Football - «Servette n’est pas une équipe de Coupe»
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Football«Servette n’est pas une équipe de Coupe»

Les Grenat attendent depuis 2001 de retrouver le dernier carré de la Coupe de Suisse. Comment expliquer ce rapport aussi compliqué avec une compétition qu’ils retrouvent ce mercredi (17h) à Kriens en quart de finale?

par
Valentin Schnorhk
Servette n’a plus réalisé de parcours en Coupe de Suisse depuis sa victoire en 2001 contre Yverdon, avec notamment Eric Pédat et Sébastien Fournier.

Servette n’a plus réalisé de parcours en Coupe de Suisse depuis sa victoire en 2001 contre Yverdon, avec notamment Eric Pédat et Sébastien Fournier.

Eric Lafargue

Et si Servette n’était pas fait pour ça? Voilà vingt ans que les Grenat n’ont pas atteint les demi-finales d’une Coupe de Suisse qu’ils n’ont remportée qu’à sept reprises en 131 ans d’histoire. Depuis leur dernier titre en 2001 contre Yverdon (3-0), les Genevois passent systématiquement ou presque à côté d’un semblant d’épopée. Alors qu’ils pointent désormais à la 2e place de Super League, le moment n’a jamais été aussi propice pour retrouver le dernier carré que ce mercredi après-midi à Kriens.

«Normalement, on doit gagner et passer ce tour», lançait Alex Schalk dimanche, alors qu’il venait d’inscrire un des deux buts servettiens sur la pelouse du Letzigrund. Sauf qu’entre Servette et la Coupe de Suisse, la relation n’a rien eu de vraiment normal au XXIe siècle.

Les raisons sont éparses. Elles tiennent notamment aux périodes mouvementées qu’a connues le SFC lors de ces deux dernières décennies. Qu’il tombe aux tirs au but contre Bâle en 2010 alors qu’il luttait pour une première remontée en Super League avait quelque chose d’admirable. Que le Servette de Kevin Cooper, alors en Promotion League, s’incline 5-2 en 2015 contre Lucerne était logique. Que celui de Fournier se désunisse à Cham en 2012, que celui de Braizat en fasse de même à Breitenrain en 2016 ou que celui de Geiger ne soit sans idées l’année passée à Grasshopper inspire un autre regard.

Rarement le petit

«En Coupe, il y a toujours des matches piège et ce n’est que la vérité du jour qui fait foi», souligne Geoffrey Tréand. L’ancien ailier (Servette, Xamax, Sion, St-Gall, Aarau) maîtrise la question, lui qui les a vécus à la fois dans la peau du favori que de celui qui n’a rien à perdre. La logique du petit qui veut renverser le gros qui a peur du ridicule parle souvent en faveur du premier. Tréand l’a notamment connu sous le maillot servettien en 2006. Alors en 1re ligue au lendemain de la faillite, les jeunes Grenat guidés par Jean-Michel Aeby et emmenés par un virevoltant Julian Esteban avaient éliminé un Thoune version Ligue des champions à la Praille. La dernière fois que Servette a atteint les quarts.

«Ce n’est pas une fatalité de s’appeler Servette et de jouer contre une équipe qui joue sa vie»

Geoffrey Tréand, ancien Servettien

Dans le rôle de celui qui a tout à gagner, donc. Pour les Genevois, la situation n’est pas commune, même quand la hiérarchie dit l’inverse. Il y a le nom que l’on veut accrocher à son tableau de chasse. Mais pas seulement. «Quand Lucerne vient affronter Servette, alors en Challenge League, à la Praille (ndlr: en 2017 et 2018), il a sûrement le sentiment de jouer un vrai match et le prend peut-être plus au sérieux», suggère Tréand. Avant de relativiser: «Ce n’est pas une fatalité de s’appeler Servette et de jouer contre une équipe qui joue sa vie.» Même si Kriens aura probablement une ambition qui s’en rapprochera. Il y a un exploit à aller chercher.

«Personne ne nous parle de la Coupe»

Sans doute aussi que l’histoire ne relève pas du hasard. Il y a quelque chose d’ancré dans l’identité du club. C’est du moins ainsi que le voit Alain Geiger: «Nous ne sommes pas une équipe de Coupe, assène le technicien grenat, qui a pourtant remporté le trophée sous ce maillot en 1984. Historiquement, Servette est un club qui s’est construit par le championnat.» Les dix-sept titres donnent du crédit à la thèse. «À Sion, par exemple, tous les jours, tout le monde parle de la Coupe, ça véhicule une responsabilité, poursuit Geiger. Nous, personne ne nous en parle.» Jusqu’à aujourd’hui, où le tableau donne des idées aux Servettiens.

Même si, dans le passé récent, cela n’a jamais été priorité. «C’est un dessert, image l’entraîneur grenat. Quand on se reconstruit, l’idée est forcément de se stabiliser par le championnat. C’est toujours notre référence. Et puis, au fond, les joueurs ont très peu d’expérience, d’émotions liées à ces matches de Coupe. C’est quelque chose qu’ils doivent développer.» La rencontre de mercredi dernier à Vevey, remportée 4-2 après que les Grenat avaient été menés 1-0 puis s’étaient vus égaliser à 2-2, pourra y contribuer.

À Kriens, Servette devra aussi faire ce qu’il n’aime pas vraiment faire: s’adapter. La Coupe veut ça. Là où les Grenat aiment pouvoir dérouler semaine après semaine un plan similaire, ils devront être plus cyniques. «Nous savons que nous allons affronter une équipe qui va nous attendre bas, mentionne le défenseur Steve Rouiller. À nous de modifier notre jeu, en étant notamment plus rapides en transition.» En Coupe, tout n’est pas forcément rationnel. C’est aussi ce qui fait son charme.

Steve Rouiller: «La Coupe doit être notre objectif principal»

Steve Rouiller, Servette est-il fait pour performer en Coupe de Suisse?

Cela doit être notre objectif principal cette année. Nous jouons Kriens, une équipe de Challenge League, et nous devons leur montrer que nous sommes d’un niveau supérieur. Même si, bien sûr, tout peut arriver sur un match. Mais ce serait quelque chose d’incroyable de faire un beau parcours en Coupe.

Vous êtes forcément favoris contre Kriens…

Kriens n’aura rien à perdre. Donc oui, nous sommes logiquement favoris. Mais il ne faut pas prendre ce match à la légère. Nos remplaçants vont aussi nous aider à mettre du rythme contre une équipe regroupée. Il faudra être assez efficaces dès nos premières actions, de façon à la faire vraiment douter.

Lors de votre première saison au club en 2018, vous aviez déjà joué contre Kriens. Quel regard posez-vous sur le chemin parcouru depuis?

Je suis fier de l’évolution du club, de l’équipe. Nous savions que la deuxième saison en Super League serait plus compliquée, et même s’il reste beaucoup de matches, nous sommes bien dans nos objectifs. À nous de garder les mêmes capacités physiques et mentales, parce que nous pouvons finir la saison en beauté, en jouant sur les deux tableaux. Contre Kriens, ce sera donc un des matches les plus importants de la saison.

Steve Rouiller: «

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Eric Lafargue

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