Football: Servette n’avait qu’une chose à faire et il ne l’a pas faite
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FootballServette n’avait qu’une chose à faire et il ne l’a pas faite

A Berne, où ils se sont inclinés 2-0 contre YB, les Genevois avaient pour première ambition de réussir leur entame de match. Ils l’ont «foirée» après une poignée de secondes déjà.

par
Nicolas Jacquier

Au moment d’expliquer les raisons d’un revers, coaches et joueurs ont souvent coutume de se réfugier derrière les «innombrables occasions manquées», comme s’il y en avait eu des dizaines à se mettre sous la pupille et que chacune d’entre elles aurait pu amener un goal.

On va vous rassurer tout de suite: dans le cas du Servette FC aperçu dimanche, à Berne, il n’y en a eu aucune. La seule véritable chance de but que les visiteurs se sont ménagées n’a pas été ratée par celui qui se l’est créé, Steve Rouiller. Non, elle a été superbement annihilée par von Ballmoos, dont le prodigieux réflexe a refusé au défenseur central une égalisation qui lui aurait pourtant fait un bien fou. Tant le Valaisan de la Praille a passé un après-midi compliqué. Déjà impliqué sur une ouverture du score trop vite tombée en se faisant l’auteur d’une déviation malencontreuse, Rouiller a encore failli en perdant de vue Jean-Pierre Nsame, ce qu’il ne faut bien sûr jamais faire et qui devait coûter le 2-0.

Retrouvez ici le compte-rendu du match.

Au demeurant, on ne va pas davantage s’appesantir sur le No 4 de la Praille en manque des sensations qui en avaient fait un potentiel prétendant pour l’équipe de Suisse. Car si Rouiller est passé à côté de son match, le même jugement vaut pour tous ses coéquipiers. Personne n’a surnagé dans un match où le score ne dit pas ce qu’a été la domination d’un leader en mode contrôle.

Personne n’a triché, mais…

En décembre, Servette avait réussi la sensation de la 11e journée en faisant tomber YB chez lui (succès 2-1). Une performance XXL saluée à sa juste valeur. A l’époque, ses joueurs s’étaient arrachés pour signer une improbable victoire, obtenue malgré des statistiques très peu en leur faveur (20 tirs à 10 pour les Bernois, et surtout 16 corners à 3). Aligné ce dimanche d’avant Noël entre les poteaux «grenat», Kiassumbua avait fait le reste en multipliant les parades. Mais devant lui, toute l’équipe avait laissé ses tripes sur le synthétique de la capitale. Il s’en était dégagé une force collective de nature à mettre échec et mat YB.

Dix semaines plus tard, on n’a pas senti la même volonté de (se) faire mal, ni l’envie de répéter le même exploit. Comme si un fatalisme s’était abattu sur un Servette incapable de se faire violence. Au niveau de l’état d’esprit, personne n’a certes triché mais personne n’en a fait plus non plus, alors que les circonstances commandaient de dégager un supplément d’engagement. Mais ce caractère-là, indispensable pour qui entend se sublimer, Servette ne l’avait pas.

«Le football, c’est un sport de duels. Or, quand on n’en gagne pas…»

Gaël Clichy, défenseur du Servette FC

Au coup de sifflet final, Gaël Clichy conservait d’ailleurs suffisamment de lucidité pour pointer ce qui n’avait pas fonctionné. «Le football, rappelait-il opportunément, c’est un sport de duels. Or, quand on nen gagne pas…» C’est tellement vrai que Servette n’a commis que dix fautes. Difficile d’en faire, il est vrai, quand on est relégué au rôle de spectateurs.

Sur une pente glissante depuis la reprise, le club genevois ne peut se permettre de faire l’économie d’une sérieuse et urgente remise en question. On ne peut pas commencer un match alors qu’il est déjà perdu. Après déjà cinq buts encaissés lors des premières minutes en 2021, conséquence d’entames de match catastrophiques obligeant chaque fois Servette à courir après le score, Alain Geiger avait appelé ses joueurs à une vigilance renforcée. Qu’a-t-on vu? Une première étourderie après moins de 360 secondes.

On ne peut pas mettre tous les atouts de son côté et, le moment venu, les gaspiller aussi bêtement. Le week-end dernier, le visiteur genevois s’était offert une mise au vert, était descendu dans un (sans doute) coûteux hôtel avec vue splendide sur l’Aar et le Palais Fédéral, ses joueurs avaient pu effectuer une petite promenade d’oxygénation au réveil. Tout ça pour quoi?

Au coup d’envoi, Servette n’avait qu’une chose à faire – pas besoin de vous rappeler laquelle – et il ne l’a pas faite. Le voici englué dans une bataille pour le maintien qui ne semblait pas devoir le concerner voici peu, durant laquelle il lui faudra se battre avec des armes qu’il ne possède peut-être pas.

En 2021, Vaduz a pris 5 points de plus

Une bataille d’autant plus relancée par le retour en force d’un FC Vaduz certainement trop vite enterré. Au moment où Servette n’avance quasiment plus (avec seulement six points pris depuis la reprise), la lanterne rouge liechtensteinoise vient d’engranger dans le même temps la bagatelle de 11 unités.

A Berne, Servette a fait étalage de manquements qui en font une équipe inoffensive. Jouer au foot sans l’indispensable niaque, ce n’est déjà plus jouer. Il n’y a certes aucune honte à s’incliner sur la pelouse du leader. Ne pas s’être donné tous les moyens de réussir un nouvel exploit est déjà nettement plus problématique.

Le club «grenat» se retrouve cette semaine à la croisée des chemins: soit il réagit dès samedi contre Zurich et prend quelques distances avec la zone dangereuse, soit il s’enfonce dans une crise de confiance et de résultats plus durable.

Dans ce dernier cas de figure, il y aurait alors vraiment le feu au lac.

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