Publié

FootballServette n’a pas osé se lâcher

Par crainte de trop se livrer sans filet, le club «grenat» est resté au milieu du gué contre Lugano (1-1). Son nul équitable ne suffit pas à masquer des imperfections qu’il lui faudra corriger avant le derby du Rhône de mercredi.

par
Nicolas Jacquier, Genève

A quoi peut ressembler une formation privée de jeu depuis plus d’un mois? Entre quarantaine imposée, matches reportés et pause internationale, Servette a longtemps navigué à vue, avant d’aborder ce qui pouvait s’apparenter à une seconde reprise; sans autre repères que ses questionnements, découvrant une nouvelle normalité à laquelle il n’était pas habitué - personne ne peut d’ailleurs jamais l’être.

En marge d’une opération ReStart menée à bien - les cinq parties de Super League ont pu se dérouler «normalement», ce qui ne s’était plus produit depuis les 17 et 18 octobre (4e journée) -, on pouvait se demander avec une anxiété légitime quelle équipe on allait retrouver. Le Servette des tâtonnements aperçu en début de championnat? Ou celui qui, diablement séduisant, avait suscité des louanges appuyées à travers tout le pays quelques mois plus tôt?

La vérité se situe plutôt à mi-chemin entre ces deux propositions, tant le club «grenat» a éprouvé quelques difficultés à retrouver son identité. Rien de très surprenant à cela quand l’on sort de cinq semaines sans compétition. Les intentions étaient certes présentes, toujours aussi louables, mais trop souvent, cela n’a débouché sur rien de concret. Parce qu’en définitive, ce Servette plus en retenue n’a jamais osé se lâcher lorsque l’occasion s’est présentée.

Enfin un but obtenu au terme d’une action

Apparu néanmoins en progrès, le club de la Praille a connu sa meilleure phase en fin de première période. En quelques opportunités, on a revu alors la touche grenat, celle qui plait. Et qui peut faire mal n’importe quand. Avec à la clé, après deux réussites marquées jusque-là sur penalty, un premier but de la saison enfin obtenu dans le jeu, au terme d’une action née d’un corner et conclue par Kyei, exploitant un assist qu’il s’était lui-même involontairement créé en contrant une reprise de Sasso.

Mais, confronté au réveil progressif de celui qui demeure sa bête noire, Servette devait en rester là, souffrant des conséquences d’un long passage à vide. Avec peu d’idées pour éclairer le jeu, en raison surtout d’un parti pris mal assumé (celui de gérer l’acquis), ce qui a fini par se retourner contre lui au terme d’un mouvement où toute sa défense a mauvaise mine, à commencer par Mendy.

Une acceptation de la domination tessinoise donc, la perte des couloirs - Guerrero et Lavanchy ont été excellents dans leurs rôles - et énormément de déchet à la relance, le tout conjugué à quelques surprenantes fragilités défensives, cela fait vite beaucoup pour une équipe déjà en manque de certitudes. Il n’est pas question ici d’un état d’esprit défaillant, mais d’un manque de liant dans les transitions par exemple.

La seule absence de Stevanovic, le grand ordonnateur du jeu genevois, suffit-elle à justifier les imprécisions de Cognat? Privé de son complément naturel, le Français n’a pas affiché son rayonnement habituel dans un rôle de No 10 qui n’est pas le sien, jusqu’à accuser un déchet technique qu’on ne lui connaissait pas et à s’étioler. Surtout lorsque, décalé, il lui a fallu défendre le couloir droit occupé par Lavanchy. Sans son binôme, Servette a longtemps balbutié ses envies et il est assez révélateur de souligner qu’il a trouvé en Jérémy Frick son élément le plus sollicité - et décisif - de la seconde période.

Face au marathon qui les attend et l’enchaînement des semaines anglaises à venir, les Genevois apprennent aussi à gérer leurs forces peut-être différemment, ce qui suppose des ajustements.

Il manque un «tueur» dans la surface

Ce qui ne change désespérément pas, c’est leur problème d’efficacité offensive. A témoin la balle de match galvaudée par Koro Kone à la 90e. Sur le caviar que lui a adressé le toujours très inspiré Imeri, il était plus difficile de viser le poteau que de trouver l’un ou l’autre côté du gardien. Mois après mois, match après match, on en revient toujours au même constat: il manque un «tueur», un froid finisseur, dans la surface adverse.

Si Servette, auteur d’un faux-départ à Lausanne en ouverture de la saison 2020-2021, n’a pas réussi le second départ dont il rêvait peut-être, il a cependant quelques circonstances atténuantes à faire valoir. Comme le fait de se retrouver, au coup d’envoi, dans l’inconnu; tout comme celui d’affronter un FC Lugano en pleine bourre actuellement.

Voilà qui, ajouté aux turpitudes de cette pandémie, incite à atténuer les critiques que l’on pourrait porter en d’autres temps, à tempérer le jugement au moment où les Genevois s’apprêtent à défier Sion. A sa manière, Servette a avancé ses pions sans jamais trouver suffisamment de folie librement contrôlée pour mettre échec et mat le roi tessinois.

C’est probablement aussi simple que cela: contre Lugano, Servette ne pouvait décemment faire et obtenir davantage. Mais ce mercredi déjà à Tourbillon, en amuse-bouche de la soirée de Ligue des champions, il devra faire mieux pour espérer plus face à une équipe – Sion l’a démontré en deuxième période – capable de lâcher la bride.

Qui sera le plus «fou» dans 48 heures?

Pour les détails du match, cliquez ici.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
6 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Risible

23.11.2020 à 13:28

D'une faiblesse affligeante cette équipe...

Mischa

23.11.2020 à 10:37

Arrêtons de parler de pandémie qui n'en pas une, c'est lassant à la fin. Les chiffres le prouvent il n'y a pas plus de morts qu'en cas de grippe saisonnière. Ces personnes seraient parties quoiqu'il arrive et on prend en otage le pays, le sport, le spectacle etc. On n'a jamais gaspiller autant d'argent pour aussi peu Lisez les vrais chiffres et tirez-en les conséquences, ayez un peu de jugeotte, il ne sert à rien d'écouter les beaux parleurs manipulés à leur insu, ceux qui s'évertuent à trafiquer la vérité et qui imposent la censure pour ceux qui dérangent la pensée unique et quasi mondiale. J'aimerais bien vous voir les journalistes et autres lecteurs ce que vous seriez capables de faire à la place des Servettiens, juste courir sans but et essoufflés au bout de 10 minutes

Windmoon

23.11.2020 à 10:02

Un match de qualité médiocre, basé sur une défense à outrance. Cela devient le standard pour toutes les équipes. Facile de critiquer les attaquants lorsqu ils reçoivent 3 ou 4 ballons par match. En plus un manque de précision technique récurrent. SFC aura beaucoup de peine à se maintenir, si l équipe n élève pas son niveau de jeu. 5 semaines d absence n aident certainement pas, mais il faut arrêter de trouver des excuses ou s acheter des indulgences. Les mêmes problèmes existaient avant la pause covid.