte au sein du onze grenat.

On connaît la propension des Servettiens depuis de longs mois à pencher à droite, où les clefs ont tendance à être placées entre les mains de Stevanovic. L'un des points culminants de cette façon de faire avait peut-être été atteint il y a dix jours contre Sion, où l'ailier gauche Alex Schalk n'en avait que le nom, lui qui avait passé le plus clair de son temps à repiquer au centre pour tenter d'exister. Corollaire, un côté gauche ouvert aux contres et une vilaine claque (5-3). Pas forcément représentative, mais bel et bien encaissée.

La qualité technique et l'intelligence de Clichy ouvrent des portes. Son aura également. «Bien joué ça, mon frérot», l'a-t-on pu entendre féliciter Yoan Severin. On peut imaginer que ses mots touchent plus que d'autres. Surtout lorsque l'exemplarité est à ce point au rendez-vous. Et on comprend à quel point sa mise à l'écart de ces dernières semaines, à cause d'un test positif, a pu peser négativement.

Une seule fausse note

Longtemps, il n'a ainsi manqué qu'une pièce de ce puzzle à Servette. Celle-ci aurait pu être incarnée par Grejohn Kyei, qui est malheureusement passé à côté de son rendez-vous. On fait partie de ceux qui considèrent l'attaquant français comme indispensable au collectif d'Alain Geiger cette saison. Ses maladresses fréquentes devant le but sont un problème, assurément, mais ses qualités en-dehors de la surface parviennent à les compenser. Seulement, quand l'homme aux 13 buts cette saison n'existe pas non plus dans la progression du jeu de son équipe, le résultat est décevant.

C'est peut-être là la seule fausse note de la journée, même si Grejohn Kyei a bien le droit de passer à côté d'un match de temps à autre. Surtout lorsque ses coéquipiers répondent de la sorte derrière. Gentiment mais sûrement, les Servettiens sont en train de se construire une image de bête noire du grand dominateur de la Super League. Flatteur, certes, mais mérité.

Se lancer corps et âme dans la Coupe

Il convient enfin de se rappeler du contexte de la rencontre: un challenge salé à trois jours de la demi-finale de Coupe de Suisse contre Saint-Gall. Servette a fait tapis, il a gagné et cela lui rapporte gros. Quelque part, on peut considérer ce succès comme un joker. Les Grenat ont fait de la Coupe un objectif prioritaire? Ils peuvent jeter toutes leurs forces dans la bataille, 90 ou 120 minutes durant, face aux Saint-Gallois. Quitte, même, à arriver à cours d’énergie dimanche prochain à Lucerne.

On se souvient de la débâcle du Parc Saint-Jacques il y a deux semaines (défaite 5-0), quatre jours après avoir lutté deux heures à Kriens en quart de finale de la Coupe. Si un tel événement devait se reproduire, ce qui n'est pas inimaginable, Servette peut faire valoir son joker. Quoi qu'il arrive, il sera toujours européen après la prochaine journée de championnat. Il y a vraiment des dimanches plus sympas que les autres.

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